Le pastoralisme, Il faudrait lui laisser vivre sa vie

 

“Le pastoralisme, il faudrait lui laisser vivre sa vie…” 

Il y a quelque temps, j’avais écrit un article que le site internet « la Buvette des alpages » avait repris sous le titre Et si on nous donnait l’engagement  qu’aucun pâturage ne devra être abandonné à cause des loups. Á force de penser aux problèmes du pastoralisme, de l’écologie et de leur point d’achoppement, les grands prédateurs, il me semble que cette idée vaut bien d’être approfondie.

Le pastoralisme, une nuisance ?

On dit que le loup a mis en évidence la crise du pastoralisme d’aujourd’hui et sa fragilité. Soit! Mais les personnes et associations qui disent cela ne donnent pas pour autant de solutions à ce problème. Elles se contentent de suggérer que c’est la cupidité des éleveurs qui en est la cause. Rien d’étonnant alors que ce « magistral coup de projecteur » ait négligé de mettre en lumière le fait que cette activité est exercée par des gens qui sont très mal rémunérés pour leur travail, leur compétences et leurs astreintes. Beaucoup de ceux qui s’y engagent le font vraiment par passion ce qui était généralement assimilée à l’engagement des écologistes avant le retour du loup.

En effet, combien d’éleveurs se contenteraient de plus petits troupeaux si c’était possible ? Combien de bergers seraient prêts à des sacrifices supplémentaires pour faire du beau boulot intéressant et gratifiant ? C’est là un potentiel énorme qui est gâché.

Lorsqu’un berger rencontre un représentant  d’une de ces associations militantes de l’écologie, que doit-il penser ? Cet écologiste là est peut-être animé des meilleures intentions pour le pastoralisme, mais il ne peut engager son association sur cette voie du dialogue car, derrière lui, dans la même fédération de nombreuses personnes prétendent que le pastoralisme est une nuisance.

Une activité qui a fait son temps ?

Et que dire lorsque les opinions politiques s’en mêlent ? Les uns présentent le loup comme une victime de l’économie de marché (parce que le pastoralisme est une activité lucrative, contrairement aux associations pro-loup). D’autres voudraient appliquer le libéralisme à la gestion de l’environnement (n’est-ce pas la loi de la jungle ?). Le pastoralisme n’est plus rentable ? C’est donc qu’il a fait son temps. Il est normal qu’il disparaisse au profit d’activités comme le tourisme. Des activités économiquement dynamiques et dont on s’imagine qu’elles auraient moins d’impacts directs sur la nature.

En revanche, socialement, le pastoralisme a déjà beaucoup plus d’importance. Il permet de fournir du travail dans des zones désertées, de plus il est de ces métiers qui représentent un débouché professionnel pour des personnes de grande qualité et compétences ne parvenant pas à s’intégrer à notre société actuelle, si compliquée, si contrainte. Si je lutte pour éviter que les bergers soient marginalisés, il faut bien reconnaître, car cela fait sa grandeur, que ce métier permet de faire une place honorable à des personnes en marge des normes actuelles ; des personnes souvent porteuses de valeurs qu’on a tort d’oublier.

Le pastoralisme génère des activités et des emplois indirects. Que l’on pense aux bouchers, aux maquignons, aux techniciens d’élevage, aux éleveurs de chiens, aux ethnologues, aux sociologues, aux conservateurs de musées, aux gestionnaires d’espaces naturels, aux journalistes, aux photographes, aux écrivains. Ca en fait du monde! Bizarre! Comment autant de gens pourraient-ils lier leur métier à une activité moribonde et inutile ?

Si tant de personnes se nourrissent du pastoralisme, elles lui ont rendu la pareille et les bergers ont de plus en plus conscience d’être les gardiens d’un trésor qu’ils ont envie de valoriser. Faut-il vraiment les en dissuader avec des polémiques stériles telle cette bataille sur le mot biodiversité : Des étymologistes à la petite semaine l’expliquent en faisant l’historique du mouvement naturaliste dont celui qui a cuisiné ce mot faisait partie. Cette mouvance là aurait une sorte de droit d’auteur sur ce nouveau terme. Eh bien non! Les racines gréco-latines de cet amalgame sont bien connues : Biodiversité signifie diversité du vivant. Un point, c’est tout.

