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Lettre à la buvette des alpages

Baudouin, il y a un moment que je ne comprend plus ou tu veux en venir (je me faisais peut être des illusions depuis longtemps et l‘annonce « un site sur les brebis et tout ce qui tourne autour »n’était qu’un leurre? )

Je tiens à préciser que si je parle à la première personne tout au long de mes articles,(cela me gène quelque fois) c’est que je ne suis le représentant de personne, je ne suis pas non plus représentatif et je ne prétend pas faire un travail de sciences humaines. Mais il me semble que si un peu plus de monde se donnait la peine de comprendre comment peut réagir un homme ordinaire quand il se trouve à la place de ces éleveurs confrontés aux problèmes des grands prédateurs (dont le site officiel de l’état http://www.loup.developpement-durable.gouv.fr/ dit qu’ils ont étés sous estimés) cela vaudrait sans doute mieux que de suivre un raisonnement abstrait.

 

Dans ton blog tu répètes à plusieurs reprises: « Dans l’agriculture par tradition tout ce qui gène il faut s’en débarrasser ». Fichtre! Voici une profonde analyse ethnologique. Vraiment ces paysans, c’est un autre monde. Tu connais beaucoup de gens, de  « groupes sociaux-culturels » qui acceptent ce qui gène? Et sont-ce les paysans qui sont capables d’accuser le gouvernement parce qu’il neige?

Je ne supporte plus les sociologues à la petite semaine. Tu publies un article intitulé

 

« sociologie du loup » 

http://www.buvettedesalpages.be/2005/06/sociologie_loup.html

Qui connaît Monsieur Charlet?Aucun lien, aucune présentation du travail de ce monsieur et je n’ai pas non plus trouvé sur internet la moindre référence à ce sois disant sociologue. De fait, il ne s’agit que d’une ènième compilation des rumeurs colportées par les militants du loup. Un bricolage qui a déjà suscité la réaction de Cédric Tolley alors étudiant en … sociologie.

Je connais bien les préjugés de monsieur Charlet. C’est cette superstition, le scientisme,(sans rapport direct avec la scientologie) qui consiste à dire qu’a partir du moment ou on s’oppose à une croyance ou une tradition, on est objectif et scientifique. Pas la peine de justifier ses dires.

Monsieur Charlet dit: « Cette imagination vagabonde était guidée d’une main de maître par les superstitions populaires, par la religion qui a diabolisé cet animal qui pourtant ne s’attaque que très rarement à l’homme. »et «  De rudes hivers, des maladies, un peuple maintenu dans l’ignorance par un clergé manipulateur, des guerres incessantes : quelques villageois agressés par des loups tiraillés par la faim auront suffit à toute une société pour fantasmer » . Ce genre d’argument ne se réfère pas du tout à la raison mais à toute sorte de ressentiments et des rapports conflictuels et passionnés avec la religion. En fait, avant de faire des analyses « sociologiques » il y aurait intérêt à se faire psychanalyser sois même.La vraie question n’est pas bien compliquée mais je n’ai encore pas lu quelqu’un se la poser. C’est de savoir dans quel sens c’est développée la peur du loup.Etait -ce un présupposé issu de la théologie et des textes fondamentaux qui c’est répandu dans les croyances populaires de façon artificielle comme cela est suggéré?

Ou était-ce le courant inverse comme il me semble (mais je ne prétend pas être un sociologue). La peur que les gens avaient réellement du loup est entrée abondamment dans les légendes de façon bien logique et est remontée pour être utilisée sporadiquement comme image dans les discours religieux. En effet, il y a de nombreuses légendes avec des loups. Les histoires saintes en contiennent moins et elles ne sont pas toujours négatives pour le prédateur comme l’histoire du loup de Gubio et St François ou la légende de Saint Hervé. Et plus encore dans le texte fondateur, la bible ou il est question du loup qui paîtra avec l’agneau…

D’autres prétendent également que dans les légendes de l’époque pré-chrétiennes nordiques le loup avait un rôle obscur mais essentiel. Eh bien? Quel est la différence avec le petit chaperon rouge, surtout celui des frères Grimm? C’est notre société actuelle qui ne sait plus reconnaître le côté obscure.

Pour ce qui est de la religion chrétienne, chacun sait qu’elle n’a pu se réaliser que grâce à l’intervention d’un « traître ». Ceci n’est pas de l’ésotérisme.

 

anti-citadin

Vu mes origines, j’aurais du mal à être anti-citadin comme tu m‘en accuses, mais le nombre de paysan est passé de cinquante à quatre pour cent. Il faut être conséquent, tu fait partie de cette grande majorité de gens qui ont délégué à quatre pour cent de la population la charge de les nourrir. Cela ne peut se faire que par des exploitations agricoles performantes économiquement. Ce n’est pas parce que les volontés politiques et les moyens industriels ont fini par déboucher sur la surconsommation et la surproduction qu’il faut négliger ce fait. De plus, l’élevage de montagne dont tu parles dans ton blog et que tu attaques n’est responsable ni de la surproduction ni de la surconsommation. Ses produits sont de qualité, ils coûtent cher et rapportent peu malgré les aides.

Le premier responsable de ces maux graves est le consommateur, c’est à dire tout le monde, et non pas une minorité d’agriculteurs.

 

ranching

Un nouveau mot que tu as découvert est le « ranching » que tu accuses les éleveurs de montagne de pratiquer. Dans la région Midi-Pyrénées la taille moyenne d’un troupeau ovin est de 150 brebis, en Nouvelles Zélandes de 2500 ovins, en Australie et en Patagonie les exploitations comptent plusieurs dizaines de milliers d’ovins.

