Archive pour novembre, 2009

L’argument de la prédation des chiens errants

Récemment je suis intervenu à plusieurs reprises sur « la buvette des alpages » à propos des estimations de dégâts des chiens errants car c’est un sujet que j’ai creusé, pas la prédation elle même- je ne suis pas scientifique- mais les aberrations que l’on en dit. Ce sujet m’a toujours mis en colère parce que le bluff qui est fait par les associations écologistes est énorme et de ce fait complètement vain quand au résultat recherché (qui est de faire accepter par les éleveurs les techniques visant à se protéger du loup du fait qu’il n’est pas le seul prédateur). Par contre la plupart des militants de ces mouvements l’ont « avalé » sans aucun esprit critique comme cela arrive malheureusement trop souvent lorsqu’on lit un auteur qui défend les même idées que soi, d‘ou évidemment des débats fort peu constructifs. Dès qu’elles ont trouvé cet argument pour relativiser les dégâts des grands prédateurs les associations militantes en écologie n’ont cessés de publier des informations (des « argumentaires » pour aider leurs lecteurs à pérorer sur les forums) quelles savaient pertinemment être fausses. En effet, la plus-part du temps les estimations données ont un fondement mais qui se rapporte à tout autre chose. Il ne s’agit plus d’erreurs de leur part mais d’une volonté délibérée. Par exemple, le chiffre de 1 à 2 pour cent d’ovins victimes des chiens représente grosso modo l’estimation que l’INRA donne de l’ensemble des morts accidentelles d’ovins (hors mis la mortalité des agneaux). Dans un de ses commentaires que le webmaster de la buvette des alpages rajoute aux articles qu’il passe dans son blog il nous apprend que la moyenne nationale de mortalité ovine communément admise est de 3 pour cent or dans l’article qu’il venait de citer il était dit que les sources naturalistes estimaient les dégâts des chiens errants à 5 pour cent du cheptel Français.

Cinq chercheurs Français ont étudié la question de la prédation des chiens errants sur sept territoires sans loups et la moyenne des résultats de leurs enquêtes montre un chiffre de 0.24 pour cent. Voir ce lien…http://www.journées3r.fr/auteurs.php3?id-auteur=3223 A cela Baudouin de Menten de la « buvette des alpages » rétorque que ces chercheurs font partie d’organismes qui étudient et aident le pastoralisme et donc ne sont pas qualifiés pour faire cette étude sur le pastoralisme car « ils sont juges et parties » . Un argument original et qui me laisse effectivement sans voix. Par ailleurs il rappelle que cette étude est basée sur du déclaratif et, selon lui, les éleveurs interrogés auraient minimisé les dégâts des chiens bien que n’étant pas confrontés au loup par solidarité avec leurs collègues qui sont sur le territoire de ces prédateurs. Dans le même article Baudouin de Menten nous apprend qu’aux Royaumes unis ou on n’a aucune raison de vouloir minimiser la prédation des chiens, il y a trente mille ovins adultes victimes des chiens chaque année. Le chiffre a du beaucoup l’impressionner au point que cet homme qui doit savoir compter bien mieux que moi n’a pas remarqué que, rapporté aux vingt quatre millions de brebis de ce pays, cela donnait un pourcentage de 0.12 pour cent (0.15 peut être car le chiffre de 24000000 date de quelques années) et cela correspond a la plus basse estimation trouvée par les chercheurs Français.  Effectivement se sont quand même 30000 victimes je ne le nie pas. Finalement Baudouin de Menten a trouvé et publié une étude qui « change tout ». http://www.buvettedesalpages.be/2009/11/predation-des-loups-et-des-chiens-errants-une-etude-qui-change-tout.html Elle est basée sur l’analyse génétique des fèces. La Science, la vraie. Des chercheur britanniques sont allés aux pays Basque pour prélever des crottes de canidés. Ils ont pu de manière sure différencier celles du chien et celles du loup et savoir ce qu’ils ont mangés. Cette étude montre donc de façon irréfutable que le chien…. mange de la viande! En tout cas sur les animaux qu’ils ont eux même tué on ne pourra pas en savoir d’avantage en étudiant leurs déjections. Enfin, Baudouin De Menten a commis Monsieur Laffont, une de ses références, pour prendre de la hauteur (dans tous les sens du terme) et faire diversion sur les autres problèmes du pastoralisme. Mais qu’est-ce que cela apportera à cette activité sachant que c’est déjà pour faire diversion que le sujet des chiens errants a pris cette proportion? Je sais que le débat n’est pas clos même si volontiers je change de sujet. Car la très grande fédération France Nature Environnement continuera à mettre dans ces pages grand public son estimation de cent à deux cent milles ovins victimes des chiens annuellement en se disant cautionnée par une enquête (que je publie à la fin pour que chacun s’en face une idée). Le WWF continuera à prétendre que son estimation est de 5 pour cent. Bref comme dans la presse a sensation, plus on a de lecteurs, plus on peut se permettre de raconter des énormités, sachant que les vrais scientifiques ne descendent pas volontiers dans l’arenne d’internet et de ses forums. C’est tant mieux d’ailleurs sinon ils n’en sortiraient plus. Seulement cet espace d’échange qu’est internet mérite d’être considéré avec plus de respect . Il s’agit tout de même d’un espace vivant ou les choix faits pour l’avenir du pays sont ébauchés. Robert Hainard, un artiste écrivain naturaliste qu’affectionne la buvette des alpages a dit:« Il faut sauver les espèces animales en danger non pas parce que nous en avons besoin, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines nécessaires pour les sauver, et ce seront celles-là dont nous aurons besoin pour nous sauver nous mêmes. » C’est ce que je m’évertue à dire dans ce blog . Mais le bluff et la manipulation ne sont pas de ces qualités humaines.