Qui sont les moutons de Panurge ?

Les ultraécolos se gaussent de l’intérêt patrimonial du pastoralisme extensif sous prétexte que cela n’aurait rien à voir avec l’écologie. Il est habituel pour eux de tourner en dérision le lyrisme des bergers quand ceux ci font remonter leur métier au néolithique ou à Abel. Mais c’est un fait historiquement avéré, nous descendons tous plus ou moins de bergers et l’activité fut partout en Europe un des principaux piliers de l’économie . Le fait est que l’activité des écologistes  comme on l’entend aujourd’hui  ne remonte pas à aussi loin. Qui peut-on considérer comme les ancêtres des militants écologistes ? Je ne vois que certains poètes  comme le chef indien Seattle. Bref, la crème des cultures. C’est tout de même bien ainsi qu’il faut voir les choses.

Cela me fait toujours sourire lorsqu’à propos du loup on avance avec un très grand sérieux toutes sortes  de raisons et d’arguments « scientifiques » qui auraient justifié son retour. C’est de la blague! Qu’on n’essaie pas de me faire croire que c’est cela qui a motivé la décision de laisser revenir le loup. Dans ces utopies, le romantisme est toujours primordial ainsi que, dans ce cas présent, un sentiment de culpabilité à l’égard d’une nature personnifiée à l’équilibre et au bien-être de laquelle le loup serait indispensable. C’est beaucoup plus la légende de Rémus et Romulus, le Livre de la Jungle de Kipling, le poème La mort du loup d’Alfred de Vigny ou même la fable la plus connue d’Europe, Le petit chaperon rouge, à laquelle nous devons tous d’avoir combattu nos peurs d’enfants, qui sont à l’origine de cette décision. la preuve en est que la possibilité d’équiper les loups de colliers émetteur qui auraient pu aider les scientifiques et faciliter les techniques visant à permettre la cohabitation a été rejetée définitivement. Pourquoi? « Parcequ’un loup équipé d’un collier émetteur n’est plus un loup ». Un argument que je comprend mais qui n’a rien de scientifique et n’a pas de répercussion sur la biodiversité. Aussi, là ou se situe le problème et l’injustice par rapport aux bergers, c’est quand à force de nier le coté culturel du retour du loup, on dénie aussi cet aspect-là au pastoralisme.

Il n’est pas normal qu’on ne se serve pas du travail des anthropologues lorsqu’il s’agit d’imaginer des changements dans un métier aussi profondément enraciné dans notre inconscient collectif.

Il est anormal qu’on ne tienne pas compte des motivations de ceux qui souvent ont fait de grands sacrifices pour exercer le métier de berger.

Il est anormal que les mesures visant à protéger les troupeaux de la prédation soient à ce point basées sur l’enfermement, la coercition et la réduction des libertés des brebis, avec le souci de respecter celle du loup.

Notre société a eu trop vite fait de présenter le loup comme un individu noble en opposition à la « masse » bêlante et indifférenciée du troupeau. Fascinée par le mythe de l’individu et désireux d’échapper au conformisme, nombre d’entre nous ont trouvé plus valorisant de s’identifier au personnage du loup, plus conforme à l’image agressive qu’il faut se donner aujourd’hui pour « réussir ». Il y a décidément des moyens de manipulation plus efficaces, et surtout plus cyniques, que ceux dont use le berger pour guider ses brebis. Qui sont aujourd’hui les moutons de Panurge ?

Pour une « éducation » du loup ?

Comment se fait-il par ailleurs qu’avec le développement du métier d’éthologue, fortement médiatisé grâce à l’attention portée aux prédateurs, il soit toujours si peu question  de « l’éducation » du loup ? Celle-ci a toujours existé, c’était simplement le contrecoup de l’activité humaine, mais aujourd’hui ce sont des pratiques souvent incompatibles avec la convention de Berne. Plus rien n’a donc été fait dans ce sens car pour réaliser ces interventions sur le loup dans la situation actuelle, il faut que ce soit un organisme d’Etat ou une ONG qui s’en charge. On est en train de négliger un aspect  primordial et surtout un espace ou pro-loups et bergers peuvent se rencontrer ; chacun ayant à faire ce travail d’éducation sur « ses » bêtes.