C’est face à la concurrence de ce type d’exploitation que les « ranchs » de montagne sont confrontés.

Au dixneuvième siècle on a confisqué des terres qu’exploitaient des petits paysans de montagne en décidant à leur place qu’ils seront plus heureux comme ouvriers dans l’industrie et on a planté de la foret sur leur territoire en prétextant déjà le coté écologique. Mais ces forets ne sont pas d’une biodiversité remarquable. Il se passe surtout qu’elles se prêtaient, la encore, à une exploitation industrielle. Aujourd’hui l’industrialisation est partout mais se sont les élevages de montagne qui résistent le mieux à cette vague .

Depuis l’erre industrielle, toutes les techniques visent à gagner du temps. Mais que fait on du temps économisé?Etait-ce bien la peine de dépeupler les campagnes pour faire des chômeurs? Sans compter tous les emplois qui consistent à réparer les dégâts tant sociaux qu’écologiques de nos modes de vie (il y en a des millions). Bref, on gagne du temps pour avec cela nous compliquer la vie. Ainsi il y a aujourd’hui des paysans qui sont tenus d’être très compétitifs afin de nourrir un maximum de gens, et des personnes qui n’ont plus besoin de travailler la terre viennent leur reprocher leur pratiques au nom de l’écologie. Il y a évidemment du gâchis et c’est pourquoi, l’idée qui c’est imposée naturellement est de compter sur l’agriculture pour gérer les milieux semi-naturels ayant un intérêt écologique.

 

Un exemple, le sylvopastoralisme.

Les tenants de la « naturalité » disent qu’il faut bannir toute intervention humaine surtout dans la forêt dont ils prétendent que c’est le milieu le plus « naturel ». Bon mais la forêt brûle. De nos jours cela prend des proportions énormes qui imposent d’agir. On sait pertinemment que, surtout dans le sud de la France, il est impératif d‘entretenir les bois sous peine de les voir disparaître totalement. La meilleure façon de procéder est d’utiliser le pâturage extensif. C’est une technique ancienne, qui a fait ces preuves et que l’on cherche donc à conserver. C’est ce qu’il y a de moins polluant comparativement aux techniques mécaniques. Le pastoralisme a des retombées positives, lui, et il est productif même s’il n’est pas forcément rentable. La différence est qu’au lieu de détruire purement et simplement les végétaux ils sont utilisés et transformés et ce coté « positif » est très important à conserver notamment pour s’habituer à lutter contre le gaspillage si néfaste dans la société d’aujourd’hui. Evidemment tu me diras que si les forêts brûlent excessivement c’est à cause de l’homme que le nier est un déni de responsabilité humaine où la faute est mise à tort sur le dos de la nature sauvage qui joue une fois de plus le rôle de bouc émissaire. Ouai ben c’est pas non plus la faute aux brebis! Je sais, il ne s’agit pas ici exclusivement de biodiversité mais tout ce tient. Bizarre qu’il faille apprendre ceci aux intégristes de l’écosystème. En attendant les forets brûlent quand même…Et nous regardons ailleurs. J’ai écrit dans un aricle de mon blog http://mathieuerny.unblog.fr/2009/05/28/les-archives-2/ Ce qui me semblais sur la question. Il y a avant tout des personnes qui par goût personnel préfèrent la foret. OK. Mais ça devient limite lorsqu’on en déduit une hiérarchie qui font de la steppe ou de la savane des endroits négligeables. Pareillement S Carbonnaux et JC Génot s’abstiennent prudemment de parler des forets méditerranéennes. Ils ne proposent donc pas un modèle universel.

 

Interventionnisme

Des gens comme JC Génot disent en substance qu’il faut être moins interventionniste dans la gestion (il n’aime pas ce mot mais c’est celui qui convient) des espaces naturels (ou semi naturels). Mais ce n’est pas si original comme idée. En général, le casse tête de tout ceux qui respectent la nature est de savoir comment intervenir le moins possible. C’est le cas des gestionnaires d’espaces naturels mais c’est aussi l’état d’esprit des éleveurs pratiquant le pâturage extensif ou des agriculteurs bio. Seulement tout ceci demande du terrain et ça, on ne peut pas le fabriquer. Donc il faut gérer pour arbitrer et obtenir tout de même un maximum de résultats par le minimum d’interventions.

 

Sur la broussaille,

il est faux de dire que les tenants de la naturalité l’aiment pour elle même. Elle n’est appréciée par toi et les tiens que parce qu’elle montre le  dynamisme  de la nature (quel beau mot) ce qui signifie en fait qu’elle prépare à la reconquête de la forêt. La montagne serait-elle morte si l’agriculture reculait devant la ronce, le taillis puis la forêt (Stéphane Carbonnaux)

Sans doute, on ne peut exploiter un pré de fauche sans y lutter contre l’embroussaillement. Mais pour les troupeaux extensifs cette végétation peut être une nourriture très intéressante en plus d’un milieu confortable à certaines périodes de la journée et de l’année. C’est même une sécurité en cas de manque de fourrage et il est intéressant d‘avoir des bêtes habituées à la manger. C’est le sujet du travail de nombreux chercheurs comme Laurent Garde du CERPAM ou Michel Meuret de l’INRA. Ainsi les bergers me semblent bien être les seuls à aimer la broussaille pour elle même et la préservent en en stoppant la progression. Pris entre l’agriculture intensive et le naturalisme avec des valeurs bien marquées, le pastoralisme extensif est bien celui qui sait relativiser le plus les idées arrêtées des uns et des autres du fait qu’il trouve de l’intérêt à ce que d’autres ignorent et parfois combattent excessivement. Parce qu’il reste bien vrai que ce qui gène il faut s’en débarrasser, évidemment (Il est là pourquoi le patou?)

