Est il efficace de tuer des loups ?

La question revient souvent parce qu’elle est bien réelle. Un loup tué est rapidement remplacé et les protecteurs des grands prédateurs avancent souvent l’argument comme quoi tuer un loup favorise la désorganisation voire l’éclatement des meutes ce qui accentuerait la reproduction. Le problème est que cette assertion fait partie de ces arguments qu’on est sensé devoir accepter de confiance car il n’en n’est jamais publié de résumés lisibles et convaincants. Or, si je suis de bonne fois, je n’ai pas une telle confiance dans les associations pro-loup surtout lorsqu’elles ne parviennent pas à se justifier. On vous bombarde des données scientifiques ou, si vous n’y trouvez rien d’évident, on vous répond que c’est parce que vous êtes un néophyte qui devrait ce taire devant les « hommes de science ». Moi je suis un berger et je sais pertinemment que les militants pro-prédateurs se contentent de toute sorte d’approximations et d’enquêtes biaisées. Je sais aussi que les vrais arguments sont toujours formulables de façon claire et ne redoutent pas la contradiction.

Face à l’argument de la désorganisation des meutes, on peut bien sûr rétorquer que moins il y a de loups, moins il y a de dégâts, il suffit d’en tuer suffisamment. Mais sans aller jusqu’à cet argument qui milite pour l’éradication, ce que l’on avance dans le milieu pastoral pour demander des tirs de loups est que la pression exercée sur eux les rendra plus craintifs et plus prudents par rapport à l’activité humaine. Cela veut dire que si on constate un taux de prédation qui augmente moins vite que celui de la population de loup, les tirs auront étés des moyens efficaces de protéger les troupeaux. Or cette année ou les tirs ont étés plus nombreux que dans le passé, (l ’équivalent d’un dixième de la population officielle), Le nombre de victimes de loups est en baisse. Pourtant la population de loups doit avoir progressé de dix pour cent tout de même. Il est évident qu’on ne peut pas vraiment commenter le résultat d’une seule année, mais c’est le seul élément tangible dans ce débat.

L’association FERUS ne s’embarrasse pourtant pas beaucoup de ce genre de précautions. Des le début de l’été elle faisait savoir que si les pertes des éleveurs étaient moindre en 2015, c’était parce que ceux ci protégeaient mieux leurs troupeaux. Il n’est que temps que cette association reconnaisse le travail effectué pour la protection des troupeaux, pourtant FERUS n’est absolument pas gênée de continuer sa propagande quasi diffamatoire sur « les bergers qui ne font pas leur travail etc … » dans l’incohérence la plus totale.

Il est bien vrai qu’un travail considérable est fait pour la protection des troupeaux mais les résultats ont toujours étés très en dessous de ceux fantasmés par la propagande pro-prédateurs.

Par contre, il est tout à fait ridicule de croire que ce travail de protection, commencé depuis longtemps donne subitement un résultat manifeste en 2015. Ce n’est pas cet argument là qui peut justifier une telle différence.

Des agents de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage ce sont exprimés publiquement :

http://www.20minutes.fr/planete/1717275-20151026-abattre-loups-remede-pire-mal

« le sujet du loup est trop « passionnel » pour pouvoir être géré correctement. « Nous n’avons pas à prendre parti pour ou contre le loup, explique Dominique Melleton. Mais on constate que les décisions sont prises plutôt par souci politique que par rapport aux données techniques. »

C’est possible, mais la protection des loups est également « un sujet passionnel ». Est ce la raison pour laquelle il n’a pas non plus pu être géré correctement ? Jusqu’ a présent c’était l’ONCFS qui devait s’occuper de l’abattage de loups à problème. Parvenir à un tel savoir faire aurait été un excellent moyen de faire comprendre que seuls certains loups devraient être tués. Cela n’est semble t’ il pas possible selon l’aveu de l’ONCFS même. A partir de là, quelle sont les données « techniques » qui devraient déterminer les abattages de loups ?

Les agents de l’ONCFS font ce métier par passion pour la faune sauvage. On se doute que tuer des loups est la mission qu’en général ils exécuteront avec le moins d’empressement. Certains le disent en privé mais, évidemment, la hiérarchie le nie comme je l’ai entendu moi même lors d’une réunion à Valence. A cette occasion, un représentant de la confédération paysanne avait exprimé de la compassion pour les 3 pauvres jeunes agents de l’ONCFS envoyés sur un alpage pour tuer un loup Ils se débrouillaient avec leurs fusils et un gros projecteur et faisaient honnêtement ce qu’ils pouvaient c’est à dire rien. Il y avait effectivement de quoi avoir pitié car cette mission ressemblait bien d’avantage à un bizutage. Je m’imaginait les anciens du service planqués sur la colline voisine et se marrant aux jumelles. Le matériel qui avait été donné à cette équipe est celui qu’utilise FERUS lorsqu’ils daignent faire des effarouchements.

