Réponse à Fabrice Nicolino

Le journaliste écologiste Fabrice Nicolino ressort, pour préparer la manifestation contre les tirs de loups du 16 janvier à Lyon, un texte écrit l’an dernier sur son blog  : « Ce que nous n’avons pas su faire » http://fabrice-nicolino.com/?p=2155

Ce texte d’un écologiste engagé est intéressant parce qu’il cumule tout les leurres de l’écologie.

Citons d’abord le paragraphe qui m’a décidé à réagir :« En quelques mots, mon sentiment. Un, la défense de la biodiversité est un devoir, élémentaire, et ce devoir nous oblige tous. Donc, on ne lâche rien. Deux, il est sûr que la cohabitation avec les activités humaines pose de vrais problèmes, peut-être davantage sur le plan psychologique que matériel. Trois, une très forte majorité de l’opinion française souhaite la présence des grands prédateurs sur notre territoire. Quatre, la question ne saurait être discutée qu’au plan national, car le fond de l’affaire est national, et même planétaire. »

Oui, la défense de la biodiversité est importante et c’est là que l’aveuglement de Fabrice Nicolino est sidérant. Il se réjouit que : « L’un des paradoxes de la situation, c’est que la France moderne des routes, autoroutes, et d’internet, est redevenue sans le dire un pays sauvage. Mais oui ! Qui se promène beaucoup n’ignore pas la révolution des paysages en cours. La déprise agricole a libéré des millions d’hectares, qui ont changé de destination en deux générations au plus. »

Est-il difficile de comprendre que c’est tout un milieu qui est entrain de disparaître, celui des pâturages extensifs, avec leurs maigres broussailles, les haies, les pelouses sèches etc… ? Tout cela pour récupérer en échange une seule espèce qui fait fantasmer tout le monde mais est moins essentielle à la biodiversité des campagnes qu’une espèce d’insectes .

Marre de ceux qui ne reconnaissent que des problèmes psychologiques à la présence du loup. Si on « relativise » tout les problèmes rencontrés par les bergers, on relativisera aussi l’importance de la nature selon les besoins du moment. On peut tout relativiser.

« Une très forte majorité de l’opinion française souhaite la présence des grands prédateurs sur notre territoire ». Quelle blague ! Les Français répondent positivement aux marchands de naturalité! Se dire favorable aux loups est si facile pour estomper la culpabilité de notre société par rapport à la nature, mais il serait bien plus juste de savoir si les français méritent ce loup. Je sais parfaitement que ce n’est pas le cas, ils ne supportent pas les patous par exemple.

« La question ne saurait être discutée qu’au plan national, car le fond de l’affaire est national, et même planétaire. »C’est exactement pour cela qu‘un grand nombre d’ agriculteurs ont élus un agri-manager directeur de multinationales de l’agro-alimentaire, faisant de l’import export, président du syndicat majoritaire. C’est en se disant comme Fabrice Nicolino que seule une personnalité internationale qui n’aurait pas un accent trop régional sera respectée. Notre société crève de la condescendance avec laquelle elle traite les populations locales. Les terres des Bushmen ou des pygmées deviennent des sites protégés sans qu’ils ne soient consultés ou qu’ils n’aient un siège d’administrateur.

Enfin, Fabrice Nicolino sort son fameux «  grand pacte national ». Les paysans étant minoritaires dans notre société et touchant des subventions, ils auraient des comptes à rendre et devraient se soumettre aux volontés des urbains. Mais à qui vont les subventions ? Est ce qu’on dit d’un médecin ou d’un pharmacien qu’il est subventionné ? C’est le consommateur qui est subventionné et ce sont les paysans qui auraient des comptes à demander. Ce sont eux qui sont indispensables, malgré le fait qu’ils soient une minorité et parmi les paysans, ceux qui pratiquent le pastoralisme et que Fabrice Nicolino vise tout particulièrement sont ceux qui auraient le plus de comptes à demander. Les éleveurs ovins extensifs sont parmi les plus subventionnés… mais parmi ceux qui gagnent le moins. Ont ils vraiment, eux, des comptes à rendre à des consommateurs qui dans une très grande majorité achètent le produit d’élevages hors sol ? Ah bien sûr ! ce type d’élevage ne craint pas le loup, nous y voilà.

L’état subventionne donc le consommateur pour quelques bonnes raisons, l’autonomie en nourriture, au niveau de la planète cela permet un équilibre puisque sans subventions, la viande que nous mangerions viendrait de l’ex foret amazonienne.

Sélectionner les bons paysans, c’est un peu comme lorsque les colons voulaient promouvoir les « bons nègres ». Non, il n’y a pas besoin de s’afficher pro-prédateur pour être écologiste, parce que nombre de paysans ont une acceptation de la nature spontanée et des petits prédateurs comme personne d’autre ne peut prétendre. Il n’est pas facile du tout d’arriver à cet équilibre avec la nature et le loup le compromet souvent. N’a t’on pas vu récemment les écologistes intégristes de l’ASPAS prôner, avec campagne de dénigrement à la clef, des clôtures de bétails domestiques totalement étanches à toute faune sauvage ? Qui est intolérant ?