 

« cohabitation »

Baudouin, quand on prétend défendre la « cohabitation » on comprend qu’il y a là un engagement à défendre aussi la pérennité du pastoralisme et tant que j’avais l’impression que c’était là le propos j’ai pris tes charges nombreuses a l’encontre du pastoralisme comme des provocations constructives, ce qui n’était pas forcément pour me déplaire, j’y répondais sur le même ton.

Il n’est malheureusement pas souvent facile dans ce cas de faire la différence avec un propos pensé sciemment pour nuire.En luttant contre les efforts faits au niveau de la préservation de la biodiversité d’élevage, en cherchant à vous accaparer le concept de nature (c’est d’ailleurs désuet on parle de « naturalité » quand on est un écologiste averti) ou de biodiversité, vous cherchez à casser définitivement le lien évident qu’il y a entre l’agriculture et la nature et dont l’élevage extensif est un maillon essentiel. C’est vraiment une profonde erreur.

Je me suis parfois demandé pourquoi je ne parvenais pas à m’exprimer de manière plus positive au sujet des grands prédateurs alors que je suis de ceux qui peuvent prendre du recul.

C’est ici principalement que le bat blesse.

 

Quelle confiance?

Que penser lorsque tu dis: « Il y a en montagne la place pour tout le monde : éleveurs, bergers, chasseurs, touristes et faune sauvage préservée ».Et plus tard:« Bottons les brebis hors des zones à ours ».Ou bien: « Pyrénées, ta montagne fout le camp au profit de quelques-uns, au profit des brebis. Bêêê ! » je ne l’ai jamais su mais tout m’incite à la méfiance. Tu le répète un peu trop souvent: ce qui gène il faut s’en débarrasser. Pour ma part j’attend toujours un véritable engagement comme je le préconise dans plusieurs articles dont celui ci http://mathieuerny.unblog.fr/2009/06/  Stephanne Carbonnaux s’exprime lui bien plus clairement: Mettre le mouton dans les tanières du loup et de l’ours, (…) certains bons connaisseurs de la faune estiment que cet élevage est incompatible avec l’existence du loup et de l’ours (lire les contributions de B. Flajsman dans l’ouvrage collectif Living with bears, en vente auprès de Pays de l’ours-ADET).

 

Farid Benhamou va bien sûr dans ton sens lorsqu’il dit que l’élevage d’aujourd’hui dans les Pyrénées n’est plus un élevage traditionnel. Qu’est ce que cela signifie?Lorsqu’on présente des éleveurs ne gagnant pas le SMIC comme des exploiteurs profiteurs, cela ne m’étonne pas que certains aient pu encore s’imaginer pouvoir trouver en montagne des gamins habillés de peaux de mouton retournés gardant une vingtaine de brebis. Mais que pensent les peuples qui sont restés aussi traditionnels du concept de naturalité? Ce que je sais c’est qu’ils en ont marre parce qu’a eux aussi on prétend leur apprendre à travailler, on leur impose des règlement écologiques parce qu’ils vivent sur des territoires de très haute naturalité avec évidemment des mesures de protection, et bien souvent on les fiche dehors tout bonnement. Ils en ont marre et l’ont déjà fait savoir. Un article paru dans le Courrier international « les réfugiés de la conservation » alerte sur ce phénomène; j’en ai fait un résumé http://mathieuerny.unblog.fr/2010/02/07/les-refugies-de-la-conservation/

 

Calculs sophistiqués.

Tu appuies régulièrement tes dires par des comparaisons et des calculs sophistiqués. J’ai déjà fait remarquer que le calcul de base qui consiste à faire le pourcentage des animaux tués par les grands prédateurs sur toute la France (y compris la baie du mont Saint Michel) pour expliquer que le problème ne représente pas d’avantage que ce pourcentage en travail et en contrariétés dans la vie d’un éleveur est nul; Car si ce dernier ne passe que 0.04/100 de son temps à la protection du troupeau, il n‘aura même pas le temps d’acheter les croquettes du patou. Quand à réparer les dégâts …. Mais si l’on appliquait ce genre de calcul au patou, (coût des chiens en regard avec l’estimation moyenne des brebis épargnées grâce à eux) on en déduirait rapidement que ces derniers ne sont pas rentables du tout.

Or le patou est utilisé dans les Alpes comme dans les Pyrénées bien plus que ce qui apparaît par les chiffres officiels. En effet FERUS dit que le nombre de patous dans les Alpes doit être supérieur à mille car nombre d’éleveurs ne désirent pas l’acquérir officiellement (bien que subventionné) pour ne pas être redevable du budget du loup. Pourquoi faut il des patous alors? Eh bien parce que le patou c’est beau, c’est très beau. Non pas tant la sympathique peluche elle même que la majesté du gardien dans l’exercice de ses fonctions.

Sa raison d’être et même sa rentabilité ne peuvent se comprendre qu’en intégrant des éléments que tu passes ton temps à minimiser. C’est qu’en effet, ce sont ces éléments qui sont inclus dans les fortes indemnisations versées lors d’attaques de prédateurs- notamment par rapport au stress des bêtes et à la désorganisation du travail- sans pour autant donner satisfaction aux éleveurs.

