Le retour du loup à marche forcée dans les pays signataires de la convention de Berne compte un certain nombre d’éléments qui ne sont pas naturels, quoi qu’on en dise. On prétend que les animaux proies « bénéficient » de sa présence parce qu’ils retrouvent un comportement plus vigilant. Mais le niveau de protection dont bénéficie le loup ne le rend pas spécialement vigilant et change son caractère. Il est tout à fait artificiel. Dans la vraie nature, même un super-prédateur doit se méfier. Ce n’est pas le cas du loup tel qu’on le protège en France.
Les protecteurs du loup voudraient impliquer les bergers à leurs démarche. En général, ils ont encore l’illusion que cela va s’arranger dans le temps et que « les mentalités vont changer ». D’abord c’est un leurre de croire que l’on peut changer des mentalités sans être prêt à changer la sienne. Mais il se passe surtout, que c’est l’inverse qui est entrain de se produire. Je connais beaucoup de bergers qui étaient curieux des changements à venir voire intéressés et qui aujourd’hui sont dégoutés .
On n’envisage par ailleurs aucune fin au développement des population de loups ni même de répit permettant de s’adapter. Car l’élevage n’est pas le seul à être en décalage avec ce défit, la société qui devrait le porter n’est pas prête et ne fait aucun des efforts nécessaires pour s’en prétendre digne. Viens le moment ou même le milieu naturel ou le loup s’installe fini par en être perturbé. Les bergers n’ont donc pas confiance.
Pour ma part je pense qu’il faut agir de façon plus sensée. Tout les bergers que je connais, qui se sont affichés pour la « cohabitation » entendaient par là que l’on pouvait tirer sur le loup qui attaque son troupeau et généralement avaient un fusil pour cela (à la différence d’autres, plus hostiles parce que ne voulant pas avoir à tirer). Par ailleurs, j’ai eu une courte discussion avec un vacher Suisse qui s’est fait largement connaître pour sa prise de position en faveur du prédateur. Eh bien, dès les premiers mots, il a évoqué la régulation.
La population de loups se porte très bien et, si son état de grand prédateur (celui qui occasionne le plus de dégâts) justifie qu’elle soit encore protégée, il est absurde de la considérée comme « strictement protégée ».
Les tirs d’effarouchements et toute autre technique dolosives mais non létales devraient être généralisées partout, surtout dans les parcs nationaux ou les tirs létaux sont exclus, ainsi que dans les endroits nouvellement investis par le loup.
Les tirs de défense devraient aussi être généralisés. Là, il faut encore des moyens parce que la législation actuelle est à peu près suffisante (je crois, mais les procès qui seront intentés par les associations écologistes nous dirons ce qu’il en est réellement). Mais il faut aussi chercher et développer d’autres solutions car un berger n’est pas forcément chasseur, n’a pas envie d’être forcé de le devenir et ces tirs ne sont pas une panacée.
Enfin, pour les Alpes Maritimes et plus tard d’autres départements, il faut commencer les tirs de prélèvement, la régulation. Pour cela, il ne faut pas se contenter d’un ou deux loups mais d’au moins vingt pour cent des effectifs. Car, ainsi que le disent les militants écologistes tuer des loups les rendent plus prolifiques, ils tâchent de remplacer ceux qui sont perdus. Parfois également, cela divise des meutes qui, se retrouvant plus petites tâchent de s’accroître. Donc, comme les autres techniques, une fois cette solution adoptée, il faut l’exécuter sans hésitation. Depuis trop longtemps, des mesures insuffisantes habituent progressivement le loup à l’homme.
Ce taux de vingt pour cent, n’est pas encore celui qui serait nécessaire pour stopper totalement le développement du loup dans cette zone, ce qui devra tout de même avoir lieux un jour car même si cette espèce fini par s’ autolimiter, le nombre d’individus ne sera alors pas supportable.
Le loup n’est pas une de ces « espèces parapluie » certes emblématiques mais fragiles dont les mesures de protection seraient bénéfiques à toute une série d’autres espèces . La protection du loup en elle même n’est qu’un travail de police pour lutter contre le braconnage, et encore…Le « modèle Italien » nous montre que là ou cela n’est pas vraiment fait, le loup se porte tout aussi bien. Par contre les mesures contraignantes de protection des troupeaux présentent un certain nombre d’effets négatifs qui n’ont pas étés réellement évalués (concentration des déjections, sur-pâturage autour des cabanes, sous-pâturage des terrains éloignés, piétinement excessif pour ramener chaque soir le troupeau à la cabane). Par ailleurs, la rigidité de ces mesures empêche souvent le berger de faire une gestion plus fine du pâturage. Cette espèce « parapluie » servant de référence à la gestion écologique serait donc à chercher chez d’autres espèces, éventuellement aussi de prédateurs dont le travail de protection ne se limite pas à en supporter les dégâts.
Aussi, étant sensible, comme la plus part de mes collègues, aux défis que représente la préservation de la biodiversité, même concernant le sujet des prédateurs, je propose de commencer un autre chantier ou les bergers auront plus de possibilité de s’investir : la communauté de prédateurs.
En effet, là ou le loup est déjà présent, il est tout à fait envisageable de favoriser l’installation d’autres prédateurs, (ours lynx etc…) qui parfois occuperont un espace à la place du loup. Certes, d’autres fois ils se superposeront, mais cela ne sera pas pire qu’avec le loup seul, surtout si cela doit permettre d’obtenir des garanties quand à la gestion des prédateurs.
