En tout cas pas du berger . Les rédacteurs de la déclaration universelle des droits de l’homme ont omis ce besoin vital parce que même pour eux cela semblait trop évident.Et bien sûr, cela ne figure non plus dans aucune convention collective ou mesure T. En parler c’est s’exposer aux sarcasmes de ses détracteurs (et il sont nombreux pour l’innocent métier de berger) et la réactions à l’article de Laurent Garde sur le berger de Cëuze en sont encore un exemple magistral.Passé l’abasourdissement devant le sommet d’ignominie dont a été capable le tenancier de la « buvette des Alpages« , je vais quand même tâcher d’expliquer quelques points.
-Une meute de sept loups ce n’est effectivement pas rare. Ce qui l’est c’est qu’elle se montre en plein jour au berger. Cette photo prouve bien que « l’éducation » du loup a été négligée en France (contrairement à la plus-part des autres pays) mais au lieu de reconnaître les disfonctionnements de la gestion du loup, les écolos qui nous ont cassés les oreilles pendant des décennies sur la timidité-du-loup-qui-craint-l’homme essayent maintenant de faire diversion pour ne pas reconnaître le problème dont ils sont les responsables.
-Je sais qu’il a été abondamment dit que le pâturage tardif d’un alpage est particulièrement risqué par rapport à la prédation et donc cela passe illico pour une pratique antiécologique. Ce que ne réalisent pas les grandes gueules d’internet c’est qu’un troupeau on ne peut malheureusement pas le faire disparaître lorsqu’on ne sait pas ou le mettre. A la fin de l’alpage, les éleveurs font l’agnelage et emportent au fur et à mesure les brebis sur le point d’agneler jusqu’à ce qu’il ne reste plus au berger que les brebis vides que l’on doit garder séparées des autres. Si donc il n’y a pas comme c’est le cas ici un bas d’alpage propice et bien dégagé, les éleveurs de montagne ou de collines font pâturer le « vassieu » (le troupeau vide) dans les prés les plus éloignés de l’exploitation donc difficiles à surveiller et souvent à l’orée de forets. Parfois ces troupeaux sont gardés mais c’est un gardage qui coûte extrêmement cher à l’éleveur vu la petite quantité de bêtes. Il arrive aussi que plusieurs éleveurs se mettent ensemble pour cela mais quelle est alors la différence avec un bas d’alpage?
-Le nombre de patous serait insuffisant. Ca c’est une réflexion qui vient de gens qui prennent le patou pour une peluche. Pour un troupeau de 1500 bêtes il faudrait d’après le pochtron de la buvette des alpages 5 à 6 patous. Eh bien le jour ou vous aurez vu débouler six patous vers vous, vous comprendrez pourquoi cela ne se pratique pas ainsi. Un patou est sensé prendre le troupeau pour sa famille, seulement si les patous forment une meute, ce n’est plus si évident. D’ailleurs rien n’est évident avec les patous toutes les descriptions idylliques que l’on fait de ce chien, son comportement etc… sont des avis très théoriques que l’on peut constater lorsque tout a réussi. Or un chien c’est du vivant, ça a son caractère à lui, indépendamment des tendances que donnent sa sélection génétique. Et puis, on ne parle du problème de l’aboiement nocturne des patous que lorsqu’ils sont à l’exploitation avec des voisins (car le patou on ne peut pas non plus le faire disparaître lorsqu’on n‘en a plus besoin) mais rien qu’un seul patou peut vous tenir éveillé une bonne partie de la nuit, alors une meute de 6…
La ou les péroraisons de Baudouin de Menten font le plus mal c’est lorsqu’il fait des allusions sur la charge de travail du berger. Je peux confirmer qu’un berger consciencieux dans les circonstances ou se trouve Philippe Lemoine fait effectivement plus de trois cents heures par mois. J’ ai l’impression que Baudouin de Menten ne le nie même pas mais qu’il trouve cela normal.
-De même, il paraît normal que le berger n’aie pas besoin de dormir. « La sieste!? Vous n’y pensez pas, vous êtes Corses? On voit bien que les bergers sont des fainéants« !
Lorsque vous finissez votre boulot à 9 heures du soir n’est il pas normal d’avoir une pause en milieu de journée lorsque les brebis chaument? Comme le rappelle Philippe Lemoine il faut aussi pouvoir faire sa lessive parce qu’il n’y a pas de machines à laver en alpages et ceci n‘est qu‘un exemple.
Pour ce qui est des contraintes de la nuit, c’est pire que tout. Il paraît tout à fait normal aux donneurs de leçons de pastoralisme, d’exiger que le troupeau dorme à côté de la cabane, (malgré les grands problèmes écologiques et économiques que représente le fait de ramener chaque soir le troupeau jusque là) afin que le berger puisse intervenir en cas d’alerte (on comprend donc bien que le berger ne dort pas bien profondément et c’est vrai, un rien le réveille). Or des alertes il y en a tout le temps puisque les patous n’aboient pas que contre les loups. Cela, en théorie toute personne s’intéressant au sujet de la cohabitation loup-troupeau le sait mais cela semble tout à fait négligeable.
Rappelons qu’en cas d’attaques du loup le berger, lui, n’a droit à aucune indemnisation pour son stress. Et dire qu’il est question de donner des armes a des bergers stressés et excédés.