Les chiffres, les mots utilisés (prélèvements) la façon de présenter les choses laissent penser que le loup ( ou les autres prédateurs) est une sorte de percepteur passant sur toutes les exploitations d’élevage de France pour prélever une taxe biodiversité de 0.04 pour cent par an, tellement moins que la TVA! Et c’est là que vous vous êtes trouvés pris au piège de ce raisonnement cul de sac, comment faire à présent pour

 

justifier le patou?

Eh bien y a qu’a charger les chiens errants, et ne pas y aller avec le dos de la cuillère. Parce qu’il en faut pour justifier par ces calculs la rentabilité de ce brave monstre. C’est pourquoi la plus importante des associations internationale d’écologistes n’a pas hésité à donner DES chiffres plus importants que le chiffre total de perte d’ovins toute causes confondues. Le ridicule est là à son comble mais la fédération nationale ne fait guère mieux. Tu as pour ta part, il est vrai, évité d’utiliser ces chiffres aberrants mais tu ne peux t’empêcher de les défendre le moment venu comme tu l’a fait dans cet échange que j’ai résumé. http://mathieuerny.unblog.fr/2009/11/23/largument-de-la-predation-des-chiens-errants/Finalement tu as découvert cette étude que tu met dans tes « bêêêêêst of du moment » cette « étude qui change tout ». Je n’y ai rien compris, du moins de la façon dont tu l’utilise (elle infirmerait les études de Laurent Garde et des quatre autres chercheurs sur la question)Parce que d’apprendre que le chien mange de la viande pour ma part ça ne change pas grand chose à ce que je savais déjà. En examinant les crottes de chien, on n’apprendra rien sur les animaux qu’ils ont eux même tués or c’est ça la question.

 

Vautours?

Indéniablement, tu aime a pourfendre, et tu t’adonnes à ce loisir avec délectation. Mais au point me semble t’il de ne plus te soucier de savoir si cela a un effet bénéfique ou dévastateur. Le meilleur exemple sont les vautours.

La buvette a publié de nombreux articles sur le sujet des comportements déviants constatés récemment chez les vautours dont celui ci.

http://www.buvettedesalpages.be/2007/05/iphb_vautours.html

Une fois de plus, quand l’homme essaie d’influencer ou de modifier un équilibre, il fait pire. La population de vautours survit/se développe sur le nettoyage de la montagne de ses carcasses. Enlever les carcasses, c’est leur retirer la charogne de la bouche pour les affamer. Homme affamé n’a point d’oreille. Le vautour affamé modifie t-il son comportement? Peut-être. Attaque-t-il des bestiaux en pleine forme ? J’en doute. Mais une chose est sure : il n’est pas responsable de la suppression des carcasses. C’est la décision politique qui est à combattre, pas l’oiseau. Rendre le vautour responsable est une nouvelle fois de la désinformation. L’origine de telles rumeurs ou récits est à chercher du côté des milieux agro-pastoraux. Ce qui gêne, il faut s’en débarrasser…J’ais été intrigué par ce problème puisque, en débarrassant ce qui gène, le vautour est généralement considéré comme un allié de l’élevage.Aussi ais-je lu de nombreux articles sur la buvette mais aussi sur d‘autres sites. À ma souvenance, aucun, de quelle que bord que se soit, n’a omis de préciser que la situation était due à la fermeture des charniers et tous déploraient ce fait en précisant que les animaux attaqués avaient déjà un problème grave. A qui donc t’adresses tu lorsque tu dis: Un bel exemple de déni de responsabilité humaine où la faute est mise à tort sur le dos de l’animal sauvage qui joue une fois de plus le rôle de bouc émissaire. Difficile pour l’homme de reconnaître ses torts, son manque de bon sans…Toi même ne nie pas qu’il y a un problème n’est il pas normal alors qu’il soit étudié?En quoi cela signifie t’il que l’on prépare une extermination comme tu le prétend en changeant le titre de l’article de Thomas Longué. Le but est de procéder à des expertises pour déterminer le rôle des vautours accusés d’être à l’origine des décès.Les résultats montrent que les vautours sont capables de toucher à des animaux vivants, mais qu’ils s’attaquent surtout à des bêtes en difficulté.

Les conclusions de Jean Pierre Choisy ne sont guères différentes . Ce dernier que l’on peut difficilement « accuser » de « complicités » avec le monde paysan semble être bien plus modéré que toi sur cette question

Mais les vautours n’ont pas suscité l‘animosité des éleveurs, au contraire, à deux exceptions prèsA partir de la fin du XVIII° siècle et jusqu’à son éradication totale, l’inoffensif Gypaète, dans les Alpes, a été victime de fantasmes cynégétique-littéraires en faisant un véritable dragon. Eleveurs et bergers en ont diversement influencés. Curieusement, les Pyrénées et la Péninsule Ibérique n’ont pas été contaminés par ces délires romantiques.Depuis quelques années on a relaté, dans les Pyrénées et en Espagne, des cas de vautours fauves tuant du bétail. Une fois éliminées les billevesées, ainsi qu’une prétendue expérience (une chèvre en bonne santé peut effectivement être tuée par des vautours…si elle est bien ligotée !), le fait a été réellement observé dans des situations très particulières, concernant toujours des animaux en situation critique : blessé ou agonisant, jeune gisant durablement inerte sur le sol et pris pour un cadavre, mort-né dépassant de la vulve tiré par les vautours entraînant l’utérus, etc. Jean Pierre Choisy ce dit préoccupé par le coté médiatique de cette affaire. Moi aussi. Si toi même, Baudouin, prend le contre pied systématique de tout ce qui vient du pastoralisme pyrénéen, comment n’en serait il pas de même au sujet de la buvette? Lorsque tu présentes le vautour comme un bouc émissaire, il est pour moi à peu près certain que tu contribues à ce qu’il en soit ainsi.

