Archive pour novembre, 2012

Compilation de mon blog

Depuis un moment, je cherchais à synthétiser les thèmes développés dans ce blog. Je reprendrais encore certainement ce texte ultérieurement. Mais comme je ne suis pas un professionnel de l’écriture, je ne peux pas aujourd’hui aller plus  loin seul que l’état dans lequel il est actuellement

 

Le droit des brebis

Le retour du loup dans notre pays en 1992 a révélé bien des crises dans notre société. On a dit par exemple, qu’il avait mis en lumière la crise de l’élevage ovin d’aujourd’hui. Mais ceux qui évoquent ce fait ne donnent pas pour autant de solutions a ce problème. On a dit par ailleurs que cela prouve qu’en France, l’élevage ovin a mal évolué, avec de grands troupeaux moins protégés que dans les siècles passés. Mais ceux qui disent cela ont un mode de vie encore bien plus éloigné de celui des siècles passés. Ce sont généralement eux mêmes les plus purs produits de notre société hyper-sécurisée ou l’on est capable d’accuser le gouvernement d’incompétence lorsqu’il y a une chute de neige.

En fait, le retour du loup a surtout jeté un pavé dans la mare concernant la protection de la nature à laquelle tout le monde aujourd’hui se dit sensibilisé . Or, il est évident que chacun, quel que soit la force de ses convictions, doit faire à un moment un compromis. Certains l’assument, d’autres préfèrent nier les situations contradictoires dans lesquelles ils finissent par se trouver.

Accepter le retour du loup est une décision très grave qui nécessitait de changer la société en profondeur, ce qui n’a évidemment pas été le cas (et ce n’est pas prêt de le devenir). Ce qui fait que ce sont les bergers et eux seuls qui subissent la venue du prédateur. A partir de là, le loup était mal parti! Car le programme d’indemnisation des dégâts n’est absolument pas une solution. Il constitue uniquement un faire valoir et laisse à bien des éleveurs l’impression de se prostituer. Les sciences humaines n’ont pas étés suffisamment consultées sur ce sujet. Ceci dit, il n’y a pas forcément besoin d’un sociologue pour se mettre à la place des autres. Cet exercice devrait être pratiqué spontanément par les personnes cherchant la concertation, ce qui arrive toutefois plus souvent qu’il ne semble. Malheureusement, les personnes qui s’expriment le plus bruyamment n’osent généralement pas se lancer dans cette introspection qui les déstabiliseraient. De même, bien des militants pro-loup avancent des arguments qu’ils ne vérifient pas tant ils sont convaincus de leur cause.

Le texte qui suit est une réponse à ces militants.

Quelle ruralité ?

Il n’est pas évident de rappeler le contexte ou nous nous trouvons par rapport à la ruralité, car cette question est ressassée abusivement de part et d’autre. Mais il faut quand même répéter cette évidence, lorsqu’on regrette que les paysans ne coopèrent pas d’avantage au choix que notre société à fait de protéger les grands prédateurs, les personnes que l’on met le plus en cause sont celles qui se sont le plus investi -par tradition ou par motivation personnelle -dans le travail avec la nature. Ce ne sont plus des pionniers défricheurs, mais ils en ont le courage, car il leur faut aujourd’hui lutter contre la tendance imposée par notre société à la rationalisation, l’industrialisation .Leur rôle est plus important que la seule préservation des paysages ancestraux dont l’argument souvent cité est taxé d’anthropocentrisme. En effet, je crois bien que ce sont les seuls, par exemple, à trouver de l’ intéret aux zones embroussaillées qui constituent une réserve de nourriture non négligeable pour leurs troupeaux , bien complémentaire de l’herbe, à condition d’être maintenue.

Un écologiste militant ne se réjouit de cette « dynamique »que parce qu’elle préfigure la foret. Mais lorsque celle ci aura conquis tout les endroits disponibles, les choses seront figées, la broussaille n’existera plus et les espèces qui nichent dans les « zones de combat » régresseront (la Bartavelle ou le Tétra Lyre en montagne par exemple). Si les éleveurs extensifs exploitent la nature (car il vaudrait mieux se débarrasser des euphémismes que l’on croit imposés par une idéologie dominante) cela représente beaucoup plus d’authenticité que la posture de bien des « écolos » et ceci est une valeur qu’il faut préserver comme la solidarité, comme l ’esthétique. Passer outre serait annihiler les qualités qui nous permettraient de sauver la nature.

Agro-biodiversité

Dans le militantisme pro-prédateur, il est fréquent de discréditer l’effort que les paysans font à leur échelle en faveur de la diversité du vivant , car c’est souvent en zone propices aux prédateurs que l’on trouve des éleveurs passionnés par une race locale rustique à petits effectifs. Ce travail pour une biodiversité ordinaire est rarement reconnu à sa juste valeur. Elle est tout de même passée sans faire beaucoup de vagues, même chez bien des écologistes, cette loi incroyable qui interdit aux agriculteurs d’utiliser des semences de leur propre production. Or le progrès ne s’ arrête pas en si bon chemin. Il est prévu pour 2015 la même chose concernant les animaux reproducteurs (béliers taureaux….etc) qui devront tous être génotypés. C’est à dire que l’on pourra imposer la présence de certains gènes. A terme, les choix concernant la reproduction, le caractère d’un troupeau, échappera aux éleveurs. Le prétexte de cette incroyable intrusion de la bureaucratie dans les savoir faire et la créativité des éleveurs est comme d’habitude justifié par les sacro-saintes raisons de sécurité. Mais comment peut-on, après avoir fait montre d’une telle paranoïa, se présenter aux éleveurs en leur demandant d’accepter le risque que représentent les grands prédateur ou de « relativiser «  leurs dégâts au nom de la diversité ?

Ces derniers siégeraient parait-il au sommet d’une biodiversité en forme de pyramide. Malheureusement, chez nous, le diagramme des espèces et des races ressemble bien plus à un trognon de pomme, avec au sommet, des grands prédateurs en équilibre artificiel et instable sur une tige rongée.

Quelle nature ?

Il y a plusieurs façons de penser la nature. Les plus connues ont été théorisées au XIXème siècle aux USA par les débats de quelques naturalistes qui, en prenant conscience de l’absence totale d’éthique concernant l’exploitation des ressources naturelles d’un pays en plein expansion ont développé deux visions de la protection de l’environnement, le conservationisme et le préservationisme. L’une est liée au bon usage des ressources naturelles et a été influencée de « la vieille Europe » ou on avait déjà pris l’habitude de gérer une nature que l’on savait limitée. L’autre (qui est la sanctuarisation totale), par contre, n’existait pas avant cette époque et a été créée par l’industrialisation, (en contre coup évidemment). Mais si on laissait totalement faire cette solution, la forêt primaire s’ arrèterait là ou commencent les champs de maïs transgéniques.

En fait , aujourd’hui, on a rarement le choix, à moins de faire passer l’idéologie pour laquelle on milite avant les évidences de la réalité. Or cela serait dangereux car susceptible de changer à chaque élection ce qui est bien trop court pour penser même les espaces semi-naturels. Il ne me viendrait pas à l’idée de souhaiter qu’une forêt primaire soit gérée si elle s’est passée de soins humain jusqu’à présent. Mais sur un terrain qui a été anthropisé depuis longtemps, la question se pose, car tous les endroits laissés à l’abandon se ferment fatalement dans les conditions actuelles. Ils sont remplacés par des forets très ordinaires dont la biodiversité n’a pas une grande originalité or dans des conditions totalement naturelles il existerait nombre d’espaces ouverts. De toute façon, l’homme ne saura jamais créer une forêt primaire. Donc il faut bien qu’il assume son rôle de « gestionnaire ».

Les espaces ouverts

Sur la question des espaces ouverts il est amusant de voir comment pour relativiser l’importance du pastoralisme, les naturalistes militants peuvent dire des choses totalement contradictoires. Dans ces  » 12 question clés sur le pastoralisme » L’association France Nature Environnement dit: « les alpages sont des prairies naturelles qui existeraient même sans pâturage ; compte tenu de l’altitude, elles ne peuvent ni « s’embroussailler », ni se fermer. » .(Sous entendu, on n’a donc pas besoin de pastoralisme). De même le naturaliste Vincent Vignon dit dans un texte pour Férus http://www.ferus.fr/wp-content/uploads/2007/07/pastoralisme-biodiversite-gazette-grands -predateurs-23.pdf « C’est oublier les facteurs qui ont de tout temps fait régresser la foret : avalanches (limitées à la montagne), tempêtes incendies, pâturages, chablis dans les vieux peuplements, crues et inondations(…) ainsi même si la foret a été beaucoup plus étendue à l’époque romaine qu’aujourd’hui, il y a eu une continuité des milieux ouverts dans les étendues forestières que ce soit en plaine ou en montagne. »

Par contre le naturaliste Gilbert Cochet (qui lui, a une réputation d’extrémiste même dans les milieux naturalistes) dit dans la gazette des grands prédateurs de Férus, dans l’article « Loup et Forêts, : « Mais il faut bien imaginer qu’une pelouse rase, sèche, pâturée par des moutons, ça n’existe pas naturellement en France » et Gilbert Cochet de sortir sa fameuse petite phrase « L’homme, même avec son mouton n’a jamais créé la moindre orchidée ». Sans doute et un naturaliste encore moins qu’un autre.