S’il y a une crise écologique, elle ne vient pas du fait que les paysans auraient trop de pouvoir, mais bien du fait qu’ils sont sous représentés. Affaiblir encore le pastoralisme en le soumettant à des conditions mis en place par des technocrates à des fins écologistes est un leurre semblable à celui des américains du nord qui pensent que pour faire baisser la criminalité il faut que les citoyens soient plus armés. De même, l’écologie moderne est un produit de la civilisation hyper productiviste, sécurisée, technocratique que nous connaissons, comme la charité est le produit de la sur-consommation. Elle est sur la même longueur d’ondes et n’apporte aucune solution.

Publié dans : Non classé |le 29 décembre, 2015 |3 Commentaires »

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 29 décembre, 2015 à 18:51 Jean-pierre écrit:

    Désolé pour vous mais je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous écrivez sur l’article de Fabrice NICOLINO.
    Vos commentaires souffrent de nombreux biais et vous tordez les faits que ne fait que décrire F. NICOLINO pour les faire correspondre avec vos conclusions. Par Exemple vous dites que tout un milieu est en train de disparaitre pour récupérer en échange une seule espèce (je suppose que c’est le loup). Vous confondez là corrélation et causalité.
    Oui il y a éventuellement corrélation entre la « disparition », et encore ce n’est pas vrai partout, de ce milieu et le retour du loup mais pas forcément causalité.
    Ce que décrit F. NICOLINO sans d’ailleurs en donner les causes, c’est la déprise agricole, qui est visible partout en France et surtout dans les zones montagneuses. Je peux vous donner une illustration de cette déprise dans plusieurs endroits que je connais très bien dans les Pyrénées où existait des granges foraines qui maintenant ne sont plus utilisées pour le pastoralisme ou l’usage agricole mais sont retapées par des pour un usage de résidence secondaire.
    Partout autour de ces granges la forêt a gagné et d’ailleurs d’après les dires d’un des derniers agriculteur/éleveur « personne n’y fait plus rien depuis 50 ans ».
    Jadis ces « villages » de cabanes étaient habités en saison intermédiaire et en été pour les foins et la présence humaine était très forte et très prégnante. C’est la main de l’homme qui en partie en conduisant les troupeaux mais surtout en déboisant par une action manuelle a façonné le paysage.
    En parlant de corrélation d’ailleurs, simultanément à cette déprise agricole qui a vu disparaître les derniers vrais bergers, la population d’ours – grands prédateurs/exterminateurs de brebis devant l’éternel tels que décrit par un guide de pays bien connu – s’est totalement effondrée à tel point que sans réintroduction il n’y aurait plus d’ours.
    Donc dans les Pyrénées, si on suit votre raisonnement, on pourrait donc dire que la disparition des bergers est la cause de la disparition de l’ours ou d’ailleurs inversement que la disparition des ours a causé la disparition des bergers.
    Par ailleurs et paradoxalement, les zones où l’élevage ovin se porte le mieux en France sont les zones montagneuses de présence du loup ou de l’ours. Ainsi en PACA, la baisse du cheptel ovin n’a été que de 8 % en 2010.
    Par contre certaines zones de production ovine ont vu leurs effectifs s’effondrer au cours des deux dernières décennies:
    C’est le cas des régions Poitou-Charente (- 54 %, sans doute la conséquence du lâcher clandestin de loups italiens dans le marais poitevin…) Limousin (- 54 %, probable résultat de la prolifération des sanguinaires vautours fauves dans les faubourgs de Limoges…). Quant aux terribles ours slovènes, ils ont fait des ravages en Bourgogne (- 57 %) et dans la région Centre (- 60 %).
    Les régions qui connaissent le plus fort déclin ne sont pas concernées, à ce jour, par la problématique grands prédateurs. C’est au contraire parmi les régions où vivent ceux-ci que les effectifs ovins résistent le mieux. Signe que déclin ou reprise de l’élevage ovin dépendent de bien d’autres paramètres que l’absence ou la présence de quelques loups, ours, lynx ou vautours fauves.
    La déprise agricole s’explique aussi par le vieillissement des éleveurs : A l’instar de la population française, la tendance au vieillissement des éleveurs est sensible : en 2010 63 % d’entre eux ont plus de 50 ans (56 % en 2002), dont 33 % plus de 60. Les plus de 50 ans détiennent 43 % du cheptel (36 % en 2002).
    Deuxièmement, vous déformez les propos de F. NICOLINO en utilisant des ficelles énormes. Quand F. NICOLINO dit que la question ne saurait être discutée qu’au plan national , vous traduisez « Xavier BEULIN » pour mieux ensuite installer les populations locales dans un rôle de victimes. C’est énorme mais le pire c’est que vous arrivez à y croire.
    Là se situe le biais de confirmation, vous ne retenez de la situation que ce qui va dans le sens de vos conclusions. Le reste, vous l’écartez, vous n’en parlez pas. Par exemple le fait que l’initial « plafond » de 36 loups à prélever (verbe poli qui veut dire en fait tuer) transformé rapidement en « quota » puis « objectif à atteindre » a été décidé nationalement et va donc à l’encontre de votre raisonnement puisque dans ce cas l’échelon national va tout à fait dans le sens des pires viandards des populations locales, et même dépassent leur souhait.
    Que dire également des actions illégales des opposants au loup jamais sanctionnées par exemple séquestration de personnel de parc national, saccage des locaux de l’ALEPE en Lozère. L’action de séquestration a même été « récompensée » par le Préfet, échelon local représentant le niveau national, qui a octroyé généreusement 6 loups supplémentaires à flinguer !
    Et enfin, pour terminer, vous assénez une énorme contre-vérité sur une soi-disante « sous représentation » des paysans. Là c’est énorme, quand on sait que justement la carte électorale est en France extrêmement favorable à la « ruralité » au point que l’on peut dire que les hectares votent. Sinon pourquoi a-t-on eu lors des dernières élections régionales une chasse aux voix éhontée de certains candidats en direction des chasseurs et agriculteurs, chacun surenchérissant en matière de quota de loups à abattre ? Pourquoi au niveau national toujours notre ministre Ségo ROYAL de l’agric…, pardon, de l’écologie ne pense qu’à relever ce quota de loups à abattre ? Pourquoi la même ministre refuse de recevoir les associations de CAP Loup ?
    Est-ce un signe de la sous-représentation des agriculteurs au niveau national, de leur manque d’influence et d’entregent ? Certains esprits mal intentionnés, dont je ne suis pas bien entendu, seraient alors même tenté de penser que justement les agriculteurs et chasseurs ont une influence démesurée…
    Pour finir, je pense que vous êtes quelqu’un de sincère et entier mais de grâce cessez de tordre la réalité pour la faire correspondre à vos pires fantasmes. Votre haine des écolos (de salon, bobos, et autres) vous mène vers des dérives telles que le côté obscur de la force n’en a jamais connu.