Dans le mur

Souvent tu dis que nous fonçons droit dans le mur. Mais quel est le choix? Je préfère que l’on aille dans le mur tous ensembles plutôt que de se déchirer les uns les autres. Je ne crois absolument pas à la nécessité de se laisser tyranniser par des intégristes qui pensent être au dessus des valeurs humaines et ne savent pas reconnaître leurs propres responsabilités.

Robert Hainard était plus lucide en disant: «  Il faut sauver les espèces animales en danger non pas parce que nous en avons besoin, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines nécessaires pour les sauver, et ce seront celles-là dont nous aurons besoin pour nous sauver nous mêmes. «  Mais cette idée vaut aussi pour d’autres situations.

 

Peut-être prend-je tout ceci trop à cœur, qu’il s’agit juste d’un jeux? J’apprécie l’humour mais je trouve qu’il se dit bien assez de sarcasmes par ailleurs pour se sentir l’obligation d’en rajouter lorsque les articles que tu fait passer en sont dépourvus à l’origine. J’aimerais quand même rappeler une chose pour tous ceux qui se lamentent de ne pas être entendus: si l’on n’a pas convaincu, c’est avant tout que l’on n’est pas convainquant. J’ai lu attentivement l’article de Stéphane Carbonaux que tu met dans tes bèèèèèèèèèèèèèèèèèst of, mais il n’est pas à la hauteur de son titre: «  Le sens profond du retour de l’ours ». Pris dans ses polémiques SC en a oublié son propos mais cela est assez représentatif de la buvette.

Mathieu Erny

 

 

 

 

Publié dans:Non classé |on 14 février, 2010 |3 Commentaires »

Présentation

Le droit des brebis

 Mon adresse couriel est :  ernymathieu@gmail.com

Merci aux ethnologues Guillaume  Lebaudy et  Anne Marie Brisebarre qui m’on fait ce texte d’introduction.

Depuis plusieurs années, le berger Mathieu Erny alimente régulièrement un blog (mathieuerny.unblog.fr) avec des textes inspirés par une réflexion personnelle sur son métier. Son nom, Le droit des brebis, annonce clairement la couleur. Il s’agit de défendre le pastoralisme ovin extensif, de faire reconnaître le travail des éleveurs et des bergers, et de rétablir l’équilibre entre les perceptions d’un monde sauvage survalorisé et très protégé, et celles d’un l’élevage ovin stigmatisé et contraint par les préoccupations environnementalistes.

Teintées d’idéologie, depuis une vingtaine d’années ces dernières sont devenues de plus en plus moralisatrices. Profitant d’une tyrannie de l’émotion relayée par certains médias et leaders d’opinion, les associations et organismes environnementalistes ont beaucoup agit pour imposer de nouvelles normes dont l’adoption s’est faite quasiment sans aucun débat public. Une pensée unique finira-t-elle par régenter toutes les activités ayant une incidence environnementale ?

Le pastoralisme, souvent sous le feu de l’actualité en période estivale (pour le « spectacle » des transhumances, mais aussi par les effets de la prédation sur les troupeaux d’ovins, quand ce n’est pas à cause d’incidents entre touristes et chiens de protection) est de plus en plus encadré, au point que certains éleveurs se sentent « sous surveillance ». Il importe que cette activité ne soit pas cantonnée à être un patrimoine ou, pire, une tradition folklorique. Il importe aussi que son rôle environnemental n’oblitère pas sa mission première de production. Le pastoralisme joue un rôle écologique important, il est un outil majeur pour lutter contre les incendies, il a un impact décisif (et très ancien) sur les paysages. En Méditerranée, ces derniers font d’ailleurs l’objet d’un projet d’inscription au patrimoine mondial (UNESCO). La multifonctionnalité du pastoralisme est indéniable, pour autant elle ne doit pas signifier son instrumentalisation et sa mise sous tutelle.

Dans une période où la place et la légitimité du pastoralisme sont de plus en plus contestées dans tous les massifs français, il nous a semblé intéressant de publier ce texte. Nous avons peu l’occasion d’entendre ou de lire les praticiens de ce métier, dont la parole est souvent couverte par celles des journalistes, des scientifiques ou des techniciens. Il est rare en effet qu’un berger prenne la plume pour témoigner de son vécu et nous livrer son analyse des enjeux du pastoralisme contemporain.

Mathieu Erny est berger. Formé à l’Ecole du Merle à Salon-de-Provence, il a fait l’estive en alpage pendant plus de dix ans dans les Alpes du sud,  période durant laquelle il a été confronté à plusieurs reprises à des actes de prédation du loup sur le troupeau dont il avait la garde.

Anne-Marie Brisebarre, ethnologue, directrice de recherche au CNRS, Laboratoire d’Anthropologie sociale (Paris).

Guillaume Lebaudy, ethnologue, membre de l’IDEMEC (Institut d’Ethnologie méditerranéenne et comparative), Université de Provence, Aix-en-Provence.