Bien sûr que dans la nature sauvage, il y a des hordes de grands herbivores (soixante millions de bisons dans les plaines d’Amérique du nord avant l’arrivée de l’homme blanc). Cela ne se verra plus, à cause par exemple des autoroutes. Il y a des incendies qui vont jusqu’à leur terme naturel, ce qui n’a été tenté que dans le parc du Yelow Stone grand comme la Corse. Ailleurs, ce ne sera plus jamais le cas car rien que sur le plan écologique, il faudrait pouvoir différencier sur le champ un incendie naturel d’un incendie lié à des causes humaines.

Si donc on combat le feu et que la population d’herbivores sauvages ne peut plus garder des espaces ouverts, il faut alors pour obtenir le même résultat, du brûlage dirigé et du pastoralisme.

Pour un plan de protection du pastoralisme

Pour équilibrer les rapports entre le loup et le pastoralisme, il me semble qu’on aurait dû envisager ce dernier de la même façon qu’on l’a fait pour le loup et donc créer à cette occasion un plan de protection du pastoralisme.

Les écologistes parlent de l’écosystème dont les grands prédateurs seraient le pilier. Mais le pastoralisme aussi est un système et il faudrait lui laisser vivre sa vie. On sait que l’indemnisation des dégâts du loup n’est pas une solution suffisante, mais les mesures (imaginées par des personnes qui n’exercent pas de métier d’élevage) imposées indifféremment à tous les bergers de France ou d’Europe ne le sont pas non plus.

Berger et éleveur ovin en montagne sont toujours des métiers qui passionnent, et si cette profession s’affaiblit (en nombre de praticiens et en termes de revenus) c’est vraiment sous une pression très forte, due effectivement à bien d’autres causes que les seuls prédateurs. Mais l’une de ces pressions est justement celle qui est exercée par des associations qui dénient tout intérêt écologique au pastoralisme, sous prétexte qu’on n’y travaille plus avec les techniques d’autrefois ! Certes, mais à qui la faute ? Ce n’est pas en affaiblissant encore le pastoralisme qu’on redressera la situation.

Le plan de protection du pastoralisme reposerait sur l’engagement que le nombre de bêtes pâturant les prairies naturelles, les friches et les alpages serait maintenu. On s’engagerait aussi à maintenir la surface de ces pâturages, mais avec la possibilité d’abandonner un endroit pour un autre équivalent. Ainsi toutes les incitations aux divers changements se feraient avec les moyens nécessaires et, en quelque sorte, par la loi de l’offre et de la demande. Pour toutes les pressions, quelles qu’elles soient, exercées sur le pastoralisme, il faudra assumer le contre-coup. Dans un cadre comme celui-là, on pourrait laisser les choses se réguler d’elles-mêmes car la motivation pour ces métiers est forte et les exigences des bergers et éleveurs en terme de revenus ne pourront être exagérées et leur travail restera globalement de qualité. Par contre, on ne pourra plus se passer de prendre en compte ce qui motive les bergers en dehors du côté économique. Ainsi il faudra bien par exemple repenser les techniques de protection en incluant la possibilité de pratiquer la couchade libre des brebis, les bergers ne tenant pas à être des matons. Il y a bien des raisons (en plus de ce qui, aux yeux des détracteurs du pastoralisme, ne manquera pas de passer comme un idéal romantique) pour défendre ce genre d’exigences (concentration des déjections,piétinement des animaux ramenés de loin…) et puis, il n’est pas difficile de comprendre que l’été, lorsqu’il fait très chaud, les brebis mangent très peu le jour. C’est surtout la nuit qu’elles vont « faire leur ventre » ; sauf si on les enferme dans un parc électrifié pour les protéger du loup…

Le fait de bloquer arbitrairement le nombre d’animaux d’élevage sera peut-être considéré comme une contrainte d’un côté comme de l’autre, mais avant de continuer à s’occuper d’environnement avec une mentalité d’envahisseur devant occuper la place, il faut développer ces activités dans la profondeur (ce qui n’a pas ici de rapport avec la notion d’intensif / extensif. Cela génèrera d’un coté comme de l’autre richesses écologiques, économiques et patrimoniales, mais aussi qualité de vie et emplois.

Deux poids, deux mesures

Pour les tenants de la naturalité sauvage, il ne faut pas juger de l’état de la nature, car c’est la nature. Par contre leur regard sur l’activité humaine n’en finit pas d’être moralisateur. Or le pastoralisme est un système qui a besoin d’un minimum d’autonomie et de liberté pour exister. A une brebis, on reprocherait de manger une plante rare au même titre qu’une espèce commune ? Mais c’est cela la fameuse dynamique de la nature.

Dans le blog anti-pastoral« la Buvette des Alpages » Marc Laffont explique que la notion de sous-pâturage n’a pas de sens : http://www.buvettedesalpages.be/2012/03/defendre-les-especes-menacees-chez-nous-c-est-avant-tout-une-forme-d-egoisme.html (le webmaster en profite pour qualifier ce terme de sylogisme crétin). Mais par contre la notion de sur-pâturage en aurait.

Il faut se croire brillant rhétoricien pour oser se lancer dans pareil sophisme.

Le sur-pâturage est devenu rare aujourd’hui en France car, même à court terme, il est moins rentable de faire pâtir les bêtes que de leur donner une l’herbe bon marché et subventionnée. Au point que là ou on l’on constate du sur-pâturage, on pourrait se demander, selon la logique des tenants de la naturalité, s’il ne faut pas l’accepter comme on le fait d’un accident naturel qui compenserait d’autres situations et amènerait de la diversité. En fait, sur des pâturages insuffisamment gérés, on peut constater du sur-pâturage en certains endroits et du sous-pâturage à d’autres. Car si ces deux mots ne signifient pas grand chose pour les tenants de la naturalité, ils sont importants dans les rapports entre les éleveurs, les propriétaires de pâturages et les personnes chargées de veiller à la biodiversité . Ils fixent les devoirs et les droits de chacun. Des bergers bien sûr mais les gestionnaires d’espaces naturels doivent également mener leur mission sans ambigüité.

Ambigüité

Par exemple, les écologistes en grande majorité souhaitent en alpage du pâturage plus tardif pour permettre à d’avantage d’espèces d’arriver à maturité. Cela je l’entend et on peut imaginer bien des solutions. Pour les alpages dont la première partie est repâturée en fin d’estive, on peut réserver chaque année un morceau différent au début de l’alpage pour avoir en automne les fibres nécessaires pour valoriser une repousse très verte dont la richesse en azote est mal assimilée s’il manque d’aliments fibreux. Sur cet espace la végétation aura le temps d’essaimer. Si le quartier de début de saison est différent de celui d’automne, il est éventuellement possible de changer l’ordre de pâturage une année sur deux etc… parce que prendre soin de la biodiversité c’est prendre soin du pâturage lui même à long terme. Les différentes mesures agri-environnementales  Proposent des solutions réalistes, y compris pour la faune.

Lorsque les écologistes militants trouvent le chargement en animaux systématiquement trop élevé, je commence à me méfier. Vient un moment ou c’est la conduite du troupeau qui fait la qualité de l’alpage et non plus le chargement. Il fut un temps ou les alpages étaient plus exploités mais avec de plus petits troupeaux. Là ou il y a un troupeau de 1500 bêtes, il y en avait deux de 900 que l’on tenait fermement dans l’herbe grossière et les lignieux autant pour entretenir l’alpage que parce que cela était nécessaire pour tenir jusqu’à la fin de saison sans faire souffrir les bêtes. Depuis qu’il y a moins de troupeaux, on constate par exemple le développement monospécifique du Keyrel, une graminée haute et dure dont les tiges mortes sur le sol empêchent la végétation plus fine de pousser. Les bergers ont donc la mission de tenir les bêtes dans ces espaces qu’elles éviteraient volontiers. Mais pour les intégristes de l’écologie, le raisonnement est simple : Ce sont les bergers et leurs troupeaux qui en sont la cause, donc il faut réduire le nombre de brebis. Ainsi, on arrivera finalement à réduire les troupeaux à néant puisqu’on n’observera jamais d’amélioration et ce sera toujours la faute des bergers.

