Archive pour février, 2016

Les effaroucheurs se suivent et se ressemblent

 

Depuis le début de février on trouve, largement diffusé sur internet, un nouveau produit pour protéger les troupeaux des loup appelé « fox light ». http://www.nicematin.com/environnement/cet-eleveur-des-alpes-de-haute-provence-a-trouve-un-systeme-ingenieux-pour-eloigner-le-loup-de-ses-betes-10264

Basé sur des flashs lumineux, il a été mis au point en Nouvelle Zélande, haut lieux de l’élevage extensif du fait que sur cette île, il n’y a jamais eu de grands prédateurs… et donc de patous. Parce qu’il faut d’emblée noter que cet instrument efficace contre les renards peut être gênant pour tout le monde y compris les patous qui défendent les troupeaux en Europe et les brebis elles mêmes.

En fait, quand on lit l’article écrit comme une campagne de publicité par Nice matin à la demande de l’association pro-prédateurs FERUS, on se rend compte qu’il n’a pas du tout été écrit pour convaincre les éleveurs d’adopter le fox light. Cela aurait demander une autre communication que celle d’un marchand de gadget. Il a été rédigé uniquement dans le but de faire croire à l’ensemble de la population que les solutions existent.

 Il faut régulièrement ce genre d’effet d’annonce pour qu’on oublie les techniques d’effarouchement déjà existantes aux quels plus personne ne croit. Vous imaginez vous vraiment qu’en 24 ans on n’a pas pensé à ces histoires de lumière? Il fut un temps, certains bergers laissaient la nuit un poste radio à côté du troupeaux pour avoir toute sorte de sons humains dont des conversations. Un jour quelqu’un est venu leur dire qu’on avait inventé la parade incontournable contre le loup : l’ effaroucheur. Un appareil qui reproduit des sons humains de manière aléatoires. Ca allait changer radicalement la face du pastoralisme, on n’en entend plus parler. Peut être faudrait il lui trouver un nom anglais pour refaire une campagne de publicité ?

C’est ma conviction que cette campagne n’est pas faite pour convaincre les éleveurs mais pour mettre la pression sur eux et je suis persuadé que cette façon d’agir, comme c’est souvent le cas sur ce sujet, est contre-productive. Elle sème l’irritation chez les éleveurs et les bergers et accroît la tension bien justifiée concernant la présence du loup.

Déjà, cela fait ricaner ce grand titre dans Nice matin qui dit « Cet éleveur a trouvé un système ingénieux… »

alors que tout le monde sait très bien que les promoteurs de cet outil ont du chercher Cent sept ans un éleveur qui accepte de tester ce système. Mais un professionnel ne prendra pas au sérieux un outil que l’on a donné à tester en octobre et dont on prétend tirer les conclusions début février.

Il y a plusieurs points à considérer. Premièrement, ces effaroucheurs « doux » n’éloignent le loup que dans la mesure ou il est surpris et qu’il préfère tenter sa chance sur un autre troupeau. Globalement la prédation ne diminue donc pas. Si cet effarouchement était définitif, évidemment, il suffirait d’équiper tout le monde et la prédation baisserait. Or ceci n’est même pas vrai pour la technique bien plus sérieuse des chiens de protection. Une étude américaine montre que lorsque tout les troupeaux d’une région donnée sont équipés de patous, les attaques reprennent chez les troupeaux qui étaient préservés dans un premier temps grâce à la présence des chiens.

Le loup s’habitue bien sûr et une technique « soft » qui n’a jamais causé de frayeur ou de douleur au loup est dérisoire.

Nos spécialistes en « cohabitation » nous disent donc que pour garder l’efficacité des différents effaroucheurs et autres clôtures symboliques, il faut les changer régulièrement. Le problème c’est que chaque fois que le loup passe outre à l’un de ces sois disant effarouchement il franchit un degré dans la familiarité avec l’activité humaine et ne la craint plus. Si on alterne plusieurs techniques d’effarouchements douce, cela repoussera un peu plus longtemps le moment ou le loup passera outre mais à ce moment là, on aura vraiment un loup à problème car on l’aura éduqué, par des obstacles toujours à sa portée, à l’attaque des troupeaux.

Ce problème de l’accoutumance des loups est évoqué par des éthologues comme Jean Marc Landry mais il est difficile à mesurer.

Aujourd’hui utiliser des effaroucheurs à tout vas est aussi dangereux que de prendre des médicaments à mauvais escient… et de se retrouver avec des antibiotiques qui n’ont plus d’ efficacité.

Publié dans:Non classé |on 19 février, 2016 |1 Commentaire »

Le Blog De La 5e |
HUMEUR DE CITOYENS |
Pour l'éveil de la jeunesse... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | DEBAT SUR LA POLITIQUE FRAN...
| crise!! quelle crise?
| voixdusud