Manifeste de P.A.N

Les femmes et les hommes qui ont choisis le métier de berger le font avec passion pour la vie animale et végétale.
Pourtant, il se trouve que notre profession est devenue le symbole d’une résistance «anti-nature».
Le mot de résistance est juste car c’est avec conviction qu’il nous faut lutter contre la perversion de l’idée de nature. En effet, nos écrans de télévision et d’ordinateurs sont saturés d’images et de films sur la vie sauvage sur lesquels le peintre Magritte aurait pu écrire «ceci n’est pas la nature».
La défense de l’environnement n’a de raisons d’être qu’a cause des dégâts qu’il subit. Trop souvent les défenseurs et réparateurs de l’environnement suivent la même logique que ceux qui le détruisent et sont financés par ces derniers.

Dans ce contexte, la politique d’accompagnement du retour du loup prend la forme d’un néocolonnialisme à l’encontre des bergers. Dans la culture du pastoralisme, on a toujours du composer avec la nature spontanée et un certain degré de prédation. Cette tolérance aurait pu être développée pour qu’il soit possible d’accepter davantage de prédateurs. Cette option a été balayée par une société qui ne comprend ni la nature, ni la tolérance et qui a imposé le loup par la force.

Nous les bergers, travaillons sur des espaces de marge entre la nature dite sauvage et les terrains exploités par l’homme. Ce sont des endroits ou l’on sait encore ce qu’est la liberté. Ils constituent un milieu naturel à part entière, en nier la valeur écologique est aussi aberrant que de nier l’intérêt de la savane ou de la steppe.
La broussaille par exemple y tient une place que l’on ne reconnaît pas dans les espaces protégés. La végétation spontanée s’y adapte aux contraintes qu’elle rencontre or la nature c’est ça.
Selon un communiqué de France Nature Environnement : « En métropole, les surfaces de grands espaces toujours en herbe diminuent. Les milieux dits « ouverts », constitués des prairies, pelouses sèches et pâturages constituent le premier milieu détruit par l’artificialisation, avec près de 52 000 ha perdus entre 1990 et 2012. » Il s’agit là de pâturages extensifs. Par ailleurs, on a récemment appris dans le journal télévisé que nos campagnes ont perdu en quinze ans un tiers de leurs oiseaux du fait de la disparition des friches et des insectes qui y habitaient. C’était un système incluant le pastoralisme.

L’ authenticité du métier de berger est aussi très fragile. En nous imposant la présence du loup, notre société s’imaginait qu’il suffirait d’indemniser les dommages du prédateur. Or nous refusons que l’on fasse perdre son sens à notre métier.
Bien qu’ayant encore récemment été exploité de façon diffamatoire*, le montant des aides et des indemnisations que l’état verse aux éleveurs est impressionnant et peut laisser croire qu’il y a là une manne qui profite confortablement aux paysans. Pour quelqu’un qui ne croit plus en l’avenir du pastoralisme cette façon de voire les choses n’est pas fausse, laisser attaquer ses bêtes peut être rentable. Mais pour ceux qui se battent pour empêcher le prédateur d’attaquer afin de garder et transmettre un troupeau serein qui a confiance en son berger, le compte n’y est pas du tout. Le fait que ce sont les premiers qui servent de référence pour prétendre que la cohabitation avec le loup est profitable montre qu’il y a là l’intention de prostituer le pastoralisme.

On nous dit que nous ne sommes plus les pasteurs traditionnels d’autre fois, mais nous n’avons pas vocation à être des figurants pour les touristes. Devrions nous accepter avec confiance la bienveillante condescendance de nos contemporains alors que nous viennent de partout dans le monde les échos du génocide culturel des peuples pastoraux?

Celui ci a lieux dans une grande discrétion car il utilise encore une fois le prétexte de l’écologie.

Un grand mouvement international se dessine qui veut réensauvager la planète. Il séduit même les plus grands pollueurs du monde car il implique qu’en dehors des espaces naturels protégés on peut détruire toute la nature dite ordinaire, les espaces protégés n’en seront que plus extraordinaires. Ce projet est une aubaine pour tous les hommes de pouvoir puisqu’il implique que chaque parcelle de terrain doit être maîtrisée, classée et faire l’objet d’un titre de propriété. C’est ainsi que les nomades sont de plus en plus persécutés et que les communautés traditionnelles de chasseurs-cueilleurs sont considérées comme des braconniers.

Le loup est utilisé comme moteur de ce « rewilding » car tout le monde sait qu’il véhicule énormément de fantasmes. On ne connaît que trop bien ceux du passé, négatifs pour le loup et qui permettent de se persuader que ceux qui sont critiques par rapport à son retour sont des arriérés.

C’est aussi la meilleure façon d’ignorer le poids énorme des fantasmes positifs pour le prédateur ou même les scientifiques perdent leur objectivité.

Si on regarde les films mettant en scène le loup ou un autre animal sauvage, on remarque que le fantasme c’est de l’apprivoiser.

Or que devient dans une société qui consomme du sauvage, un animal apprivoisé? Il n’a guère plus d’intérêt qu’un de ces chiots qui, une fois adultes, sont abandonnés sur le bord de la route parce qu’ils sont devenus moins naïfs, moins drôles. Pourtant, il y a autour de nous des centaines de milliers d’êtres animaux ou humain, qui demandent, eux, à être apprivoisés. Si tout ceux qui ont des dispositions dans ce sens avaient la bonne idée de choisir un métier d’éducateur, la vie serait belle.