Notons également que pour payer un berger à plein temps (c.à.d un plein temps et demi) il faut un troupeau d’une taille suffisante.

Enfin, lorsque les militants pro-loups en viennent à critiquer le pâturage tardif en automne, parce qu’il est davantage sujet aux attaques de loups et de ce fait serait pour eux anti-écologique, je dis zut, ça suffit ! Certes en automne le gardage est plus difficile à cause de la météo, mais si on va par là il ne faudrait pas mettre de brebis dans les Pyrénées ou le brouillard est très fréquent , ou la végétation gène d’avantage la surveillance des troupeaux et ou les préconisation concernant la protection contre les prédateurs ne peuvent pas être mises en place comme dans les Alpes du sud. En automne, dans les Alpes, les éleveurs ont déjà souvent commencé l’agnelage. Ils descendent au fur et à mesure les bêtes qui ont de la mamelle et il reste au berger le « vassieu », le troupeau des vides. S’il n’était gardé sur le bas de l’alpage (souvent d’anciens prés de fauche) par un berger, l’éleveur le ramènerait chez lui en clôture dans un pré éloigné, souvent en lisière de foret, pour faire de la place autour des bergeries aux agnelées et à celles sur le point de mettre bas. La situation serait alors bien plus risquée.

Ainsi, cette injonction n’est absolument pas justifiée sur le plan de la protection des troupeaux et n’a pas non plus de raisons d’être concernant la biodiversité. Le seul but est de faire disparaître les brebis et cela n’a pas le mérite de la franchise.

Pseudo-solutions

Comme autres solutions biaisée concernant l’amélioration du pastoralisme, il y a l’affirmation que le pâturage bovin est plus écologique  et doit remplacer le pâturage ovin car ne nous y trompons pas c’est bien le sens du texte enrobé de considération biodiverses qu’a écrit Vincent Vignon pour Férus dont voici le résumé de Férus:

« Si l’élevage permet en effet une continuité des milieux ouverts, c’est uniquement une communauté de grands herbivores qui maintiendra et diversifiera les milieux ouverts

Une communauté de grands herbivores, ce sont des bovins, des équins, des ovins, des cervidés… Et le plus important est la représentation des plus grandes espèces : vaches et chevaux.

L’élevage bovin qui était très représenté dans les Alpes a beaucoup régressé au point que la majorité des alpages ne sont aujourd’hui pâturés que par les grands troupeaux ovins, en particulier dans les Alpes du sud. Et le pâturage par des grands troupeaux ovins seulement a des impacts écologiques majeurs (voir l’article). »         http://www.ferus.fr/actualite/actualite-france/ours-loup-le-pastoralisme-si-benefique-a-la-biodiversite-et-aux-paysages

Une communauté d’herbivores est bien meilleure pour l’environnement comme pour les troupeaux eux mêmes. Ils ne mangent pas de la même façon, donc pas la même chose, n’ont pas les mêmes parasites etc… Jusqu’ici le texte de Vincent Vignon est vrai. Par contre l’extrapolation selon laquelle il y a dans les Alpes un déséquilibre en faveur des ovins contre les bovins est totalement fausse et n’est que du militantisme sans objectivité. (Il n’échappera à personne que les ovins sont infiniment plus exposés que les bovins aux attaques de loups d’ou leur disgrâce auprès des purs militants pro-prédateurs qu’il est important de dissocier de vrais écologistes).  Dans les Alpes du Sud, effectivement, aux côtés des grands troupeaux d’ovins, on voit moins d’autres  herbivores. Mais dans les Alpes du Nord c’est l’inverse car des que les conditions sont plus favorables (herbe haute et abondante) on privilégie les bovins qui sont plus faciles à garder. (Un seul fil suffit et n’est pas toujours nécessaire). Lorsque les écologistes ont besoin de prouver que l’élevage ovin n’est plus adapté aujourd’hui, trop cher, trop subventionné, ils trouvent alors bien des exemple prouvant que l’élevage ovin régresse. La consommation de viande ovine et bovine est sans comparaison (Plus de 6 fois supérieure pour la viande bovine). C’était l’élevage du pauvre qui se contentait de ce que les vaches délaissent et c’est là leur crime pour les ultra écologistes puisque les brebis passent dans les endroits plus sauvages que se disputent déjà les écologistes et les chasseurs. On dit que chèvres et brebis sont trop sélective dans leur comportement alimentaire par rapport aux vaches qui mangent de tout. D’abord, c’est faux car les vaches en arrachant les herbes mangent en général une végétation plus haute que les brebis. C’est là une forme de sélection. Ensuite, on leur a déjà sélectionné les meilleurs pâturages. Vu ce qu’on laisse aux brebis et aux chèvres, il est heureux qu’elles soient sélectives. En Savoie lorsque l’on regarde les paysages, on voit nettement qu’ils se referment. Parce que si on laisse quelques génisse seules en sous nombre pour ne pas avoir à gérer le pâturage, il est évident que l’on obtient du sous pâturage… et une viande bon marché (quoi qu’ excellente) . Les chèvres et les brebis couvrent un pâturage plus vaste et peuvent passer après les vaches dans les pâturages « gras » pour manger l’herbe rase qu’elles préfèrent et donc contre-carrer la sélectivité des vaches. Mais on a bien compris que le sous pâturage est ce qu’espèrent les ultra-écologistes et, faute d’ entretient, la disparition des estives. Enfin, on se doute également qu’un intéres que trouvent à cet argument les militants ultra-écolo est qu’il permet de « diviser pour mieux régner ».

Et la biodiversité ?

Pour ce qui est de la biodiversité, les moyens importants qui sont mis en place pour se préserver du loup et dont la théorie voudrait qu’ils soient bénéfiques au delà de la simple problématique des prédateurs ne compensent pas vraiment ou à peine les inconvénients dus à la rigidité de cette façon de faire. (Piétinement excessif pour ramener chaque soir le troupeau à la cabane, sous pâturage des quartiers éloignés et sûr-pâturage des quartiers rapprochés, concentration des déjections etc..) Je ne connais pas d’études de grande envergure visant à apprécier cela. Pour moi c’est bien une preuve qu’il y a là dessus un a priori.

En effet, si pour les militants pro-prédateurs les troupeaux sont si peu en adéquation avec les espaces naturels, c’est que pour eux un troupeau d’herbivores domestiques doit être « fliqué », pâturer 35 heures par semaine puis être rentré en parc ou en bergerie.

D’ailleurs, une solution évoquée est, à l’instar des Abruzes en Italie (ou tout ce passerait bien quand à la prédation du loup), de convertir les troupeaux ovins allaitants en brebis laitières parce qu’il en faut moins pour un résultat équivalente. Seulement, pour avoir une production rentable aujourd’hui dans cette activité cela suppose une forme d’intensification, avec plus de prés semés etc … surtout dans les endroits secs. Ce qui est amusant c’est que par ailleurs, au niveau de l’Etat, il est régulièrement envisagé d’empêcher l’installation du loup dans les zones d’élevage de brebis laitières du Massif Central parce qu’il aurait un trop fort impact économique.

Juger la nature

En fait, les écologistes militants qui prétendent vouloir prendre la nature comme elle vient ont de très forts jugements de valeur, il m’a d’ailleurs semblé que les plus virulents défenseurs de la naturalité sauvage vivent et travaillent, dans des endroits ou le climat est assez humide et la végétation faste, Pyrénées, Savoie, Vosges pour la France. Si cela se confirmait, il ne faudrait plus s’étonner de trouver chez eux une hiérarchie des espaces naturels avec la jungle au sommet et la steppe ou la savane en bas de cette échelle, car il leur est difficile de reconnaître que dans la nature originelle, les milieux ouverts existent. Or juger les espaces naturels juste par le nombre d’espèces qui s’y trouvent à l’hectare, ou par la masse de végétation qui y pousse, c’est comme si on se permettait de juger une personne à l’importance chiffrée de son patrimoine, sans se soucier ni de l’originalité de celui ci, ni de la valeur de la personne en question.

Il en va de même de la façon dont on juge le pâturage ; pour caricaturer, un dromadaire devrait, dans cette logique, être systématiquement taxé de sur-pâturage.

Authenticité

Dans les discours sur le pastoralisme et la nature, s’il n’est pas exclus d’être lyrique, poétique voir théatral,on a avant tout besoin d’authenticité.

Une phrase que je trouve très sensée de la part d’un écologiste convaincu, l’artiste naturaliste Robert Hainard, est : «  Il faut sauver les espèces animales en danger non pas parce que nous en avons besoin, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines nécessaires pour les sauver, et ce seront celles-là dont nous aurons besoin pour nous sauver nous mêmes. » . C’est bien vrai, mais ça l’est tout autant du pastoralisme. Ce serait vraiment naïf d’imaginer qu’après avoir fait disparaître cette activité aussi étroitement liée aux origines de l’humanité on sera à même de trouver les qualités nécessaires pour sauver la biodiversité.