Car lorsqu’on parle de « biodiversité », on oublie trop souvent la fin du mot.
L’élevage ovin se sent abandonné, distribuer des indemnisations et encourager les éleveurs à acheter des patous et à mettre leurs troupeaux en parcs nocturnes ce n’est pas faire de la « cohabitation » car il n’y a pas l’équivalent de travail sur le loup.
D’un côté on a la société de consommation qui idolâtre le loup, en fait un objet très vendeur et lui est reconnaissant de s’en prendre à une profession qui la gène dans sa logique agressive. De l’autre côté, les association écologistes ne conçoivent la progression du sauvage que comme une régression de l’élevage extensif et ne sont plus capables de remarquer que la prédominance marquée du loup sans chercher un équilibre des espèces n’est plus de la « biodiversité ». Le loup est sur-protégé parce qu’il est celui qui nuit le plus à l’élevage et qu’il faut soumettre celui ci. Mais les autres prédateurs, eux, nécessiteraient bien plus d’efforts et cela serait mieux compris. Comment se fait-il qu’il n’en soit rien ? Dans la gestion des espaces naturels, on est obligé de lutter contre les espèces envahissantes pour pouvoir permettre à d’autres espèces plus fragiles de s’épanouir. Or, pour les prédateurs, il semblerait par exemple que la présence du loup coïncide avec la disparition de groupes de lynx. Ou est la biodiversité ?
Avec un projet comme celui là, il est possible de laisser décanter le sujet du loup qui est imposé d’une manière forcée que personne n’arrive à gérer et dont personne n’assume la responsabilité. Mais en même temps, il permet aux bergers de bonne volonté dans ce sens qui ont étés démotivés de se réinvestir pour la biodiversité, en étant acteur de cette diversification des prédateurs. A terme, ils pourront trouver le vrai équilibre avec la faune sauvage.
S’il est vrai que la protection de l’ours pose aussi de gros problèmes d’acceptation (pour un prédateur moins meurtrier), on pourrais facilement en trouver la raison. J’ai lu pendant des années des articles faisant écho de la violence du conflit autour de l’ours des Pyrénées. On y stigmatisait grossièrement la pratique des petits troupeaux en liberté totale qui serait incompatible avec la présence de grands prédateurs et serait donc une « mauvaise habitude ». C’est bien plus tard, en lisant un journal de bergers Pyrénéen et en discutant avec eux dans des réunions de bergers, que j’ai compris. Le brouillard semble un élément très fort dans les Pyrénées, un brouillard épais. Dans ces moments là le berger ne peut pas garder son troupeau et encore moins le protéger,raison pour laquelle les pertes en estives son plus du double par rapport aux Alpes. Dans ce contexte, le berger a bien sûr beaucoup de travail pour rassembler le troupeau lors des éclaircies, mais ce travail n’est guère différent de celui que font les éleveurs qui montent régulièrement rassembler et soigner leur petit troupeau. Au lieu de tenir compte de cette spécificité qui s’imposait de façon évidente, les ultra-écolos ont préférés dénigrer les pratiques des éleveurs locaux avec le résultat que l’on connait. Il est urgent de mettre plus d’originalité dans la recherche et la promotion des techniques de protection en incluant les cas particuliers comme ces troupeaux non gardés, car le loup fera bien plus de dégâts quand il arrivera dans les Pyrénées.
Ce projet de favoriser les espèces de prédateurs plus fragiles en échange d’une gestion plus forte du loup est un compromis mais un vrai, de ceux qui sont bien meilleurs que la moyenne des deux autres solutions. Il demande un effort d’acceptation pour les paysans, mais objectivement ce sera une avancée de leur situation. Pour les écologistes, ça dépend des quels on parle, de ceux qui ont une fascination mystique pour le loup ou de ceux qui se préoccupent aussi bien d’insectes ? Je me doute bien sûr que tout le monde ne sera pas d’accord puisque la mode est de faire de la surenchère. Mais il faut s’approprier ce combat pour la biodiversité et les autres aspects de l’écologie car la convention de Berne est morte et on s’en rendra bientôt compte. Les atteintes à la nature sont de plus en plus délirantes et les technocrates ne la sauveront pas.
La convention de Berne est une coquille vide, certes très contraignante, mais qui n’a plus aucune vie. Quelle est sa légitimité ? Je n’en sais rien. Est ce qu’un jour des élus du peuple ont pu participer à son élaboration ou son évolution ? On peut réellement se poser la question car c ’est un texte auquel on se réfère pour dire « ce n’est pas ma faute, c’est la convention de Berne qui le veut ». Personne ne la revendique mais beaucoup s’en servent comme d’un texte intouchable. Tout changement serait impossible parce que l’on prétend chaque fois que les autres membres signataires ne seraient pas d’accord. Mais ce système volera bientôt en éclats car plusieurs pays sont tentés de revenir sur leurs engagements en tout cas concernant le loup.(Norvège, Suède, Suisse). Le premier qui le fera sera immédiatement suivi de nombreux autres. A ce moment, nombre de militants écologistes se trouveront désemparés car ne comprenant pas la démocratie à la quelle ils seront directement confrontés. A la place de règlements incompréhensibles, il leur faudra trouver des projets enthousiasmants. Il serait dommage d’attendre d’y être obligé.