La logique du plan accompagnant le retour du loup veut que l’on attende d’avoir partout en France des effectifs suffisants avant de tenter des interventions sur cet animal. Seulement, on est en train de se constituer  une population lupine perturbée qui ne  saura pas apprendre à ses jeunes  les comportements que l’on attend d’eux. En n’assumant pas ce travail sur le loup, les associations écologistes –dont ce devrait être le rôle–laissent donc à penser qu’il n’y a pas d’autres interventions possibles sur ce prédateur que de l’abattre. D’ou ces débats sans issue ou  émotion et indignation prédominent dans l’opinion publique.

Equilibrer les rapports entre loup et pastoralisme

Quel est le sens du retour du loup? Pour pouvoir se rendre compte de la profondeur des choses, il faut avoir une vision stéréoscopique. Ne considérer que l’aspect écologique est un aveuglement. Cela ne manquera pas de tourner à l’intolérance, donc à l’injustice et au rapport de force. Or justement, il n y a de sens au retour du loup que dans la tolérance. On l’attend de la part des bergers qui doivent cohabiter avec un intelligent et redoutable prédateur particulièrement gênant. En fait, c’est toute la société qui devrait s’exercer à cette tolérance.

Or, sur cet aspect, c’est un bide total ! Il n’y a qu’à consulter les blogs et les forums pour s’en rendre compte.

A priori, je ne suis pas choqué par les sommes importantes du plan pour les loups, car signer une convention protégeant les grands prédateurs en leur faisant une place à côté de l’activité humaine est un acte profond  et grave, lourd de conséquences et à priori audacieux. Mais qui a été à la hauteur de cette audace ? Qui a soupesé cette gravité ? Qui se sent réellement responsable du loup ?  Lorsqu’on  pose cette question, tout le monde se réfugie derrière l’état, l’Europe, etc.

Pour équilibrer les rapports entre le loup et le pastoralisme, il me semble qu’on aurait dû envisager ce dernier de la même façon qu’on l’a fait pour le loup et donc créer à cette occasion un plan de protection du pastoralisme.

Les écologistes parlent de l’écosystème dont les grands prédateurs seraient le pilier. Mais le pastoralisme aussi est un système et il faudrait lui laisser vivre sa vie. On sait que l’indemnisation des dégâts du loup n’est pas une solution suffisante, mais les mesures (imaginées par des personnes qui n’exercent pas de métier d’élevage) imposées indifféremment à tous les bergers de France ou d’Europe ne le sont pas non plus.

Berger et éleveur ovin en montagne sont toujours des métiers qui passionnent, et si cette profession s’affaiblit (en nombre de praticiens et en terme de revenus) c’est vraiment sous une pression très forte, due effectivement à bien d’autres causes que les seuls prédateurs. Mais l’une de ces pressions est justement celle qui est exercée par des associations qui dénient tout intérêt écologique au pastoralisme, sous prétexte qu’on y travaille plus avec les techniques d’autrefois ! Certes, mais à qui la faute ? Ce n’est pas en affaiblissant encore le pastoralisme qu’on redressera la situation. Pareillement, en utilisant à tort et à travers le terme de « surpâturage »,  on  videra progressivement les alpages et les pâturages de colline, sans pour autant parvenir à une situation écologiquement satisfaisante (cela favorisera par exemple la broussaille et engendrera la fermeture des milieux par endroits sans stopper l’érosion ailleurs, car celle-ci est due à des troupeaux qui se déplacent plus qu’ils ne pâturent. C’est donc objectivement un dégât du à la sous exploitation des pâturages).