Aujourd’hui au Kenya, en Tanzanie et ailleurs, on expulse des tribus de pâtres ainsi que des chasseurs et cueilleurs traditionnels sous prétexte d’écologie. Pour créer des parcs nationaux, des milliers de Massaïs et autres tribus ont été rejetés aux marges de ces espaces. Or les promoteurs de ces parcs se soucient d’écologie parce que cela se vend très bien. Ces exodes ont également étés provoqués par des entrepreneurs de tourisme privé axés sur des safaris photos hautement labellisés pour leur éthique, (leur boniment publicitaire parle de « désert humain ou la nature est livrée à elle même pour le plaisir de quelques privilégiés logeant dans des lodges luxueux »). Sans compter bien sûr les entrepreneurs de safaris de chasse. Parfois, le terrain n’a pas été acheté à l’ Etat mais à un privé. D’ ou tenait il ses droits de propriété ? Bizarre lorsque l’on sait qu’il s’agit d’une personne les plus puissante de l’ Etat.

Partager les sites naturels

Personnellement, dans mon métier, je ne nie pas la raison d’être du tourisme. Je ne possède pas les sites exceptionnels ou je travaille, il est important que les citadins gardent le contact avec la nature ainsi qu’avec la culture pastorale . Il est normal que les enfants y soient initiés et comprennent l’importance du pastoralisme. J’ai d’ailleurs accueilli volontiers des classes vertes sur mon alpage. Mais si les touristes ont certains droits, ils ont bien sûr aussi des devoirs dont ils ne sont pas quittes du fait de l’argent qu’ils dépensent Il n’y a pas de raisons de laisser croire que « le client est roi » dans ces espaces naturels. Un berger râleur est souvent tout aussi pédagogique que celui qui explique patiemment son métier. Le patou qui impose le respect aux visiteurs peut aussi être pédagogique.

Cela vaut également pour le loup qui ne devrait être prêt à « consommer » que dans les zoos, et encore…

Apprivoisement

Parmi les fondements de l’humanité, il y a l’apprivoisement et la domestication des animaux. C’est le développement par l’homme du phénomène d’imprégnation qui existe chez les animaux et c’est ainsi qu’au cours des siècles se sont créées les races d’animaux domestiques. Mais si aujourd’hui c’est le sauvage que l’on veut réhabiliter, alors c’est une imposture d’avoir le fantasme de l’apprivoiser.

Mais que resterait-il de l’engouement pour le loup si les écologistes avaient le courage de rappeler cette évidence ? Ce qui est dommage, c’est qu’il y a des centaines de milliers d’êtres, animaux ou humains, qui demandent, eux, à être apprivoisés. Si tous ceux qui ont des disposition dans ce sens avaient le bon sens de choisir un métier d’éducateur, la vie serait belle.

Mais pour ce qui est du loup, c’est une éducation à rebrousse poil que devraient lui prodiguer ses protecteurs, le dégoûter de la présence humaine et de ses activités. C’est protéger le loup que de lui faire subir un traitement très désagréable lorsqu’il s’en prend aux troupeaux, parce que s’il ne se méfie pas, il sera tué pour de bon, en toute logique. Dans la nature sauvage cette sélection a aussi lieu. Mais c’est là que les défenseurs des grands prédateurs se rendront compte des changements de valeurs énormes auxquels ils seront confrontés et que par ailleurs ils demandent, la bouche en cœur, aux bergers d’accepter.

Des chiffres abstraits

Les militants pro-prédateurs appuient régulièrement leurs arguments par des comparaisons et des calculs sophistiqués (donc forcément scientifiques et objectifs). Pour caricaturer, il s’agit de montrer l’impact insignifiant de la prédation du loup sur le Produit National Brut. J’ai déjà eu à faire remarquer que cet autre calcul de base qui consiste à faire le pourcentage des animaux tués par le loup sur toute la France (y compris dans la baie du mont Saint Michel) pour expliquer que le problème ne représente pas d’avantage que ce pourcentage en travail et en contrariétés dans la vie d’un éleveur est nul, car si ce dernier ne passe que 0,06/100 de son temps à la protection du troupeau, il n’aura même pas le temps d’acheter les croquettes du patou. Quand à réparer les dégâts… Mais si on appliquait ce genre de calcul au patou, (coût des chiens en regard avec l’estimation moyenne des brebis épargnées grâce à eux) on en déduirait rapidement que ces derniers ne sont pas rentables du tout.

Or le patou est utilisé dans les Alpes et les Pyrénées bien plus que ce qui apparaît par les chiffres officiels. En effet, FERUS, (l’association vouée à la promotion des grands prédateurs) disait, il y a plusieurs années déjà que le nombre de patous dans les Alpes doit être supérieur à mille car nombre d’éleveurs ne souhaitent pas l’acquérir officiellement (bien que subventionné) pour ne pas être redevable du budget du loup. Il est utilisé, et c’est une chance, alors même qu’une analyse faite de ces petits calculs superficiels montrerait évidemment que la moyenne de ses dégâts et désagréments est supérieure à celle du loup . (entre autre, parce que la demande a été bien supérieur à l’offre en chiens sélectionnés, éduqués et suivis . Il y a eu une carence de l’état ainsi que des associations qui en faisaient la promotion comme d’une panacée). Pourquoi faut-il des patous alors ? Eh bien parce que le patou c’est beau, très beau. Non pas tant la sympathique peluche elle même que la majesté du gardien dans l’exercice de ses fonctions. Sa raison d’être et sa rentabilité ne peuvent se comprendre qu’en intégrant des éléments que les ultra-écolos, passent leurs temps à minimiser. C’est qu’en effet, se sont ces éléments qui sont inclus dans les fortes indemnités versées lors d’attaques de prédateurs -notamment par rapport au stress des bêtes mais aussi à la désorganisation du troupeau- sans pour autant donner satisfaction aux éleveurs. En effet, abîmer le travail de quelqu’un en prétextant que cela sera indemnisé est une forme de mépris et ôte tout sens à cette activité.

Caricatures

J’ai constaté régulièrement a quel point les a prioris contre le monde rural sont prompt à se réveiller. Par exemple, le refrain de la « Buvette des Alpages » est : « Chez les paysans, par tradition, tout ce qui gêne on s’en débarrasse ». Existe t’il une catégorie socio-professionnelle ou l’on garde ce qui gêne ? Combien de personnes se sont crues autorisées à jouer au sociologue, généralement en enfilant l’un après l’autre tout les lieux communs sur les superstitions, la tradition… .etc, sans jamais citer aucun vrai travail de recherche. Eh bien précisément, au Moyen Age ce sont ces gens là qui brûlaient les sorcières.

Ainsi, les cinq milles ovins tués en 2011 par le loup seraient une vue de l’esprit. Bien sûr le chiffre est contesté par les défenseurs de ce prédateur mais moi aussi je le conteste. Si dans la part des ovins dont la cause de décès n’est pas bien déterminée, il peut y en avoir qui soient morts pour d’autres raisons, ce chiffre ne tient pas compte des animaux dont on n’a pas retrouvé le cadavre, ou dont on l’a trouvé top tard pour être expertisé . Cela représente beaucoup de ces attaques discrètes servant intégralement à la nourriture du loup comme la légende veut que ce soit (les chiffres officiels donnent une moyenne de 4 brebis tuées par attaque… qui sont très peu consommées). De plus, aucun chiffre ne tient compte des attaques qui ont été repoussées. Le problème c’est que le troupeau a été aussi stressé que dans une attaque qui a fait des victimes . Ce problème du stress est aujourd’hui pris en compte dans les indemnisations mais n’ apparait jamais dans l’estimation globale des dégâts.

Condescendance

Bien des ultra-écolos ont une attitude condescendante vis a vis des bergers. J’ai entendu l’un d’eux dire avec un léger sourire en coin que l’on allait faire un geste afin que les bergers ne se sentent plus seuls face au loup. On va leur donner le droit, dans certains cas précis de tirer vers le loup. Le berger n’a jamais été aussi seul que dans cette situation ! On lui laisse le droit de tirer comme si c’était un privilège, de façon à lui occuper l’esprit parce que c’est cela que l’on croit essentiel. Mais on donne toutes sortes de restrictions à l’usage des armes comme si c’était une chasse sportive et « qu’il faut en garder pour tout le monde ». Ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit ! Cette logique désastreuse va amener à ce que les éleveurs seront tentés de considérer le port d’arme et le fait d’être bon chasseur comme la qualité principale d’un berger. Ces tirs doivent être efficaces, réalisés au maximum par des professionnels ou à défaut par des chasseurs et louvetiers bénévoles (même s’ils peuvent être bergers). Si c’est un tir létal, le but est de tuer le loup. Si ce sont des moyens non létaux, ils doivent toucher à leur but et avoir un impact sur le comportement du loup.