Un autre point sur lequel l’attitude de l’ONCFS est difficile à comprendre est l’opacité qu’elle se croit obligée de faire sur ce sujet. C’est presque unanimement que ceux qui s’intéressent au retour du loup ont critiqué le secret qui avait été maintenu plusieurs mois durant en 1992 sur sa présence en France. Cette omerta avait d’emblée semé la méfiance. Or cette erreur a été reproduite plusieurs dizaines de fois par l’ONCFS. Tout le monde sait donc pertinemment que cette administration retient énormément d’informations. Est il vraiment nécessaire de maintenir cette ambiance trouble ? Avertir à temps les éleveurs du danger ne vaut il pas mieux que d’être obligé de reconnaître la présence du loup devant ses dégâts ?

Enfin, dans l’article cité ci dessus, Dominique Molleton dit  « Les modes d’élevage actuels ne sont pas compatibles avec la présence de prédateurs ».

Cela nous l’avons déjà entendu souvent et, comme toujours, les partisans du pastoralisme extensif se demandent ce qui est sous entendu par là car, comme l’on montrées les récentes vidéos de l ’ASPAS, le fantasme des défenseurs du loup, c’est l’enfermement des troupeaux. Le poète berger Pierre Thélèmdisait lorsqu’on lui a demandé ce qu’était le patrimoine pastoral : « Le patrimoine pastoral c’est la liberté du berger et la liberté du berger c’est celle de son troupeau ».

Publié dans : Non classé |le 13 décembre, 2015 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 13 décembre, 2015 à 18:16 Jacques écrit:

    Effectivement, il serait intéressant de vulgariser correctement les données scientifiques de base concernant le « fonctionnement » des prédateurs qui sont à l’origine de cette affirmation. Mais pour cela il faudrait qu’il y a des études qui soient menées et à ma connaissance il n’y en a pas ou peu. On n’a pas en France les moyens humains et financiers pour cela, il est évidemment politiquement plus rentable de flinguer quelques loups sous l’œil des médias pour montrer que l’on se préoccupe du problème. Ce serait une question à poser avec force aux syndicalistes agricoles qui s’agitent idéologiquement beaucoup contre le loup mais qui ne sont guère pragmatiques, comme peuvent l’être par exemple les éleveurs nords américains.. Ils devraient être les premiers à réclamer que de telles études aient lieu ! Je parle bien d’études faites de manière indépendante par des scientiques authentiques et non par des spécialistes « maison » et non sous-tendues par des objectifs d’éradication partielle ou totale de l’espèce.

    Ce qu’on peut quand même dire c’est que puisque le loup est un animal territorial et que la meute « défend » son territoire contre l’intrusion d’autres loups (tout le monde admet ça, je crois) il est facile de comprendre que si l’on détruit tout ou partie de cette meute, le vide créé va « aspirer » les loups des environs qui n’attendent que cela. On avait déjà constaté cela avec la problématique de la rage chez le renard. Plus on tuait des renards malades, plus il en arrivait de nouveaux, lesquels attrapaient la rage etc.. Et le front de la rage continuait d’avancer. On sait que finalement c’est la campagne de vaccination par voie orale et aérienne qui a mis fin à cet engrenage infernal. Comme quoi les hélicoptères, ça ne sert pas qu’à réintroduire des vipères . Donc a priori, taper dans le tas comme on le fait en ce moment risque fort en déstabilisant les meutes d’augmenter la dispersion (on envoie les loups chez le voisin) et d’augmenter le stress des loups restants, d’où augmentation des dégâts au cheptel domestique, surtout évidemment s’il n’est pas gardé.

    Concernant l’idée selon laquelle les militants « pro-prédateurs » se contenteraient de toutes sortes d’approximations et d’enquêtes biaisées, je pense que le compliment ne peut être complètement rejeté (suffit de lire ce qui se raconte sur internet) . Mais dans l’autre « camp » on pourrait aussi puiser largement dans les « arguments » ahurissants de certains « anti-loups » pour constituer un super bêtisier !! On aurait donc deux bêtisiers pour le prix d’un.

    Pour que ce message ne soit pas trop long, je ne répond pas au reste.. (efficacité des tirs, rôle de l’ONCFS), mais je n’en pense pas moins.. ☺

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