Repenser les techniques de protection

Le plan de protection du pastoralisme reposerait sur l’engagement que le nombre de bêtes pâturant les prairies naturelles, les friches et les alpages serait maintenu. On s’engagerait aussi à maintenir la surface de ces pâturages, mais avec la possibilité d’abandonner un endroit pour un autre équivalent. Ainsi toutes les incitations aux divers changements se feraient avec les moyens nécessaires et, en quelque sorte, par la loi de l’offre et de la demande. Pour toutes les pressions, quelles qu’elles soient, exercées sur le pastoralisme, il faudra assumer le contre coup. Dans un cadre comme celui-là, on pourrait laisser les choses se réguler d’elles-mêmes car la motivation pour ces métiers est forte et les exigences des bergers et éleveurs en terme de revenus ne pourra être exagéré et leur travail restera globalement de qualité. Par contre, on ne pourra plus se passer de prendre en compte ce qui motive les bergers en dehors du coté économique. Ainsi il faudra bien par exemple repenser les techniques de protection en incluant la possibilité de pratiquer la couchade libre des brebis, les bergers ne tenant pas à être des matons. Il y a bien des raisons (en plus de ce qui, aux yeux des détracteurs du pastoralisme, ne manquera pas de passer comme un idéal romantique) pour défendre ce genre d’exigences. Il est pourtant simple de comprendre que l’été, lorsqu’il fait très chaud, les brebis mangent très peu le jour. C’est surtout la nuit qu’elles vont « faire leur ventre » ; sauf si on les enferme dans un parc électrifié pour les protéger du loup…

Le fait de bloquer arbitrairement le nombre d’animaux d’élevage sera peut-être considéré comme une contrainte d’un coté comme de l’autre, mais avant de continuer à s’occuper d’environnement avec une mentalité d’envahisseur devant occuper la place, il faut développer ces activités dans la profondeur. Cela génèrera d’un coté comme de l’autre richesses écologiques, économiques et patrimoniales, mais aussi qualité de vie et emplois.

Soyons honnêtes, je sais que cet objectif est présent à l’esprit de la plus part des gestionnaires d’espaces naturels, mais ils n’ont encore réussi que très ponctuellement à enrayer la déprise agricole de ces milieux et leur intervention a parfois un caractère artificiel.

Considérons d’autres exemples en Europe. Des pays nouveaux venus dans l’Union Européenne, la Slovénie, la Roumanie, etc. sont cités en exemple et portées aux nues par les défenseurs des grands prédateurs pour avoir gardés leurs ours et leurs loups. Et l’on s’imagine (naïvement ?) que cela s’est fait sur la base d’une philosophie tolérante qui imprégnait une paysannerie encline à la cohabitation. Les gens ne sont évidemment pas aussi  fondamentalement différents les uns des autres comme veulent nous le faire croire les sociologues du dimanche. Les bergers Roumains, Slovènes, n’avaient ni le choix ni les moyens de réagir. On ne s’est guère soucié d’eux et la chasse à l’ours était et reste toujours plus rentable pour l’Etat que leur activité.

A présent ces gens veulent un revenu comparable à celui de leurs concitoyens dont les conditions de vie évoluent très vite. Comparable également à leurs collègues des autres pays. Ils seront aidés pour cela et c’est justice. Si donc on veut garder des petits éleveurs travaillant « à l’ancienne », il faudra simplement qu’ils puissent en tirer un revenu suffisant et cela vaut évidemment aussi bien là-bas que chez nous.

Le loup aurait donc mis en lumière une crise du pastoralisme extensif (surtout ovin). Bien ! Et alors ? Ca nous fait une belle jambe de le savoir. A présent, pour que les grands prédateurs aient une vraie raison d’être, il faut qu’ils deviennent les arbitres des motivations et des responsabilités de notre société pour le maintien de la biodiversité (y compris l’agribiodiversité dont font partie les races ovines transhumantes). Sinon, ils resteront ce qu’ils sont en ce moment, une lubie coûteuse et idéologiquement chargée. 