Je trouve d’ailleurs que l’ambigüité est beaucoup trop entretenue concernant le braconnage. Le « modèle des Abruzzes » ou le loup est presque officiellement régulé par le braconnage a été évoqué ouvertement comme solution même par certains représentants d’associations écologistes. Certains politiques, notamment l’ancien président de la république font des appels du pied dans ce sens et il n’est pas difficile de comprendre l’avantage que représente cette solution. Par rapport à ces engagements internationaux, l’Etat est en règle, (lui), cela ne côute rien, on évite les décisions difficiles à assumer. Bref, cela arrange tout le monde… sauf les bergers qu’on laisse se « démerder »en pleine illégalité.

Si ! Le loup est une contrainte réelle et forte qui met en péril le pastoralisme extensif. Ne peuvent vraiment en parler que ceux qui sont allés se rendre compte sur place. Ces personnes en reviennent changées. Férus, la grande association de défense des prédateurs qui a mis en place un programme d’écovolontariat devant faciliter l’acceptation du loup, reconnaît elle-même que les résultats sur la prédation sont tout à fait incertains mais que l’aide et la présence, eux, sont indéniablement appréciés. Cette fois, ceci est totalement vrai mais au point que Férus se méfie de ses écovolontaires ainsi que de son propre personnel et non sans raisons. C’est qu’il y a une différence entre ceux qui font un calcul sur la fameuse acceptation sociale et toutes sortes d’extrapolations sur la psychologie des bergers, et ceux qui viennent dans les alpages sincèrement dans le but d’aider les bergers et faire baisser le risque de prédation. Beaucoup d’entre eux en repartent avec une vision transformée et souvent ils sont même choqués d’avoir découvert le quotidien des bergers confrontés au loup.

Il faudrait que les défenseurs des prédateurs se rendent compte que s’ils déprécient certaine valeurs traditionnelles de l’humanité, ils pourraient bien scier la branche sur laquelle ils sont assis. Après avoir discrédité les éleveurs ovins par des notions aussi aléatoires que la rentabilité économique, s’imagine-t-on vraiment pouvoir sur cette voie développer la défense de la nature ?

L’image des brebis.

Il est également amusant de voir combien d’ adultes, parfois hautement reconnu pour leur travail scientifique sont capable de se complaire dans des commentaires puérils sur la grégarité des brebis voir leur « bêtise ». Je n’ai jamais pu m’empêcher, en entendant ces considérations, de penser qu’il y avait là une identification de la part de ceux qui les utilisent. Le loup, l’animal « noble »  que  défendent ces naturalistes serait plus intelligent que la brebis comme eux par rapport aux bergers. Le berger réussi dans son travail lorsque le troupeau lui fait confiance et reconnait son autorité. C’est là la fierté du berger mais c’est même ce qu’attendent de ce dernier les militants pro-prédateurs. Comment se peut-il alors que l’on méprise cette confiance?

Les brebis sont sociables et vivent en troupeau. Cela veut dire certains comportement que l’on trouve aussi chez les humains lorsqu’ils sont en foules. Ont dit que des troupeaux entiers sont capables de se jeter du haut d’ une falaise. Oui, lorsqu’il y a un mouvement de panique mais cela arrive de la même façon pour les humains. S’il y a le feux dans une discothèque les victimes ne sont pas brulées ou asphixiées mais piétinées. Les humains se contentent de l’avis d’un expert pour aller dans un lieux qui ne leur inspire pas confiance (bateau, tribune en échafaudage). Les brebis ne le font pas, ou alors, vraiment à la rigueur, si le berger est devant et les appelle.

Relativité

Pour faire accepter les grands prédateurs, ce que l’on a trouvé de mieux est de « relativiser » leurs dégâts. (Ce qui, a propos du thème principal des chiens errants a donné lieu à un concours d’incompétences journalistiques et de malhonnêtetés scientifiques voir mon article  http://mathieuerny.unblog.fr/2010/07/31/chiens-errants-comment-fabrique-ton-des-chiffres/ ). Il y a bien sûr toutes sortes de causes de décès des animaux, y compris dans un élevage. La raison d’être et le gagne-pain de l’éleveur est de réduire ces pertes pour avoir une production. Alors la relativité c’est pas son affaire, il doit défendre toutes ces bêtes. Ce n’est pas vrai que  « tout est relatif », mais une chose est sûre, ce ne sont pas les valeurs absolues qui tirent le monde vers la catastrophe. Dans l’absolu, il est possible de vivre d’une petite ferme avec une poignées d’herbivores puisque cela a existé. Pratiquement non ce n’est plus possible car se serait se marginaliser excessivement, parce que la brebis n’a pas du tout la même valeur qu’a l’époque ou on appréciait tout ses produits, (laine cuir viande, fumure, entretient des espaces), parce que l’échange des produits dans le commerce ne donnerait rien, parce que ceux qui s’y essaient suscitent bien souvent la pitié et il y a de fortes chances qu‘ils ne soient pas  « aux normes ». Ceux qui proposent le modèle des petites fermes d’antan savent pertinemment ce qu’il en est et ce n’est pas honnête de leur part car si cela n‘est plus possible c‘est parce que la société dont ils font partie ne le permet plus.

Un internaute (bien imprégné par les leçons du webmestre) a écrit à la Buvette des Alpages a propos du pastoralisme ovin de montagne:« (c’est)une filière qui touche 4 fois plus de subventions qu’elle ne dégage de résultats et produit une viande qui intéresse de moins en moins les jeunes générations ». Cela dépend de ce que l’on appelle résultat. Les spéculations font de cette activité celle qui rapporte le moins d’argent et produit semble-t-il peu par rapport à l’agriculture intensive. Mais l’argent est LA valeur relative par excellence et surtout si le jeu des primes s‘en mêle. Aujourd’hui il ne me semble pas du tout évident de savoir si les exploitations intensives à très grand rendement sont si productives qu’il y paraît car l’arrosage du maïs est subventionné, le prix du matériel est aussi fictif que celui des produits. De toute façon, l’économie de marché ne tient pas compte de la faim des gens. Or en économie il y a aussi des valeurs absolues. Le pastoralisme a une valeur ajoutée énorme, c’est à partir de presque rien que l’on produit cette viande (du moins dans le sens strict de cette activité et c‘est encore souvent le cas). Et si au lieu de monnaie en papier (ou électronique) on pratiquait le troc, la valeur économique du pastoralisme s’imposerait encore d’elle même. De plus, en se souciant des valeurs absolues, on doit tenir compte de son impact écologique qui est particulièrement positif par rapport à d’autres activités. C’est à rajouter aux « résultats ». Ainsi, que des ultra-écolos fassent si souvent pression sur le pastoralisme au prétexte des « résultats » me paraît complètement myope, c’est même se tirer une balle dans le pied. Par contre la grande cause qu’est la défense de la nature a aussi des aspects très relatifs. Tout dépend, comme toujours, de ceux qui la font vivre. Ce dont je suis persuadé c’est que la valeur absolue dans l’écologie comme dans toutes les grandes idées n’est pas dans l’illusion de « pureté » qui motive les intégristes. C’est facile bien sûr de s’accrocher à une position radicale: plus de problèmes de conscience, plus d’hésitations. On peut facilement obtenir l’adhésion de tous ceux , de plus en plus nombreux, qui sont « libres » culturellement (encore une valeur relative) et qui n’ont plus de liens affectifs ou de relations de travail avec les gens de la terre. Et pourtant, ces derniers resteront toujours ceux qui nous nourrissent.

Dans une journée de débats sur les OGM à Avignon animée par des membres de la Confédération Paysanne, une des personnes de l’assistance a pris la parole pour faire savoir sa grande déception de ne pas avoir entendu quelqu’un exprimer le fait que l’écologie, la biodiversité devaient passer avant le social. Effectivement, personne ne partageait cet avis dans l’assistance. Tout le monde lui a répondu que l’on ne devait pas négliger l’un pour valoriser l’autre. Combien d’erreurs ont été commises par toutes sortes de militants qui, l’esprit obtus, n’ont plus vu qu’un pan de la réalité. La grande idée invoquée ainsi devient aussi pernicieuse que la recherche de la productivité à tout prix. Ainsi, à l’appât du gain on a pu sacrifier la beauté, l’art etc. Or pour ceux qui ont entendu ou lu avec quel dédain les ultra écolos parlent de la notion de paysage, il est évident que l’esthétique est également une préoccupation marginale chez eux.

Il fut un temps ou ceux qui avaient l’âme écolo se faisaient bergers ou éleveurs de chèvres. Ceux là aujourd’hui se sentent souvent « lâchés » puisque l’écologie militante ça se passe à présent par internet sur fond de prophéties apocalyptiques qui justifient toutes les surenchères. On voit même poindre l’eugénisme comme solution au surpeuplement humain.