Mathieu Erny

Dans sa page grand public de présentation du loup, la fédération France nature environnement dit : « En extrapolant les études menées dans certains départements (74, 05,38 + enquête nationale de G. Joncour) avant l’arrivée du loup, on évalue à au moins 100 000 le nombre de moutons tués tous les ans par des chiens« .
Pas de liens, pas moyen de trouver sur le net les informations données. C’est tout de même bizarre pour LE principal argument des défenseurs du loup.
J’ai contacté FNE qui n’était évidemment pas pressée de me répondre. Il a fallut avoir des appuis… Pour confirmer ce que je supposais.
Les informations des DIRENs sont inutilisables. Elles disposent de chiffres de la prédation mais sur des territoires qui ne sont pas définis on ne peut donc pas faire de pourcentages, on ne sait pas par rapport à quel cheptel ces chiffres sont donnés. De plus, je me suis amusé à faire toute sorte d’extrapolations sur ces chiffres comme FNE l’a fait pour ne rien trouver qui ressemble à la conclusion de FNE.
Mais le plus drôle est l’autre document, L’enquête de G Joncour qui a été réalisée certainement pour d’autres raisons.
Puisqu’il n’y a pas de liens pour la consulter, je vais donc la recopier intégralement.

Enquête sur les attaques du cheptel domestique par les chiens en divagation
Par Guy Joncour vétérinaire. Dépouillement de l’enquète Frédric Renn.

Tout vétérinaire, rural ou mixte a eu l’occasion de constater des attaques de chiens dans des élevages et a anisi été amené à réaliser des expertises de dégâts comprenant une enquête auprès des éleveurs pour identifier les coupables présumésQuand il s’agit d’un chien, bien souvent, des actes thérapeutiques de régurgitation du contenu stomacal permettent d’avoir ou non confirmation.
Partant de ce constat et afin de mieux cerner l’importance des sinistres,Guy Joncour a diffusé un questionnaire, au niveau national, auprès de ses confrères. Le résultat de cette enquête, la première de ce type menée en France, fait apparaitre la lourde responsabilité des chiens dans les attaques sur le cheptel domestique.


87 réponses exploitables ont été reçues.
- Date du derrnier sinistre constaté:
1999: 87 pour cent des réponses
-Nombre de sinistre constaté:
322 en 1997; 337 en 1998; 45 en 1999 (diffusion du questionnaire en août 99)
Total(minimum) des 3 derrnières années: 784 sinistres.
-Principales espèces attaquées:
ovins:87 cas(cent pour cent des cas)
Caprins: 7cas
Bovins: 5 cas
Ane: 5 cas
Poney: 1 cas
-autres espèces concernées:
Poules: 20 cas
Canard: 8 cas
Lapins: 4 cas
Oies: 2 cas
Pintades: 1 cas
Cheval: 1 cas
Autruche: 1 cas
Emeu: 1 cas
Wallabies: 1 cas
-Lieu des sinistres
Enclos 46 cas (46.46 pour 100)
Libre pacage: 45 cas (45.45 pour cent)
Bergerie: 6 cas 6.06 pour cent)
Poulailler: 2 cas (2.3 pour cent)
-Estimation des préjudices:
1392 animaux yués ou blessés
-Y avait-il un gardiennage?
non 79 cas(91pour100)
oui: 5 cas(5.7 pour 100)
épisodique: 2 cas (2.3 pour cent)
ne sait pas: un cas
-Antériorité d’attaques sur ce groupe:
oui: 34 cas (39.08 pour cent)
non 25 cas (28.73 pour cent)
ne sait pas: 28 cas (32.19 pour cent)
-Mode d’identification des chiens responsables
de visu 54 cas
par régurgitation thérapeutique: 3 cas
Par capture: 4 cas
abattu: 1 cas
enquête gendarmerie: 1 cas
ne sait pas: 28 cas
sans identification: 4 cas (conjugaison de plusieurs types d’identification)
-Intervention de l’assurance responsabilité civile d’un tiers:
oui: 75 cas (86.2 pour cent)
non: 12 cas (13.8 pour cent)
-Avis du vétérinaire sur les prédateurs généralement incriminés dans ce type de sinistres:
chien: 65 réponses (77 pour cent)
renard: 4 réponses (4.76pour cent)
mustélidés: 1 réponse (0.9 pour cent)
loup: 1 réponse (0.9 pour cent)
autres réponses hors sujet
-Moyens de prévention proposés par les vétérinaires:
contrôle des chiens: 59 réponses
enclos pacage: 12 réponses
chiens de protection: 11 réponses
-Localisation des réponses en pourcentage
Alsace:5 Aquitaine:2.5 Auvergne:12.5 Basses-Normandie:3.7 -Bourgogne:8.75 -Bretagne:11.25 -Franche-comté:2.5 -Haute-Normandie:2.5 -Languedoc:7.5 Limousin:1.25 -Lorraine:6.25 -Midi-Pyrénées:5 -Pays de Loire:3.75 -Picardie:1.25 -Poitou:1.25 -PACA:5 -Rhônes-Alpes:21,25