Mathieu Erny

Publié dans : Non classé | le 20 juin, 2009 |4 Commentaires »

La naturalité

 

Je trouve de plus en plus sur internet des articles, colloques etc… qui parlent de la « naturalité ».
La définition de ce mot dans Wilkipédia est :
« La naturalité évoque aujourd’hui l’état naturel ou spontané d’un mot, d’une attitude, d’un produit, d’un paysage ou d’un milieu naturel. Concernant cette dernière acception, une définition généraliste pourrait être tirée du Wilderness Act qui introduit la notion de naturalité (wilderness en anglais) dans les termes suivants : est qualifié de wilderness un milieu naturel tel que « la terre et sa communauté de vie ne sont point entravés par l’homme, où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur de passage. »
Etant défenseur de la forme d’élevage la plus proche de la nature, je n’imaginais pas vraiment que ce concept pouvait porter préjudice au monde auquel je crois. Il ne me viendrais pas à l’idée de demander ou d’encourager l’abatage d’une foret vierge ou de vouloir qu’un site entièrement naturel soit géré s’il s’est passé de soins humains jusqu’à présent. En France, je ne vois tout simplement pas pourquoi les éleveurs auraient intérêt aujourd’hui à aller dans ce sens puisque, comme chacun sait, la tendance est de se replier sur les plus faciles à exploiter. Or ce concept de naturalité est utilisé par certains contre le pastoralisme extensif au prétexte que les pâturages ne sont que semi-naturels et cela serait en quelque sorte une imposture. Pour les ultra-écolos il faut en chasser les troupeaux pour retrouver la foret qui serait l’état originel de la végétation, mais quelle foret?
Le sol a une mémoire bien plus longue que nous et on ne passe pas d’un claquement de doigts, d’un terrain qui tire son intérêt écologique du pâturage à un lieux dont l’intérêt serait une biodiversité sauvage. Il est une chose que les défenseurs de la naturalité devraient pourtant comprendre, c’est que l’homme ne peut pas créer une foret vierge.
C’est la raison pour laquelle la conservation des espaces naturels passe souvent par le maintient ou la reprise du pâturage extensif. Les abandonner selon les préconisations d’une théorie à la mode (mais qui fera son temps)c’est lâcher la proie pour l’ombre.
Le site « La buvette des alpages dont je constate avec tristesse qu’il se radicalise complètement se fait l’écho de ces inepties et c’est en réponse à l’article de Stéphanne Carbonnaux, .« Chacun a ses propres raisons d’exister » un des mieux écrits mais surtout des plus clairs sur les arrières pensées qu’ont nombre d’ultra-écolos lorsqu’ils évoquent la cohabitation avec les prédateurs que j’écris le présent article.
Juger les espaces naturels juste par le nombre d’espèces qui s’y trouvent à l’hectare comme le font immanquablement les défenseurs des forèts à haute naturalité, ou par la masse de végétation qui y pousse, c’est comme lorsqu’on se permet de juger une personne à l’importance chiffrée de son patrimoine sans se préoccuper ni de l’originalité de celui-ci ni de la valeur de la personne en question. Ainsi, il semblerait qu’il faille hiérarchiser les espaces naturels avec la jungle au sommet et la steppe ou la savane au bas de cette échelle et ne se préoccuper que des végétations faste et humides en considérant celles des région sèches comme sans intérêt.
En s’extasiant sur les forets primaires au point d’afficher du mépris pour la biodiversité des pâturages, les ultra-écolos en viennent à nier la faculté d’adaptation de la nature. Celle-ci sait réagir de façon très intéressante à tous les changements qui se présentent et avec le temps, beaucoup de temps, retrouve un équilibre. Or les espaces dédiés au pastoralisme extensif sont anciens et son resté inchangés depuis très longtemps. C’est la nature spontanée qui s’y exprime puisqu ils ne sont pas ensemencés, labourés ou traités.
Il s »est donc formé une sélection naturelle d’espèces très intéressante adaptées à ces lieux.
Aujourd’hui celle ci est menacée car en plus de la déprise agricole de ces endroits et de l’embrousaillement, il y a eut l’intensification des diverses activités humaines pour lesquels ces espaces bon marché sont une aubaine. Il faut donc préserver ces endroits.
Si l’idée que se font du pastoralisme extensif les ultra-écologistes leur semble incompatible avec ce concept de naturalité, c’est que pour eux un troupeau d’herbivores domestiques doit être « fliqué », pâturer 35 heures par semaine avant d’être rentré dans les barbelés. Un élevage pouvant fonctionner ainsi est un élevage intensif. Or c’est la seule réponse que je connaisse au problème des grands prédateurs. Après quoi Séphane Carbonaux se plaint de se que tout soit étriqué (c’est pour lui un synonyme de rural) et que tout doit être aménagé, nettoyé, propre, en ordre.