Ce texte avait été écrit à l’origine comme préface à un article qui reste un pilier de ce blog. J’en met ici le lien car il se trouve à présent loin en arrière dans la liste de articles.                http://mathieuerny.unblog.fr/2009/06/20/pour-un-plan-de-protection-du-pastoralisme/

Publié dans:Non classé |on 22 novembre, 2009 |2 Commentaires »

Le pastoralisme, Il faudrait lui laisser vivre sa vie

 

“Le pastoralisme, il faudrait lui laisser vivre sa vie…” 

Il y a quelque temps, j’avais écrit un article que le site internet « la Buvette des alpages » avait repris sous le titre Et si on nous donnait l’engagement  qu’aucun pâturage ne devra être abandonné à cause des loups. Á force de penser aux problèmes du pastoralisme, de l’écologie et de leur point d’achoppement, les grands prédateurs, il me semble que cette idée vaut bien d’être approfondie.

Le pastoralisme, une nuisance ?

On dit que le loup a mis en évidence la crise du pastoralisme d’aujourd’hui et sa fragilité. Soit! Mais les personnes et associations qui disent cela ne donnent pas pour autant de solutions à ce problème. Elles se contentent de suggérer que c’est la cupidité des éleveurs qui en est la cause. Rien d’étonnant alors que ce « magistral coup de projecteur » ait négligé de mettre en lumière le fait que cette activité est exercée par des gens qui sont très mal rémunérés pour leur travail, leur compétences et leurs astreintes. Beaucoup de ceux qui s’y engagent le font vraiment par passion ce qui était généralement assimilée à l’engagement des écologistes avant le retour du loup.

En effet, combien d’éleveurs se contenteraient de plus petits troupeaux si c’était possible ? Combien de bergers seraient prêts à des sacrifices supplémentaires pour faire du beau boulot intéressant et gratifiant ? C’est là un potentiel énorme qui est gâché.

Lorsqu’un berger rencontre un représentant  d’une de ces associations militantes de l’écologie, que doit-il penser ? Cet écologiste là est peut-être animé des meilleures intentions pour le pastoralisme, mais il ne peut engager son association sur cette voie du dialogue car, derrière lui, dans la même fédération de nombreuses personnes prétendent que le pastoralisme est une nuisance.

Une activité qui a fait son temps ?

Et que dire lorsque les opinions politiques s’en mêlent ? Les uns présentent le loup comme une victime de l’économie de marché (parce que le pastoralisme est une activité lucrative, contrairement aux associations pro-loup). D’autres voudraient appliquer le libéralisme à la gestion de l’environnement (n’est-ce pas la loi de la jungle ?). Le pastoralisme n’est plus rentable ? C’est donc qu’il a fait son temps. Il est normal qu’il disparaisse au profit d’activités comme le tourisme. Des activités économiquement dynamiques et dont on s’imagine qu’elles auraient moins d’impacts directs sur la nature.

En revanche, socialement, le pastoralisme a déjà beaucoup plus d’importance. Il permet de fournir du travail dans des zones désertées, de plus il est de ces métiers qui représentent un débouché professionnel pour des personnes de grande qualité et compétences ne parvenant pas à s’intégrer à notre société actuelle, si compliquée, si contrainte. Si je lutte pour éviter que les bergers soient marginalisés, il faut bien reconnaître, car cela fait sa grandeur, que ce métier permet de faire une place honorable à des personnes en marge des normes actuelles ; des personnes souvent porteuses de valeurs qu’on a tort d’oublier.

Le pastoralisme génère des activités et des emplois indirects. Que l’on pense aux bouchers, aux maquignons, aux techniciens d’élevage, aux éleveurs de chiens, aux ethnologues, aux sociologues, aux conservateurs de musées, aux gestionnaires d’espaces naturels, aux journalistes, aux photographes, aux écrivains. Ca en fait du monde! Bizarre! Comment autant de gens pourraient-ils lier leur métier à une activité moribonde et inutile ?

Si tant de personnes se nourrissent du pastoralisme, elles lui ont rendu la pareille et les bergers ont de plus en plus conscience d’être les gardiens d’un trésor qu’ils ont envie de valoriser. Faut-il vraiment les en dissuader avec des polémiques stériles telle cette bataille sur le mot biodiversité : Des étymologistes à la petite semaine l’expliquent en faisant l’historique du mouvement naturaliste dont celui qui a cuisiné ce mot faisait partie. Cette mouvance là aurait une sorte de droit d’auteur sur ce nouveau terme. Eh bien non! Les racines gréco-latines de cet amalgame sont bien connues : Biodiversité signifie diversité du vivant. Un point, c’est tout.

Qui sont les moutons de Panurge ?

Les ultraécolos se gaussent de l’intérêt patrimonial du pastoralisme extensif sous prétexte que cela n’aurait rien à voir avec l’écologie. Il est habituel pour eux de tourner en dérision le lyrisme des bergers quand ceux ci font remonter leur métier au néolithique ou à Abel. Mais c’est un fait historiquement avéré, nous descendons tous plus ou moins de bergers et l’activité fut partout en Europe un des principaux piliers de l’économie . Le fait est que l’activité des écologistes  comme on l’entend aujourd’hui  ne remonte pas à aussi loin. Qui peut-on considérer comme les ancêtres des militants écologistes ? Je ne vois que certains poètes  comme le chef indien Seattle. Bref, la crème des cultures. C’est tout de même bien ainsi qu’il faut voir les choses.

