Sacrifice
A la mi octobre, ce sera l’Aïd el Kébir pour les musulmans avec le sacrifice rituel d’un jeune bélier. Ca va donc bientôt être la saison, sur internet, des commentaires racistes déguisés (ou pas). Brigitte Bardot a déjà ouvert le bal, d’autres suivront . Donc moi aussi je vais y aller de mon commentaire comme chaque année …… afin de devancer les provocations. L’an dernier nous avions eu droit aux propos orduriers de Gérard Charollois aux quels je ne tiens plus dorénavant à répondre.
Pour moi, l’abattage d’un mouton devrait toujours être fait comme un sacrifice. C’est toujours le cas dans les sociétés ou il n’y a ni frigo ni bouchers, on tue un agneau pour une grande occasion et pour tout le monde.
Je n’ignore pas que les agneaux dont j’ai la responsabilité seront mangés. Pour s’en scandaliser en étant cohérent, il ne suffit pas d’être végétarien, il faut être végétalien et se passer aussi de produits laitiers. Car une vache une chèvre ou une brebis ne donne pas de lait qui n’ait été prévu pour un petit. Que devient-il à votre avis ? Il est tué le plus tôt possible.
Toutes sortes de choses sur lesquelles il est tout à fait possible de fermer les yeux, il suffit d’acheter des lasagnes surgelées. Ca ne ressemble guère à un être sensible évidemment.
Dans les sociétés qui pratiquent le sacrifice, on est bien obligé de regarder en face ses responsabilités. Ce n’est pas anodin et c’est pour cela que c’est un sacrifice. (plus encore si on a élevé l’animal).
C’est bien ce regard là que l’on devrait avoir sur la viande que l’on consomme. Or il y a un gros problème en France du fait de l’obligation de l’abattage dans des abattoirs centralisés. Ce n’est pas une fatalité, c’est un choix politique car en Allemagne, il y a près de 10 000 abattoirs contre quelques centaines seulement en France. Un éleveur peut y abattre chez lui pour peu qu’il ait un local agréé pour cela (ce qui est certainement plus simple qu’une fromagerie) et la présence d’un vétérinaire. Ce genre de solution permettrait donc de cesser la clandestinité néfaste aux bonnes conditions du sacrifice de l’Aïd qui, effectivement, stresse alors l’animal au moins autant que dans un abattoir.
L’abattage centralisé, et donc industriel, handicape le circuit court, la vente directe qui permettent de se démarquer des importation. Assouplir cette législation et investir dans ce changement serait même la moindre des choses de la part de l’état par rapport à l’élevage ovin. Car si la France avait bel et bien besoin de dédommager la Nouvelle Zélande par rapport au Rainbow warrior, il n’est pas juste que cela se soit fait sur le dos des éleveurs ovins et demanderait une compensation digne, c’est à dire pas sous forme de subventions mais en laissant les moyens aux éleveurs de travailler.
Si l’on n’est pas tenu d’accepter toutes les traditions qui pourraient être contraire à l’esprit de la république laïque, la Fête de l’Aïd mérite par contre tout à fait d’être défendue. Cette tradition n’est pas contraire à l’esprit de la république mais ne s’accommode guère de l’abattage industriel, comme d’ailleurs l’ensemble de l’abattage hallal en général. Car si l’abattage d’animaux conscients n’est certainement pas une grande souffrance (lorsqu’on sait faire), c’est le stress qui est à éviter.