Voici un article que j’ai longtemps hésité à écrire de peur qu’il ne soit mal compris.
Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, la tension qui s’est instaurée autour des dégâts causés par les vautours est due au fait que les associations écologistes ont elles mêmes désignées ce charognard comme bouc émissaire. En effet, lorsque sont apparues les premières rumeur d’animaux achevés par le vautour, il y a plusieurs années, j’ai fait une petite enquête sur internet. Toutes les sources, aussi bien celles proches du monde paysan que celles proche des écologistes, disaient la même chose : Le changement de comportement de ce charognard était du à un changement de législation sur l’équarrissage en Espagne qui le privait des cadavres des animaux d’élevage. La faim l’avait donc poussé dans certains cas à s’en prendre à des animaux malades ou a des nouveaux nés.
Alors comment se fait il que le sujet soit devenu source d’un conflit très tendu ?
Eh bien, comme il s’agit d’un charognard disgracieux et puant la mort, un grand nombre de ces naturalistes militants qui ont des idées préconçues sur le monde de l’élevage, se sont rués sur l’occasion qu’ils trouvaient là, d’accuser les paysans qui parlaient de mises à mort faites par des vautours, pour des éradicateurs haineux et pétris de superstitions. Ils rajoutaient à cela l’ingratitude par rapport à un animal rendant de grands services en faisant disparaître les charognes. Or ce côté équarrisseur du vautour, était apprécié depuis longtempset Jean Pierre Choisy, un spécialiste du charognard que l’on ne peut pas vraiment « accuser » de complaisance pour les paysans écrivait : « Mais les vautours n’ont pas suscité l‘animosité des éleveurs, au contraire, à deux exceptions près ».
Comme on pouvait s’y attendre, les positions se sont durcies de part et d’autres au détriment du vautour. Il est dommage par exemple, qu’un témoignage honnête d’un naturaliste militant comme celui évoqué ici: http://mathieuerny.unblog.fr/2014/10/08/laudace-de-la-franchise-mais-pas-trop/ n’ait pas été rédigé pour calmer la crise et ait dévié le plus rapidement possible..
Bref, pour moi il est clair que les écologistes militants sont largement responsables de cette crise.
Et dans ce sens, puisqu’il est évident que le militantisme rend aveugle, je voudrais anticiper ce qui pourrait bien devenir le prochain bouc émissaire : le patou.
La façon dont les associations écologistes abordent le sujet du patou est plus un frein au développement de ces chiens qu’une incitation quelqu’ onques.
La première des raisons est le fantasme des écologistes de soumettre les paysans. Cela est contre-productif et pour de bonne raisons. On peut très facilement constater aujourd’hui comment la conservation de la nature est devenu un enjeux de pouvoir, une façon de dominer les espaces naturels, c’est à dire la réserve d’espace disponible et les exemples sont très nombreux ou cette conservation organisée par des mécènes privés, détruit les populations indigènes.
Le patou est donc passé, au début, comme un symbole d’allégeance aux écologistes et cela ne lui a pas été favorable.
Or ce préjugé a vite été dépassé car les éleveurs les plus farouchement anti-loup ont adopté volontiers le patou et ont développé leur propre savoir faire par rapport à lui.
Ensuite, le patou est impopulaire auprès des randonneurs et des professionnels du tourisme qui s’en prennent aux bergers. Ceci est injuste, puisque ce sont les pro-loups qui sont responsables de la présence de ces chiens de protection. Pour bien des gens, il n’est pas contradictoire d’être pour le loup et contre le patou. On attend tout et n’importe quoi du berger, sans que les promoteurs du loup n’aient le courage de dire clairement à leurs « clients » qu’il leur faut mériter le loup et que cela demande beaucoup. Que par ailleurs, ils ne le verrons pas, qu’il ne leur sera pas amené sur un plateau comme l’est le tigre dans les safaris organisés par le WWF pour de riches « écotouristes », que le seul « fauve » qu’ils rencontreront est le patou et que la moindre des choses pour quelqu’un qui se prend pour un aventurier de la nature sauvage c’est de faire avec.
Il est donc particulièrement injuste que les associations pro-prédateurs accusent les éleveurs de ne pas s’équiper suffisamment en chiens. Ils le font bien d’avantage que ce que leurs concitoyens (à 85/100 pour le loup paraît-il) sont prèts à accepter. Lorsque l’on compare la France à la situation dans d’autres pays, on oublie de dire que la bas, il n’y a pas autant de randonneurs et qu’ils ont toujours étés confrontés aux chiens de protection. Ce ne sont pas les éleveurs qui ne veulent pas de patous mais l’entourage.
Pendant que les associations pro prédateurs accusent les éleveurs de ne pas adopter ces chiens, ceux ci passent en procès pour leurs patous, paient des amendes, et se battent bec et ongles pour éviter à leurs chiens l’ « euthanasie ». Ils ne les éduqueraient pas suffisamment ? C’est vrai, ils ont étés les premiers à abandonner la recommandation de considérer le patou comme un paria parmi les chiens avec lesquels il serait interdit d’avoir des rapports affectueux. Aujourd’hui, on leur recommande tout autre chose.
Ceux qui n’aiment pas le pastoralisme ovin utilisent l’image négative du patou, et certains militants pro-prédateurs n’hésitent pas à le faire.
C’est donc bien autour du patou que vont se cristalliser les tentions. Il suffit d’observer soigneusement la crise des vautours pour comprendre ce qui pourrait arriver aux patous. Ils sont aujourd’hui le meilleur argument anti-loup dont puissent disposer les éleveurs face aux touristes et cela à cause des écologistes eux mêmes. Objectivement, il pourrait être utilisé bien d’avantage. Si ce n’est pas le cas, c’est parce qu’il a conquis les bergers et les éleveurs malgré de gros désagréments, mais cela pourrait changer.
Que les écologistes assument leur rôle, il n’est pas d’enseigner aux bergers leur métier ! Au mieux cela fait rire, au pire… Leur rôle, la seule chose positive qu’ils peuvent faire est d’éduquer les randonneurs et d’être francs. Le loup n’est pas là pour eux, ils ne le verront pas, mais le patou oui et il convient d’avoir un comportement correct.
Les bergers ont pris double peine, gérer le problème des loups et des patous. Ce n’est quand même pas trop de demander aux écolos de s’occuper des touristes.