  2. le 3 janvier, 2016 à 15:38 merlet d écrit:

    A Alain,
    le marais poitevin, le bocage et le limousin je connais plutot bien.
    L’élevage aussi…
    L’élevage ovin a très fortement diminué et moi qui connais quand meme un peu ce coin en tant qu’éleveur je ne m’en réjouis pas.
    Aveuglés que vous êtes par votre vision de la nature avec le retour du loup comme emblême vous fait passer totalement à coté de la plaque.
    Que ce passe t-il depuis cette baisses dans les régions que vous citez ? une véritable catastrophe écologique !
    L’abandon de l’élévge des ovins et dans une moindre mesure des bovins se traduit par la destruction des milieux, et ne ne voit pas en quoi cela servirait le loup, au contraire.
    Marais poitevin ( là le mouton c’est quelque de tout a fait anecdoctique) retournement des prairies, arrachage des haies, comblement des fossés .
    ces prairies sont remplacées par du maïs, voire blés là ou c’est drainé.Bien sûr avec tout ce qui accompagne ces cultures : intrants, engrais, pesticides,qui s’écoulent gaiement dans les rivieres et nappes phréatiques.L’eau du marais est comme ils disent d’une mauvaise qualité, c’est cette eau qui rejoint la mer, là ou oon éleve les huitres.. Ce qui reste du marais est subventionné et heureusement pour ces braves touristes.
    Le bocage et une bonne partie du limousin connaissent le même drame, une partie seulment s’ensauvage.. et subit des coupes rases assez régulièrement pour faire du bois de chauffage qu’on vend aux bobos comme étant neutre en carbone.
    Suffit de s’y promener autour des massifs forestiers pour voir que ça repousse bien moins vite que ca se coupe. Cela ne va pas durer longtemps ces conneries.
    Maintenant concernant le loup, il peut en retier quoi de ces espaces massacrés qui vont voir une baisse importante de biodiversité. les loups qui ne tarderont pas à s’y implanter ils vont bouffer quoi ?? du cheptel pardi !!
    Une choses encore que tous ces grans penseurs écologistes occultent complétement: la population mondiale augmente à une vitesse vertigineuse, elle va vouloir manger, donc produire plus et ne plus approvisionner notre vieille Europe, d’autant plus que les énergies fossiles sont sur le déclin et devraient devenir très cheres. Il faudra a moyen terme retrouver une capacité de production locale et je doute qu’a ce moment là les rêves de grands prédateurs partout subsistent.
    Apres sur la politque du loup attendons, comme dit Mathieu de voir comment va évoluer la prédation sur les troupeaux, seule mesure quantifiable de l’évolution ou diminuation lupine.

  3. le 3 janvier, 2016 à 15:40 merlet d écrit:

    avec des fautes d’orthographe et de frappe lol !

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