Cela me fait toujours sourire lorsqu’à propos du loup on avance avec un très grand sérieux toutes sortes  de raisons et d’arguments « scientifiques » qui auraient justifié son retour. C’est de la blague! Qu’on n’essaie pas de me faire croire que c’est cela qui a motivé la décision de laisser revenir le loup. Dans ces utopies, le romantisme est toujours primordial ainsi que, dans ce cas présent, un sentiment de culpabilité à l’égard d’une nature personnifiée à l’équilibre et au bien-être de laquelle le loup serait indispensable. C’est beaucoup plus la légende de Rémus et Romulus, le Livre de la Jungle de Kipling, le poème La mort du loup d’Alfred de Vigny ou même la fable la plus connue d’Europe, Le petit chaperon rouge, à laquelle nous devons tous d’avoir combattu nos peurs d’enfants, qui sont à l’origine de cette décision. la preuve en est que la possibilité d’équiper les loups de colliers émetteur qui auraient pu aider les scientifiques et faciliter les techniques visant à permettre la cohabitation a été rejetée définitivement. Pourquoi? « Parcequ’un loup équipé d’un collier émetteur n’est plus un loup ». Un argument que je comprend mais qui n’a rien de scientifique et n’a pas de répercussion sur la biodiversité. Aussi, là ou se situe le problème et l’injustice par rapport aux bergers, c’est quand à force de nier le coté culturel du retour du loup, on dénie aussi cet aspect-là au pastoralisme.

Il n’est pas normal qu’on ne se serve pas du travail des anthropologues lorsqu’il s’agit d’imaginer des changements dans un métier aussi profondément enraciné dans notre inconscient collectif.

Il est anormal qu’on ne tienne pas compte des motivations de ceux qui souvent ont fait de grands sacrifices pour exercer le métier de berger.

Il est anormal que les mesures visant à protéger les troupeaux de la prédation soient à ce point basées sur l’enfermement, la coercition et la réduction des libertés des brebis, avec le souci de respecter celle du loup.

Notre société a eu trop vite fait de présenter le loup comme un individu noble en opposition à la « masse » bêlante et indifférenciée du troupeau. Fascinée par le mythe de l’individu et désireux d’échapper au conformisme, nombre d’entre nous ont trouvé plus valorisant de s’identifier au personnage du loup, plus conforme à l’image agressive qu’il faut se donner aujourd’hui pour « réussir ». Il y a décidément des moyens de manipulation plus efficaces, et surtout plus cyniques, que ceux dont use le berger pour guider ses brebis. Qui sont aujourd’hui les moutons de Panurge ?

Pour une « éducation » du loup ?

Comment se fait-il par ailleurs qu’avec le développement du métier d’éthologue, fortement médiatisé grâce à l’attention portée aux prédateurs, il soit toujours si peu question  de « l’éducation » du loup ? Celle-ci a toujours existé, c’était simplement le contrecoup de l’activité humaine, mais aujourd’hui ce sont des pratiques souvent incompatibles avec la convention de Berne. Plus rien n’a donc été fait dans ce sens car pour réaliser ces interventions sur le loup dans la situation actuelle, il faut que ce soit un organisme d’Etat ou une ONG qui s’en charge. On est en train de négliger un aspect  primordial et surtout un espace ou pro-loups et bergers peuvent se rencontrer ; chacun ayant à faire ce travail d’éducation sur « ses » bêtes.

La logique du plan accompagnant le retour du loup veut que l’on attende d’avoir partout en France des effectifs suffisants avant de tenter des interventions sur cet animal. Seulement, on est en train de se constituer  une population lupine perturbée qui ne  saura pas apprendre à ses jeunes  les comportements que l’on attend d’eux. En n’assumant pas ce travail sur le loup, les associations écologistes –dont ce devrait être le rôle–laissent donc à penser qu’il n’y a pas d’autres interventions possibles sur ce prédateur que de l’abattre. D’ou ces débats sans issue ou  émotion et indignation prédominent dans l’opinion publique.

Equilibrer les rapports entre loup et pastoralisme

Quel est le sens du retour du loup? Pour pouvoir se rendre compte de la profondeur des choses, il faut avoir une vision stéréoscopique. Ne considérer que l’aspect écologique est un aveuglement. Cela ne manquera pas de tourner à l’intolérance, donc à l’injustice et au rapport de force. Or justement, il n y a de sens au retour du loup que dans la tolérance. On l’attend de la part des bergers qui doivent cohabiter avec un intelligent et redoutable prédateur particulièrement gênant. En fait, c’est toute la société qui devrait s’exercer à cette tolérance.

Or, sur cet aspect, c’est un bide total ! Il n’y a qu’à consulter les blogs et les forums pour s’en rendre compte.

A priori, je ne suis pas choqué par les sommes importantes du plan pour les loups, car signer une convention protégeant les grands prédateurs en leur faisant une place à côté de l’activité humaine est un acte profond  et grave, lourd de conséquences et à priori audacieux. Mais qui a été à la hauteur de cette audace ? Qui a soupesé cette gravité ? Qui se sent réellement responsable du loup ?  Lorsqu’on  pose cette question, tout le monde se réfugie derrière l’état, l’Europe, etc.

Pour équilibrer les rapports entre le loup et le pastoralisme, il me semble qu’on aurait dû envisager ce dernier de la même façon qu’on l’a fait pour le loup et donc créer à cette occasion un plan de protection du pastoralisme.