Les absurdités liées au concept de la naturalité utilisé par les extrémistes s’épanouit à mesure que les écologistes se rendent compte que le retour souhaité des prédateurs amène des changements dans les pratiques pastorales qui sous peine d’être néfastes à la biodiversité doivent être accompagnés par un travail de fond bien plus important que ce qu’ils imaginaient. En réalisant l’effort que cela représente, ils prennent peur et se réfugient vers cette idée qu’ils espèrent plus populaire d’une nature ou « L’intervention coûteuse de l’Homme devient alors inutile ».
Cette inconstance est irresponsable si ce n’est une trahison préméditée. Car lorsque Stéphane Carbonaux dit que :« Les bons connaisseurs de la faune sauvage estiment que l’élevage ovin est incompatible avec l’existence du loup et de l’ours ». Il abonde dans le sens de tous les éleveurs qui craignent la cohabitation et à qui on raconte de gentilles histoires depuis le début. Syéphane Carbonaux ne croit pas non plus à la cohabitation mais je suppose qu’il a fait semblant à une époque le temps que se mette en place le processus de réintroduction de l’ours. Ce n’est guère honnète. Le berger Joseph Paroix dont Stéphane Carbonaux déplore les positions semble avoir fait bien des efforts en ce sens lui.
Un berger est un berger, on ne peut pas lui demander tout et n’importe quoi surtout pas de saborder le pastoralisme. On demande toujours des sacrifices aux autres sans jamais se remettre en question. Il est écoeurant de voir qu’aujourd’hui le métier de berger est le bouc émissaire des problèmes écologiques et que les solutions qu’on lui propose d’adopter n’ont souvent rien de positif pour son métier. En effet s ‘en prendre au pastoralisme sous prétexte de sauver la biodiversité c’est comme si, constatant que nous sommes trop nombreux sur terre, on s’en prenait aux médecins et aux organismes humanitaires parce qu’ils rallongent la durée de vie des humains, ou que l’on demandait des comptes à une mère de famille pour le mal qu’elle aurait ainsi fait contre la planète.
J’espère ici qu’il est évident pour tout le monde qu’on ne peut pas suivre cette voie pour régler le problème. Il en est de même avec les bergers. Non je n’exagère pas. Tant qu’il est question de donner à ceux ci des moyens pour développer leur métier dans le sens de l’écologie en gardant sa spécifié culturelle et une production de qualité je suis tout à fait d’accord mais qu’il ne s’agisse pas de saborder le métier.
Stéphane Carbonaux dit: quand a la nature, et je parle ici de la nature sauvage et non de la nature gentiment jardinée et dûment parquée, n’a qu’au fond peu d’ardents défenseurs (car beaucoup de bonnes volontés sont engluées dans l’environnementalisme ou le développement durable).
D’abord si le propre de ces espaces est de ne pas être géré, il est alors normal qu’il n’y ait personne pour en prendre soin. De là à dire qu’il y a peu d’ardents défenseurs de la nature sauvage c’est évidemment faux puisque, poursuivant son texte, Stéphane Carbonaux avec lyrisme et sur de son effet demande au lecteur s’il préfère le monde vierge qu’il décrit, avec des chevaux sauvages s’ébrouant dans des forets vierges à celui actuel sombrement dépeint par lui. Grâce à une démagogie digne d’un discours électoral, il émeut facilement le lecteur, même celui qui gère un troupeau ovin. Seulement pour nous il existe aussi bien d’autres espaces enchantés mais il est bien difficile de décrire à qui n’y a jamais emmené paître ses brebis, ce que l’on éprouve devant ces océans d’herbe que sont les steppes avec leur cheveux d’anges qui retiennent la lumière rasante du petit matin, ou le faste incroyable des anciens prés de fauche, clairières dans les forets de montagne où les brebis se grisent dans une odeur de pastis au milieu des lis martagons. Les pelouses sèches également avec leurs végétation pauvre et leurs buissons bien détourés émeuvent le berger car ce sont des espaces avec lesquels il a de grandes affinités. Et bien sur les pelouses rases de l’estive que les brebis préfèrent à des pâturages plus abondants et ou elles sont plus aussi heureuses que les humains en vacances.
Comme dit Stéphane Carbonaux :« Chacun a ses propres raisons d’exister » et croyez bien que nous défendrons la notre.