Lorsqu’on pointe du doigt l‘évolution de la paysannerie en général on oublie de dire que ce n’est qu’un pâle reflet de l’évolution de la société et cette dernière n’est pas menée par les paysans. Ce n’est pas anodin de constater que la défense des grands prédateurs, qui a des raisons d’être par ailleurs mais qui n’en est pas moins le combat écologique le plus sensationnel, le plus médiatique, s’en prend tout spécialement au pastoralisme, l’activité la moins sujette aux lois de la relativité de notre société, elle ne fait qu’en subir le contre-coup. Les bergers peuvent avoir changé en cinquante ans mais très peu le métier, le plus ancien que pratique l’humanité. Parler des anciens de nos propres régions n’est plus de mise aujourd’hui, on les taxe d’amblés de demeurés superstitieux et l’on préfère chercher ailleurs des modèles exotiques retouchés pour être au goût du jour. Mais il est faux de prétendre que dans des sociétés lointaines restées traditionnelles les bergers cohabitent volontiers avec les prédateurs. Ca n’a jamais été leur état d’esprit et il n’y a pas de raisons que cela le devienne. La question ne s’est jamais posée ainsi parce que défendre les animaux dont on a la responsabilité, c’est une valeur absolue. C’est une des lois de la nature et c’est aux écologistes pro-prédateurs à s’adapter à elle. Il faut également que les militants écolos comprennent que, si par nécessité, l’homme élève des animaux pour les manger, cela ne l’a jamais empêché d’avoir du respect pour ses bêtes et un rapport paternel avec le troupeau. C’est particulièrement malhonnête d’exploiter cet argument sensible. Pourquoi rechigner à cet effort de compréhension alors que c’est un exercice qui a été pratiqué depuis très longtemps et doit être à l‘origine de la philosophie, en tout cas de la plu-part des rites religieux? Il est dommage de réduire ainsi la réflexion, c’est également ignorer le fait que ceux qui ont combattu les grands prédateurs avaient souvent de l’estime pour ces derniers et, dans la situation actuelle, seraient déconcertés eux aussi. Malheureusement, ils n’auraient guère le temps d’approfondir les raisons de leur trouble, car ils seraient vite rattrapés par l‘agressivité de cet étrange débat et on peut facilement imaginer qu’ils prendraient alors position contre les prédateurs. 

J’ai très souvent lu des articles ou des commentaires de personnes qui, à cours d’arguments intelligents sur le débat des grands prédateurs, en venaient comme d’habitude à s’en prendre à l’activité pastorale en disant qu’il existe de mauvais éleveurs dont le troupeau est malheureux et que donc il est faux de dire que les éleveurs et bergers cherchent le bien être de leurs bêtes, ils ne chercheraient que la rentabilité. On se doute bien qu’il existe de mauvais éleveurs puisqu’il existe de mauvais journalistes, de mauvais politiciens, de mauvais fonctionnaires, de mauvais médecins, de mauvais humoristes, de mauvais éboueurs etc…Doivent ils servir de référence? Il y a d’ailleurs aussi de mauvais citoyens et de mauvais consommateurs.

Les ultraécolos se gaussent de l’intérêt patrimonial du pastoralisme extensif sous prétexte que cela n’aurait rien à voir avec l’écologie. Il est habituel pour eux de tourner en dérision le lyrisme des bergers quand ceux ci font remonter leur métier au néolithique ou à Abel. Mais c’est un fait historiquement avéré, nous descendons tous plus ou moins de bergers dont l’activité fut partout en Europe un des principaux piliers de l’économie . Le fait est que l’activité des écologistes  comme on l’entend aujourd’hui  ne remonte pas à aussi loin. Qui peut-on considérer comme les ancêtres des militants écologistes ? Je ne vois que certains poètes  comme le chef indien Seattle. Bref, la crème des cultures. C’est tout de même bien ainsi qu’il faut voir les choses.

Cela me fait toujours sourire lorsqu’à propos du loup on avance avec un très grand sérieux toutes sortes  de raisons et d’arguments « scientifiques » qui auraient justifié son retour. C’est de la blague! Qu’on n’essaie pas de me faire croire que c’est cela qui a motivé la décision de laisser revenir le loup. Dans ces utopies, le romantisme est toujours primordial ainsi que, dans ce cas présent, un sentiment de culpabilité à l’égard d’une nature personnifiée à l’équilibre et au bien-être de laquelle le loup serait indispensable. C’est beaucoup plus la légende de Romulus et Rémus, le Livre de la Jungle de Kipling, le poème La mort du loup d’Alfred de Vigny ou même le comte le plus connue d’Europe, Le Petit Chaperon Rouge, auquel nous devons tous d’avoir combattu nos peurs d’enfants, qui sont à l’origine de cette décision. la preuve en est que la possibilité d’équiper les loups de colliers émetteur qui auraient pu aider les scientifiques et faciliter les techniques visant à permettre la cohabitation a été rejetée définitivement. Pourquoi? « Parce qu’un loup équipé d’un collier émetteur n’est plus un loup ». Un argument que je comprends mais qui n’a rien de scientifique et n’a pas de répercussion sur la biodiversité. Aussi, là ou se situe le problème et l’injustice par rapport aux bergers, c’est quand à force de nier le coté culturel du retour du loup, on dénie aussi cet aspect-là au pastoralisme.

Et l’économie ?

J’ai ici peu parlé de l’aspect économique et productif du pastoralisme parce qu’il est peu pris en compte dans les arguments que les écologistes intégristes opposent au pastoralisme. En effet, cet aspect est utilisé par ceux qui parlent au nom de l’écologie (quel que soit leur façon de vivre par ailleurs) qui se considèrent comme désintéressés par rapport aux paysans dont c’est une activité lucrative. Si ce côté romantique prédomine sur cette question, c’est que nous sommes dans une société de sur-consommation et de sur-production. Mais il est, encore une fois, parfaitement hypocrite d’en attribuer la cause aux éleveurs travaillant dans les zones propices au loup.

 

Les indulgences au troisième millénaire

Comme tout ce qui est dit à « but non lucratif », l’écologie a du mal a regarder en face ses rapports avec l’argent. En effet, toute personne riche et généreuse est considérée comme un bienfaiteur d’une œuvre désintéressée.

 Pourtant la valeur fondamentale en écologie est la faculté de restreindre sa consommation et donc la production. Ainsi ce pose inévitablement la question de l’argent.

 Au sommet de Kyoto, il avait été imaginé de monnayer des droits à polluer afin de faire entrer l’écologie dans la logique de l’économie de marcher puisque apparemment on en a déduit que c’était la seule façon de l’ apréhender sérieusement au niveau mondial.

 A priori cela a un petit côté cynique tout de même qui, pour moi, ne s ’efface pas vraiment dans un deuxième temps.

 Sur le portrait qu’une banque a fait d’un de ses collaborateurs administrateur du WWF France, on y lit qu’il a « mis sa passion de l’écologie au service de la banque ». personnellement, je n’aurais pas été choqué si cela avait été formulé dans l’autre sens et que cet économiste aurait mis ces qualités de banquier au service de l’écologie. Mais écrit comme cela, cela me laisse dubitatif. Non, ce n’est pas un détail, à ce niveau les mots sont très soigneusement étudiés.

 Au centre des rapports entre l’écologie et l’argent on trouve inévitablement le WWF qui apporte un soutient financier à presque toute les initiatives écologiques dans le monde. Or c’est un club très sélect. Au niveau mondial, on y trouve plusieurs têtes couronnées, de nombreux banquiers, le PDG de tout Coca Cola etc… Est ‘il sérieux de penser que l’on peut arretter la dégradation de notre planète en se basant sur des programmes financés par des subsides qui proviennent des surplus des grandes sociétés ? Leur but est pourtant de s’étendre sans cesse.

 Cela ressemble à la logique des fanatiques des armes à feux aux états unis qui estiment que pour obtenir plus de sécurité il faudrait armer même les enfants pour qu’ils puissent se défendre.

 Bien sûr l’argent est indispensable, car il nous faut bien acheter ce dont nous avons besoin pour vivre. Le plus indispensable est la nourriture que nous achetons aux paysans. Parfois ces dernier sont influencée de la « logique » des grands industriels bienfaiteurs du WWF et cela donne de la surproduction, à d’autres moments ce sont des paysans plus traditionnels travaillant dans un environnement qu’ils ont contribué à protéger et qui sont mis à l’indexe parce que autour d’eux la nature existe et que cette derrière est considérée comme un patrimoine de luxe qu’ils ne méritent pas. Ainsi, plus il s’agit de communautés paysannes traditionnelles ayant su éviter la dégradation de leur environnement, plus elles ont à redouter les lobbyistes de l’écologie. De plus, travailler la terre c’est bien évidemment l’exploiter, un mot qu’ont su effacer habilement les experts en communication des discours de leurs employeurs.