Les écologistes parlent de l’écosystème dont les grands prédateurs seraient le pilier. Mais le pastoralisme aussi est un système et il faudrait lui laisser vivre sa vie. On sait que l’indemnisation des dégâts du loup n’est pas une solution suffisante, mais les mesures (imaginées par des personnes qui n’exercent pas de métier d’élevage) imposées indifféremment à tous les bergers de France ou d’Europe ne le sont pas non plus.

Berger et éleveur ovin en montagne sont toujours des métiers qui passionnent, et si cette profession s’affaiblit (en nombre de praticiens et en terme de revenus) c’est vraiment sous une pression très forte, due effectivement à bien d’autres causes que les seuls prédateurs. Mais l’une de ces pressions est justement celle qui est exercée par des associations qui dénient tout intérêt écologique au pastoralisme, sous prétexte qu’on y travaille plus avec les techniques d’autrefois ! Certes, mais à qui la faute ? Ce n’est pas en affaiblissant encore le pastoralisme qu’on redressera la situation. Pareillement, en utilisant à tort et à travers le terme de « surpâturage »,  on  videra progressivement les alpages et les pâturages de colline, sans pour autant parvenir à une situation écologiquement satisfaisante (cela favorisera par exemple la broussaille et engendrera la fermeture des milieux par endroits sans stopper l’érosion ailleurs, car celle-ci est due à des troupeaux qui se déplacent plus qu’ils ne pâturent. C’est donc objectivement un dégât du à la sous exploitation des pâturages).

Repenser les techniques de protection

Le plan de protection du pastoralisme reposerait sur l’engagement que le nombre de bêtes pâturant les prairies naturelles, les friches et les alpages serait maintenu. On s’engagerait aussi à maintenir la surface de ces pâturages, mais avec la possibilité d’abandonner un endroit pour un autre équivalent. Ainsi toutes les incitations aux divers changements se feraient avec les moyens nécessaires et, en quelque sorte, par la loi de l’offre et de la demande. Pour toutes les pressions, quelles qu’elles soient, exercées sur le pastoralisme, il faudra assumer le contre coup. Dans un cadre comme celui-là, on pourrait laisser les choses se réguler d’elles-mêmes car la motivation pour ces métiers est forte et les exigences des bergers et éleveurs en terme de revenus ne pourra être exagéré et leur travail restera globalement de qualité. Par contre, on ne pourra plus se passer de prendre en compte ce qui motive les bergers en dehors du coté économique. Ainsi il faudra bien par exemple repenser les techniques de protection en incluant la possibilité de pratiquer la couchade libre des brebis, les bergers ne tenant pas à être des matons. Il y a bien des raisons (en plus de ce qui, aux yeux des détracteurs du pastoralisme, ne manquera pas de passer comme un idéal romantique) pour défendre ce genre d’exigences. Il est pourtant simple de comprendre que l’été, lorsqu’il fait très chaud, les brebis mangent très peu le jour. C’est surtout la nuit qu’elles vont « faire leur ventre » ; sauf si on les enferme dans un parc électrifié pour les protéger du loup…

Le fait de bloquer arbitrairement le nombre d’animaux d’élevage sera peut-être considéré comme une contrainte d’un coté comme de l’autre, mais avant de continuer à s’occuper d’environnement avec une mentalité d’envahisseur devant occuper la place, il faut développer ces activités dans la profondeur. Cela génèrera d’un coté comme de l’autre richesses écologiques, économiques et patrimoniales, mais aussi qualité de vie et emplois.

Soyons honnêtes, je sais que cet objectif est présent à l’esprit de la plus part des gestionnaires d’espaces naturels, mais ils n’ont encore réussi que très ponctuellement à enrayer la déprise agricole de ces milieux et leur intervention a parfois un caractère artificiel.

Considérons d’autres exemples en Europe. Des pays nouveaux venus dans l’Union Européenne, la Slovénie, la Roumanie, etc. sont cités en exemple et portées aux nues par les défenseurs des grands prédateurs pour avoir gardés leurs ours et leurs loups. Et l’on s’imagine (naïvement ?) que cela s’est fait sur la base d’une philosophie tolérante qui imprégnait une paysannerie encline à la cohabitation. Les gens ne sont évidemment pas aussi  fondamentalement différents les uns des autres comme veulent nous le faire croire les sociologues du dimanche. Les bergers Roumains, Slovènes, n’avaient ni le choix ni les moyens de réagir. On ne s’est guère soucié d’eux et la chasse à l’ours était et reste toujours plus rentable pour l’Etat que leur activité.

A présent ces gens veulent un revenu comparable à celui de leurs concitoyens dont les conditions de vie évoluent très vite. Comparable également à leurs collègues des autres pays. Ils seront aidés pour cela et c’est justice. Si donc on veut garder des petits éleveurs travaillant « à l’ancienne », il faudra simplement qu’ils puissent en tirer un revenu suffisant et cela vaut évidemment aussi bien là-bas que chez nous.

Le loup aurait donc mis en lumière une crise du pastoralisme extensif (surtout ovin). Bien ! Et alors ? Ca nous fait une belle jambe de le savoir. A présent, pour que les grands prédateurs aient une vraie raison d’être, il faut qu’ils deviennent les arbitres des motivations et des responsabilités de notre société pour le maintien de la biodiversité (y compris l’agribiodiversité dont font partie les races ovines transhumantes). Sinon, ils resteront ce qu’ils sont en ce moment, une lubie coûteuse et idéologiquement chargée. 

Mathieu Erny

Publié dans:Non classé |on 20 juin, 2009 |2 Commentaires »
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