Publié dans:chiens errants |on 23 novembre, 2009 |Pas de commentaires »

Présentation

Le droit des brebis

 Mon adresse couriel est :  ernymathieu@gmail.com

Merci aux ethnologues Guillaume  Lebaudy et  Anne Marie Brisebarre qui m’on fait ce texte d’introduction.

Depuis plusieurs années, le berger Mathieu Erny alimente régulièrement un blog (mathieuerny.unblog.fr) avec des textes inspirés par une réflexion personnelle sur son métier. Son nom, Le droit des brebis, annonce clairement la couleur. Il s’agit de défendre le pastoralisme ovin extensif, de faire reconnaître le travail des éleveurs et des bergers, et de rétablir l’équilibre entre les perceptions d’un monde sauvage survalorisé et très protégé, et celles d’un l’élevage ovin stigmatisé et contraint par les préoccupations environnementalistes.

Teintées d’idéologie, depuis une vingtaine d’années ces dernières sont devenues de plus en plus moralisatrices. Profitant d’une tyrannie de l’émotion relayée par certains médias et leaders d’opinion, les associations et organismes environnementalistes ont beaucoup agit pour imposer de nouvelles normes dont l’adoption s’est faite quasiment sans aucun débat public. Une pensée unique finira-t-elle par régenter toutes les activités ayant une incidence environnementale ?

Le pastoralisme, souvent sous le feu de l’actualité en période estivale (pour le « spectacle » des transhumances, mais aussi par les effets de la prédation sur les troupeaux d’ovins, quand ce n’est pas à cause d’incidents entre touristes et chiens de protection) est de plus en plus encadré, au point que certains éleveurs se sentent « sous surveillance ». Il importe que cette activité ne soit pas cantonnée à être un patrimoine ou, pire, une tradition folklorique. Il importe aussi que son rôle environnemental n’oblitère pas sa mission première de production. Le pastoralisme joue un rôle écologique important, il est un outil majeur pour lutter contre les incendies, il a un impact décisif (et très ancien) sur les paysages. En Méditerranée, ces derniers font d’ailleurs l’objet d’un projet d’inscription au patrimoine mondial (UNESCO). La multifonctionnalité du pastoralisme est indéniable, pour autant elle ne doit pas signifier son instrumentalisation et sa mise sous tutelle.

Dans une période où la place et la légitimité du pastoralisme sont de plus en plus contestées dans tous les massifs français, il nous a semblé intéressant de publier ce texte. Nous avons peu l’occasion d’entendre ou de lire les praticiens de ce métier, dont la parole est souvent couverte par celles des journalistes, des scientifiques ou des techniciens. Il est rare en effet qu’un berger prenne la plume pour témoigner de son vécu et nous livrer son analyse des enjeux du pastoralisme contemporain.

Mathieu Erny est berger. Formé à l’Ecole du Merle à Salon-de-Provence, il a fait l’estive en alpage pendant plus de dix ans dans les Alpes du sud,  période durant laquelle il a été confronté à plusieurs reprises à des actes de prédation du loup sur le troupeau dont il avait la garde.

Anne-Marie Brisebarre, ethnologue, directrice de recherche au CNRS, Laboratoire d’Anthropologie sociale (Paris).

Guillaume Lebaudy, ethnologue, membre de l’IDEMEC (Institut d’Ethnologie méditerranéenne et comparative), Université de Provence, Aix-en-Provence.

Ce texte avait été écrit à l’origine comme préface à un article qui reste un pilier de ce blog. J’en met ici le lien car il se trouve à présent loin en arrière dans la liste de articles.                http://mathieuerny.unblog.fr/2009/06/20/pour-un-plan-de-protection-du-pastoralisme/

Publié dans:Non classé |on 22 novembre, 2009 |2 Commentaires »

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