Nous les bergers, cela fait 6000 ans que nous restons fidèles à l’engagement contracté par nos ancêtres à tous envers les animaux domestiques et c’est toujours un métier passionnant.

Le rôle de régulateur de la faune attribué au loup est dérisoire en France ou les gestionnaires d’espaces naturels ne sont pas d’accord entre eux pour savoir si les effectifs d’herbivores sauvages sont trop abondants ou au contraire insuffisants et ou l’on cherche à avoir pour les réguler un prélèvement très précis.

Le seul animal qui soit capable de donner une indication de la bonne santé des espaces naturels est le chien de protection. Lorsque sa présence est acceptée peut se développer la tolérance pour la nature spontanée. C’est malheureusement très loin d’être le cas.

Même s’il faut relativiser son efficacité, le chien est le seul véritable moyen de protection des troupeaux. C’est également la seule innovation due à la présence du loup qui respecte la nature du métier de berger. Les autres gadgets tels que clôtures symboliques ou effaroucheurs sont une perte de temps. Ils ne servent que de faire valoir.
Il faut également préciser que les clôtures ne sont pas non plus des moyens de protection. En ce sens, elles ne servent qu’a optimiser le travail des chiens.
Ces derniers se sont bien développés dans nos campagnes, compte tenu du fait que nous sommes confrontés à infiniment plus de tourisme qu’en Turquie ou au Tibet. C’est dire que les éleveurs ovins ont réellement pris au sérieux la protection des troupeaux et cela malgré le fait que les associations pro-loup qui en faisaient la promotion voyaient avant tout dans ces gardiens la meilleure façon de rendre le pastoralisme impopulaire.

Depuis le jour de la signature de la convention de Berne il y a plus de quarante ans, le chien de protection des troupeaux avait une raison d’être suffisante pour que son élevage soit soutenu et encouragé.
Or il n’en est toujours rien 25 ans après le retour du loup chez nous. Le chien de protection est tout juste subventionné ce qui n’est pas la même chose car les seuils de subventions ne permettent pas l’acquisition de chiens sélectionnés, éduqués et suivis.
Il faut savoir qu’il faut quatre années pour qu’un éleveur ovin parvienne à constituer une meute de chiens de protection équilibrée or ces derniers ne sont subventionnés que dans les zones de présence du loup.
Au lieux de développer l’anticipassions des problèmes, les services de l’état cachent les renseignements qui permettraient de prévoir la colonisation de ce prédateur. Ainsi, lorsque la présence du loup est enfin officiellement avérée dans un secteur, c’est un moment de crise qui laisse des séquelles. C’est le fameux état d’urgence avec tout l’arbitraire, la précipitation et l’amateurisme que l’on connaît.
La présence de chiens de protection dans les lieux fréquentés par les randonneurs est une contrainte énorme pour les bergers et il est proprement scandaleux que l’état ait à ce point ignoré sa responsabilité.

Par ailleurs, si la politique de défense des troupeaux était elle aussi plus volontariste, elle aurait déjà permis d’éliminer les loups à problème qui pullulent et dont les origines semblent de plus en plus suspectes.

L’assurance des scientifiques prétendument spécialistes du loup que l’état a écouté pour prendre ses décisions n’a jamais été que du bluff. Depuis 1992 le taux de prédation des troupeaux n’a jamais changé ce qui signifie très clairement qu’en visant le nombre officiel de 500 loups en 2023 l’état accepte un chiffre de 16000 animaux domestiques tués par ce prédateur par an or nous savons qu’a ce moment là, ce seuil sera encore augmenté.

Au diable les discutions stériles sur le nombre de loups qu’il faudrait avoir en France pour une population viable car si vraiment le loup est revenu naturellement d’Italie, le premier individu présent en France faisait déjà partie d’une population viable. Les discutions doivent se concentrer sur la résilience du pastoralisme afin qu’il demeure un système vivant et sain.

Stop au secret qui permet aux décideurs des services de l’état d’intervenir (et surtout de ne pas intervenir) sur le problème du loup sans avoir besoin de se justifier.

Nous mettons en garde, le temps est compté. La situation se dégrade inexorablement de jours en jours. Ce qui était possible hier ne l’est plus aujourd’hui. Ce qui reste possible aujourd’hui ne le sera plus demain. Il est urgent que nos concitoyens comprennent que l’acceptation du prédateur est à présent essentiellement leur affaire et que, à l’heure actuelle, ils ne méritent toujours pas le loup.
Mathieu Erny président de P.A.N

* L’appel de 30 personnalités Pour une vraie protection du loup et de la nature en France. Paru dans France Soir le 1 Juin 2017 qui prétend qu’une brebis tuée par le loup est indemnisée 9500 euros et que 19 millions ont été dépensées pour les indemnisations en 2016 en France. Il demandait que cet argent serve aux moyens de protection alors que ce chiffre est justement celui du budget des moyens de protection. Celui des indemnisations était alors de 3 millions. Parmi les signataires il y a une ancienne ministre c’est donc dire que ce n’est pas une erreur de débutants mais un mensonge caractérisé.

Publié dans : Non classé |le 10 décembre, 2018 |Pas de Commentaires »

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