 Un paysan traditionnel ne gaspille rien et récupère âprement tout ce qui est possible dont, bien sûr, le fumier. Face aux industriels de l’alimentaire et aux grands distributeurs qui donnent si généreusement leurs invendus aux œuvres caritatives, cela parait…petit.

 Mais cette habitude empêche le gaspillage et est logique et positive. Tandis que produire sans raison et faire par ailleurs des dons n’a pas de logique, c’est une perversion de l’idée d’altruisme.

 Le président d’honneur du WWF d’Espagne est le roi lui même. Récemment ce grand chasseur a vu son image quelque peu chahutée après avoir été rapatrié du Botswana ou il c’était blessé dans son bungalow . Il faisait discrètement dans ce pays un safari au rhinocéros d’une valeur de 30 000 euros. C’était quelque peu en contradiction avec le très beau discours sur l’unité nécessaire de son pays face à la crise qu’il venait de faire peu avant.

 La logique pour le WWF est qu’en payant si cher leurs trophés, les grands de ce mondes permettent de préserver la biodiversité dans ces fameuses réserves ou la chasse est « raisonnée ». Ce qui se passe malheureusement, c’est que sur ces terres vivent ou vivaient de petits chasseurs traditionnels, (pas des chasseurs de rhinocéros) : les bushmens dont c’était le territoire. Ils sont considérés comme braconniers, leurs droits traditionnels sont bafoués. L’association Survival internationale dit : « Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré : ‘La conservation a longtemps été l’argument invoqué par le gouvernement botswanais pour terroriser les Bushmen et les chasser de leur désert. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président Khama siège au conseil d’administration de Conservation International, l’une des plus grandes organisations environnementales du monde. Cette ONG nord-américaine n’est pas sans ignorer que l’un des membres de son conseil détient un triste record en matière de violations de droits de l’homme. »

 Si le roi d’Espagne c’est plongé dans la piscine de la réserve de chasse, il est possible qu’il l’ait fait dans le seul point d’eau dont disposaient les bushmen. Le droit de chasse du roi ne devrait pas être considéré comme supérieur à celui de ce peuple.

 Pareillement, au Kenya ou en Tanzanie, les Massaïs et autres tribus traditionnelles sont expulsés pour créer des parcs nationaux. Il aurait été possible de s’inspirer des connaissances de ces autochtones pour développer ces parcs et de convier les autorités traditionnelles à en être administrateurs. Mais cela aurait-il pu être compatible avec les vues mercantiles des créateurs de ces parcs et la soif de pouvoir et d’influence des financeurs internationaux comme Conservation Internationale ou du WWF ? Le résultat c’est qu’en créant de cette façon les espaces protégés, en plus de l’injustice flagrante faite aux populations autochtones, on nie l’intéret écologique des autres cites. Un pâtre se trouve toujours sur une terre A protéger et le sait. Mais lorsqu’on refoule les tribus de pasteurs aux marges de ces espaces, on crée du sur-pâturage et la misère à ces endroits là. De même, en ne respectant que les espaces soumis à un droit de propriété, on a encouragé l’exploitation intensive avec barbelés et ouvriers agricoles déracinés d’autres terrains par des investisseurs opportunistes.

 Dans son livre « réintroduction de l’ours histoire d’une manipulation, David Chétrit nous raconte comment le projet de renforcement d’ours dans les Pyrénées a été porté financièrement par un mécène et on peut ressentir la déviance due à ce fait.

 Car pour un mécène privé, il faut une action médiatique, des lâchers d’ours, plutôt que de chercher les causes qui ont fait que la population d’ours a tant régressé.

 Il ne faut pas mélanger les choses, certain entrepreneurs ont effectivement des moyens de production écologiques, et n’importe quel entreprise qui produit des biens durables est plus ou moins dans ce cas par rapport à ceux qui calculent savamment une durée de vie la plus courte possible pour retrouver régulièrement les mêmes clients. Ensuite, il est illusoire d’imaginer « faire du bien à la planète » si on n’est pas honnête sur le plan social (empêcher les plus démunis d’acheter ces biens durables plutôt que ceux qu’on leur a destiné ou casser la faculté de consommer honnêtement en abusant de la mondialisation).

 L’argent, cela signifie de nombreux pièges pour les ONG mais ils sont tout de même faciles à identifier, on ne peut pas prétendre pouvoir les ignorer. Pourtant cela arrive toujours et massivement.

 

 

Des solutions ?

La santé économique de l’élevage pastoral ovin a été sciemment sabotée par la politique qui d’un côté considère cette activité comme marginale dans l’élevage et peu rentable,et de l’autre sert de bouc émissaire aux intégristes de l’écologie parce que trop proche d’eux, comme l’est un concurent. C’était une minorité rêvée pour faire subir les conséquences des exactions de la France en Nouvelle Zélande contre le Rainbow Warrior. Economiquement, une solution est bien sûr de miser sur la qualité et la proximité pour se démarquer de l’importation. Cette possibilité a également été sabotée par un état centralisateur : En France il n’y a que quelques centaines d’abattoirs et peu permettent l’abattage ovin. En Allemagne il y en a 10 000. Un éleveur y a le droit d’abattre chez lui pour peu qu’il ait un local agréé pour cela et qu’il y ait la présence d’un vétérinaire.  Qui peu penser q’ un agneau qui attend son tour parmi des centaines à l’abattoir du département n’a pas peur? Est-on vraiment sûr qu’a l’abattoir de Sisteron ou des techniciens vérifient plusieurs milliers de carcasses par jour, elles sont mieux inspectées que par un vétérinaire qui en regarde quelques dizaines? Le contact avec le producteur qui a besoin de fidéliser sa clientèle n’est-il pas déjà une garantie ?

Plusieurs associations écologistes ont publiés des textes,(soit disant des enquêtes bien sûr) sur le marché noir des agneaux. Ils rapporterait tellement plus que des éleveurs n’hésiteraient pas à renoncer à la prime à la brebis pour avoir des agneaux non déclarés à vendre. Bizarre! L’agneau n’est pas un produit taxé comme les cigarettes. D’après la fédération France Nature Environnement cela rapporterait à l’éleveur jusqu’a deux fois plus. En admettant que ce soit vrai…  FNE ne nous dit évidemment pas ou passe cet argent que les éleveurs ne trouvent pas dans le circuit officiel. Pour les intégristes de l’écologie il est plus important de stigmatiser les subventions touchées par les agriculteurs que de chercher les bonnes solutions. Il est évident que l’obligation d’emmener ses bêtes dans un abattoir situé parfois à cent kilomètres a un cout et est une contrainte qui rend presque indispensable le travail des intermédiaires. La vente directe est une galère que seul certains passionnés tant chez les producteurs que chez les consommateurs se permettent. Pourtant, ce dernier voyage et la concentration d’animaux destinés à l’abattage est un stress évident… Qui leur serait épargné dans une solution à l’allemande.  J’avais un moment cru comprendre que la fondation Brigitte Bardot militait pour une solution d’abattoirs itinérants permettant d’abattre directement dans un pré. Exellente solution et la fête de l’Aïd devrait être le moment idéal pour une telle revendication. Malheureusement, les orientations politiques de Brigitte Bardot lui font préférer un combat contre la tradition musulmane. Elle n’est pas la seule d’ailleurs toutes sorte d’associations anti-pastoralistes ont exploités ce prétexte avec des textes présentant les personnes qui respectent les traditions comme des imbéciles .

Ce genre de traditions qui n’est pas que Musulmane ni même une exclusivité des trois grandes religions monothéistes vient d’une époque pas bien lointaine ou l’abattage d’un mouton était forcément un sacrifice Pour fêter un évènement remarquable et il était donc fait particulièrement consciencieusement. Ceci est toujours le cas dans les sociétés traditionnelles d’Afrique (par exemple) . Par contre l’abattage industriel qui nous est imposé ne le permet pas.

Qu’est ce qui fait souffrir les ovins, est ce cette incision rapide, suite à laquelle ils perdent leurs force vitales, ou est ce le contexte dans lequel cela est pratiqué?

Et la recherche ?

Il existe un mouvement appelé « décroissant » dans lequel beaucoup de bergers se reconnaissent, mais j’en ai toujours trouvé le nom mal choisi et source de qui pro quo bien dommages. Car on peut bien se rendre compte que le moment venu, les extrémistes n’hésitent pas à présenter comme une grande qualité le fait d’être régressif (surtout concernant les autres) or cette attitude est évidemment un cul de sac . Une des conséquences est que le débat sur le loup et les techniques pour s’en protéger manque cruellement d’originalité. On ne peut pas dire qu’en France on face beaucoup de recherches en cette matière. Les uns ne jurent que par la régulation, les autres, par l’enfermement nocturne du troupeau ainsi que par le patou et puisque le résultat n’est pas au rendez vous, c’est que l’autre camp n’exécute pas correctement la technique que l’on préconise sois même.