Publié dans : archives | le 28 mai, 2009 |Pas de Commentaires »

Et si on nous donnait l’engagement qu’aucun pâturage ne devra ètre abandonné à cause des loups?

Un des principaux arguments des militants pour le retour des grands prédateurs est que ces derniers ne sont de loin pas les seuls problèmes que rencontre le pastoralisme. Ce à quoi les paysans répondent que l’ours, le loup et le lynx ne sont que trois espèces parmi les centaines qui composent notre environnement.

On ne peut nier la pertinence de ces deux arguments, et je crois effectivement que pour trouver des solutions il faudrait cesser d’ètre obnubilé par les grands prédateurs. De la part des écologistes, il serait bon d’arr’ter de vouloir â tout prix « mettre les bergers dans leur poche ». Je me souviens d’une expérience très désagréable. J’avais accepté de figurer dans un film qui avait pour objectif de promouvoir les techniques de cohabitation, principalement celle liée au patou. Le réalisateur semblait au départ bien conciliant mais avait besoin de flatter à outrance le « berger moderne » que j’étais, et mon « ouverture d’esprit » qui signifiait bien sûr pour lui que j’acceptais le loup. Mais au fur et à mesure, il s’est mis à dénigrer les paysans et à afficher un tel mépris pour les brebis que j’ai eu honte et ai cessé la collaboration.

J’ai repensé à ce souvenir lorsque plus tard j’ai lu sur  loup.org  un article annoncé en fanfare : « Grande première ». En fait FNE et l’association de cohabitation pastorale avaient payé le voyage à des représentants d’associations de bergers et d’éleveurs pour qu’ils viennent signer un texte hyperconsensuel dont le brouillon était certainement écrit avant les débats. Comme cela n’engageait pas beaucoup les signataires, la plupart se sont exécutés.

Est-ce afin de « diviser pour mieux régner » qu’on tient tant à ce que les bergers et éleveurs aient un avis sur le loup, l’ours ou le lynx ? Dans les Alpes, le berger qui s’est le plus investi dans la recherche sur la cohabitation m’a clairement dit qu’il n’avait jamais pris parti pour le loup.

Et de fait, pour faire du bon travail, on n’a pas besoin de cette polémique. Au contraire, elle gène. Pour un éleveur ou un berger il faut que le pastoralisme reste une activité vivable, intéressante et respectée. Cela n’est donc lié au loup que si on laisse sa présence mettre en péril ce à quoi nous tenons.

Les écologistes multiplient les déclarations de bonnes intentions envers le pastoralisme, mais qu’est ce que cela signifie ? Nous n’en savons rien !

Si vraiment l’Etat français et l’Europe sont comme les associations écologistes absolument persuadés que la cohabitation est possible, alors il faut qu’ils s’engagent fermement à ce qu’aucun terrain ne cesse d’ètre pâturé, aucune exploitation ne s’arrète à cause du loup, du lynx ou de l’ours. Cette garantie serait un gage sérieux car cela impliquerait que si elle ne pouvait être tenue dans une zone, ce serait alors les prédateurs que l’on ferait disparaitre de cet endroit.

En effet, si on peut admettre qu’un éleveur qui refuserait de protéger son troupeau malgré des aides appropriées à son cas, en subisse les conséquences, on ne peut pas tolérer de ne plus pouvoir pâturer sur tel terrain embroussaillé et éloigné du fait que la protection contre le loup y est trop compliquée.

On ne peut pas nier le bien fondé de la remarque des éleveurs qui disent que la pression du loup les gane précisément dans la pratique extensive du métier, donc dans le domaine ou ils sont utiles à l’entretien des espaces naturels.