Un échec

Car il faut bien admettre qu’avec 5000 victimes en 2011 le bilan du travail sur le loup n’est pas fameux. Je n’hésiterais pas à dire que pour le moment c’est un échec, car depuis vingt ans, le nombre de brebis tuées annuellement par loup présent en France est resté le même (autour de vingt) alors qu’il était prévu qu’il décroisse, ce qui aurait été logique. Cela signifie que dans cinq ans le nombre de dégâts sera de dix mille, dans dix ans de vingt...etc. A ce compte là, la solution est la régulation : stopper l’expansion de la population de loups. Or si vraiment on en est là, on tombe dans l’arbitraire. Pourquoi le nombre de loups tolérés en France serait de tant ou de tant ? A ce compte là, moi aussi je me dirais, « le moins de loups possible sera le mieux » et se posera la question que je trouve si important d’éviter: « être pour ou contre le loup ».

Quel savoir faire ?

Pareillement, le savoir faire que les associations pro-prédateurs sont entrain de développer n’est pas bien positif quand aux résultats sur la biodiversité et surtout quand à l’acceptation sociale des grands prédateurs. C’est un savoir faire juridique. Les procès intentés contre les décisions des préfets de prélever un loup, ne sont pas argumentés par des questions de fond mais par des chicaneries procédurières et les associations pro prédateurs en sortent toujours gagnantes puisqu’elles leur permettent a tout le moins de gagner du temps jusqu’à ce que le tir soit impossible techniquement ou juridiquement. Outre qu’elles nuisent à l’autorité de l’Etat sur laquelle ces associations comptent par ailleurs, elles sèment le trouble parce qu’elles sont incompréhensibles, elles n’ont pas vraiment de logique. Un berger ou un éleveur n’est plus en mesure d’y réagir par lui même. Même une association de bergers n’est plus en mesure de le faire seule. Il faut déléguer cela à des juristes professionnels qu’il faut payer. La solution est alors de créer une structure réunissant les différents acteurs concernés dans un but qui sera donc forcément anti-loup déclaré. Ce qui est dommage, c’est qu’a la base, il y a beaucoup plus de nuances chez les bergers.

Je me souviens que les associations pro prédateurs avaient obtenu l’annulation d’un tir de prélèvement au motif qu’il n’avait pas été précédé de tirs d’effarouchement. Mais qui est censé demander et exécuter ce dernier ? Est ce le berger que l’on oblige à tirer …et à rater sa cible ? Cela ne fait pas forcément partie de ses compétences ni de sa conception du métier. Ainsi, je ne vois pas pourquoi ce serait son affaire plutôt que celle des associations pro prédateurs. Il serait normal qu’elles se sentent concernées des ce moment et qu’elles demandent et veillent à l’exécution de cette procédure. Venir plus tard avec un procès devrait être considéré comme une négligence de leur part (ainsi que de l’ONCFS) dont les bergers ne devraient pas subir les conséquences.

Laisser faire

Finalement, tout ce qui touche au loup tient dans ces deux mots. Ne surtout jamais intervenir, jouer à la neutralité scientifique, laisser faire le braconnage parce qu’il est naturel. Ne jamais se mêler des histoires du loup. Le résultat ? Un fiasco ! Comment peut-on imaginer obtenir un résultat dans une entreprise en démissionnant. Est ce qu’il démissionne le loup ? L’état dans sa passivité regarde les choses évoluer et prend acte de la dégradation de la situation l’air étonné, comme si on pouvait s’attendre à autre chose. Les défenseurs des prédateurs empêchent toute intervention létale sur le loup sans initier autre chose à la place. Toute action est paralysée, on ne parle que de passivité. La nature de l’homme est d’être créatrice faut-il le nier ? Dans ce contexte de démission les bergers se radicalisent. Ils n’étaient bien sûr dans leur ensemble pas favorables aux prédateurs mais il fut un temps ou ils étaient plus ouverts. Ce qui est significatif n’est pas que la majorité des bergers soient contre le loup, mais qu’il y en a de plus en plus de ce côté. Prêcher la « cohabitation » sans volonté, sans garantie pour les bergers, en considérant le pastoralisme comme une donné négligeable aujourd’hui est une plaisanterie, et moi à ce jeux là, je ne joue pas !

Publié dans:Non classé |on 2 novembre, 2012 |3 Commentaires »

Pub pour « Le Monde »

La « Buvette des Alpages » revient sur un article paru dans « Le Monde » qui a fait déjà plusieurs ricochets dans la blogosphère. Baudouin de Menten l’a ressorti à son tour afin de s’en prendre à sa vieille connaissance Louis Dollo, sa « fixette » (pour reprendre son vocabulaire), qui a fait une longue extrapolation autour du journal « Le Monde ». Le problème est que la critique de fond de cet article précisément a été faite au départ par le webmaster du blog de la Fédération des Acteurs Ruraux avec des arguments les plus vérifiables.  http://federationdesacteursruraux.blogspot.fr/2012/10/ces-parlementaires-qui-crient-au-loup.html   . Baudouin de Menten n’a d’ailleurs pas trouvé moyen de les contrecarrer. Aussi a t’il utilisé ça vieille tactique, promener le lecteur dans toute sorte de méandres ou l’on perd de vue le sujet initial pour à un moment s’exclamer « bon maintenant ça suffit avec ces délires »… qui effectivement ennuient le lecteur.

Fallait-il pour autant ressortir cet article avec en grand le nom de la journaliste et sa photo (sans en demander l’autorisation, on peut en être sûr)? En effet, sur ce sujet, la journaliste est tombée dans le piège des pourcentages qui doivent « relativiser »les dégàts du loup. Un des arguments de base des militants pro-prédateurs mais éculé depuis longtemps. d’emblé, en gras, ce sous-titre: « 0,06 % DES BREBIS ATTAQUÉES »dont le blog de la FAR fait judicieusement remarquer que: « Ce chiffre ne correspond pas a la réalité: 0,06% c’est le nombre de cadavre retrouvés, auquel il faut ajouter au moins autant de disparus…
Mais ce chiffre correspond au nombre de victimes mortellement touchées.
Pour les brebis attaquées il faut ajouter toutes les brebis de chacun des troupeaux auxquels elles appartenaient ce qui gonfle largement le nombre de brebis attaquées ». Quand à la leçon de moral que la journaliste prétend faire au députés qu’elle critique ainsi qu’a ses confrères du Figaro avec ce passage, : »Et les députés de chiffrer à « 4 500 le nombre d’animaux tués l’année dernière – sur un cheptel national de 700 000 têtes ». Le problème, c’est que ces chiffres, basés sur un article du Figaro non sourcé, sont partiellement faux. En réalité, si 4 910 moutons ont bel et bien été victimes de ces superprédateurs en 2011 (et 4 524 depuis le début 2012), d’après les chiffres de la Direction régionale de l’environnement Rhône-Alpes, qui comptabilise les attaques au niveau national, la portée de ces pertes est moindre que ce que clament les députés. Le cheptel ovin français compte en fait 7,5 millions de têtes, et non 700 000, selon les statistiques du ministère de l’agriculture. Résultat : ces attaques concernent proportionnellement dix fois moins d’ovins que ce qu’avance le texte« , la encore la réponse du blog de la FAR: « Mais la plus grande approximation vient du nombre de brebis, 7,5 millions c’est le nombre de brebis de toutes la France, pas des zones de présences des loups! » est tout à fait juste et ce genre de chiffres est donné sans problèmes par le site officiel de l’état Français sur le loup. Il est dit par exemple, sur la première page de la rubrique concernant les chiens errants: « En 2006 dans les Alpes, 500 000 ovins appartenant à 1820 éleveurs se trouvaient en zone de présence avérée du loup ». Depuis le territoire du loup c’est bien sûr étendu. Notons tout de même que « Le Monde » fait preuve d’une certaine retenue puisqu’il aurait aussi bien pu titrer:  « (0.0000075) pour cent, c’est l’impact de la prédation du loup sur le produit intérieur brut« . Mais es-ce que cela aurait été digne de ce journal?

PS Par ailleurs, une autre phrase va donner du fil à retordre à cette journaliste mais de la part des pro-prédateurs cette fois, : « On en dénombre aujourd’hui 250, répartis sur douze départements, contre seulement deux spécimens il y a vingt ans, lorsqu’il avait été réintroduit dans l’Hexagone. »

Publié dans:Non classé |on 1 novembre, 2012 |1 Commentaire »

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