Car il est facile de dire que les troupeaux sont trop grands pour être bien gardés. Mais il ne faut pas se leurrer, aujourd’hui seul un grand troupeau donne la garantie qu’il sera gardé à temps plein par un berger. Si on ne prend pas de mesures, la tendance pour se protéger du loup, sera justement de former d’avantage de gros troupeaux et d’abandonner les terrains qui ne se prètent pas à la conduite de tels troupeaux.

Les moyens et la logique nécessaires pour assumer cet engagement permettra peut-être enfin d’inverser le système qui réduit inexorablement le nombre des éleveurs et des bergers et qui est encore toujours de mise aujourd’hui quoi qu’on en dise.

Cette garantie pourra également rassurer sur les intentions des écologistes qui utilisent de manière récurrente un argument qui me fait froid dans le dos. Celui-ci consiste à systématiquement marginaliser les éleveurs ayant des problèmes avec le loup. C’est le cas par exemple lorsqu’on compare les dégâts de chiens errants sur tous les élevages ovins de France aux dégâts du loup qui ne concernent pour le moment qu’une minorité d’exploitations. Et dans les zones à loup, on fait des « études » « prouvant » que la cohabitation est vivable dans une majorité de cas. Les autres sont immédiatement suspectes. Bref, cela signifie que ceux qui sont dans la marge avec un cas spécial -et ils sont nombreux- ne comptent pas. C’est à l’opposé de la philosophie déclarée de ces mouvements écologistes notamment en ce qui concerne la diversité.

Le fait de s’engager à ce que tous les terrains puissent continuer à être pâturés et qu’aucune exploitation ne doive s’arrèter à cause du loup devrait permettre également d’orienter les efforts dans un sens de préservation et de développement du savoir faire des bergers (En ce sens je suis étonné qu’on ne propose pas aux bergers plus de formations par rapport à l’environnement. Des pâtres formés en botanique par exemple, seraient autant d’observateurs privilégiés. Beaucoup de bergers sont demandeurs. Ne pas répondre à leur attente renforce chez eux le sentiment que l’on cherche à les déposséder de leur métier. A vrai dire je peux très bien comprendre que les naturalistes soient eux aussi jaloux de leur métier. Mais rajouter cette chamaillerie à toutes celles qui existent déja, est-ce que ça ne fait pas un peu beaucoup ?), particulièrement lorsqu’il est lié à leurs choix personnels ou la passion de certains pâtres en font des artistes.

Car bien que certains nient l’argument de l’humanisme cher aux bergers, il me semble pourtant tout à fait évident que le pastoralisme ne perdurera que tant que des femmes et des hommes pourront vivre leur passion pour ce métier. Aussi faut-il prendre en compte ceux qui ont des techniques originales et intéressantes liées à leur cas particulier. J’ai trop souvent lu ou entendu des avis de gens qui trouvent normal d’imposer au monde entier la même technique de garde. Pour éviter cela, il faut que ce soient des bergers, d’une expérience aussi grande que diversifiée qui fasse référence en la matière, pour examiner les cas particuliers.

Un engagement comme celui que je propose et qu’il me semblerait bien naturel de prendre a certainement un cout élevé, mais beaucoup d’argent est déja dépensé pour le retour des prédateurs et les efforts dans le sens de la préservation de l’environnement et de la biodiversité iront -on peut l’espérer- croissants. On se rendra alors vite compte que l’investissement en travail pour le pastoralisme n’est pas plus cher qu’un autre et qu’il s’avère payant. Car si l’on regarde ce que cote le fait de restaurer des situations dégradées, on comprend combien on a intéret à préserver le patrimoine pastoral qui reste.

Maintenant est-ce que les pouvoirs publics de France ou d’Europe ont réellement la volonté de préserver cette diversité ? C’est exactement ce qui reste à prouver car on n’est toujours pas sorti d’une logique d’uniformisation et dans ce cas, le retour du prédateur sert une politique de nivellement par le bas. Ce serait alors les écologistes les premiers déçus par cette expérience malheureuse.

Mathieu Erny.

Publié dans : archives | le 28 mai, 2009 |Pas de Commentaires »
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