La naturalité
Je trouve de plus en plus sur internet des articles, colloques etc… qui parlent de la « naturalité ».
La définition de ce mot dans Wilkipédia est :
« La naturalité évoque aujourd’hui l’état naturel ou spontané d’un mot, d’une attitude, d’un produit, d’un paysage ou d’un milieu naturel. Concernant cette dernière acception, une définition généraliste pourrait être tirée du Wilderness Act qui introduit la notion de naturalité (wilderness en anglais) dans les termes suivants : est qualifié de wilderness un milieu naturel tel que « la terre et sa communauté de vie ne sont point entravés par l’homme, où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur de passage. »
Etant défenseur de la forme d’élevage la plus proche de la nature, je n’imaginais pas vraiment que ce concept pouvait porter préjudice au monde auquel je crois. Il ne me viendrais pas à l’idée de demander ou d’encourager l’abatage d’une foret vierge ou de vouloir qu’un site entièrement naturel soit géré s’il s’est passé de soins humains jusqu’à présent. En France, je ne vois tout simplement pas pourquoi les éleveurs auraient intérêt aujourd’hui à aller dans ce sens puisque, comme chacun sait, la tendance est de se replier sur les plus faciles à exploiter. Or ce concept de naturalité est utilisé par certains contre le pastoralisme extensif au prétexte que les pâturages ne sont que semi-naturels et cela serait en quelque sorte une imposture. Pour les ultra-écolos il faut en chasser les troupeaux pour retrouver la foret qui serait l’état originel de la végétation, mais quelle foret?
Le sol a une mémoire bien plus longue que nous et on ne passe pas d’un claquement de doigts, d’un terrain qui tire son intérêt écologique du pâturage à un lieux dont l’intérêt serait une biodiversité sauvage. Il est une chose que les défenseurs de la naturalité devraient pourtant comprendre, c’est que l’homme ne peut pas créer une foret vierge.
C’est la raison pour laquelle la conservation des espaces naturels passe souvent par le maintient ou la reprise du pâturage extensif. Les abandonner selon les préconisations d’une théorie à la mode (mais qui fera son temps)c’est lâcher la proie pour l’ombre.
Le site « La buvette des alpages dont je constate avec tristesse qu’il se radicalise complètement se fait l’écho de ces inepties et c’est en réponse à l’article de Stéphanne Carbonnaux, .« Chacun a ses propres raisons d’exister » un des mieux écrits mais surtout des plus clairs sur les arrières pensées qu’ont nombre d’ultra-écolos lorsqu’ils évoquent la cohabitation avec les prédateurs que j’écris le présent article.
Juger les espaces naturels juste par le nombre d’espèces qui s’y trouvent à l’hectare comme le font immanquablement les défenseurs des forèts à haute naturalité, ou par la masse de végétation qui y pousse, c’est comme lorsqu’on se permet de juger une personne à l’importance chiffrée de son patrimoine sans se préoccuper ni de l’originalité de celui-ci ni de la valeur de la personne en question. Ainsi, il semblerait qu’il faille hiérarchiser les espaces naturels avec la jungle au sommet et la steppe ou la savane au bas de cette échelle et ne se préoccuper que des végétations faste et humides en considérant celles des région sèches comme sans intérêt.
En s’extasiant sur les forets primaires au point d’afficher du mépris pour la biodiversité des pâturages, les ultra-écolos en viennent à nier la faculté d’adaptation de la nature. Celle-ci sait réagir de façon très intéressante à tous les changements qui se présentent et avec le temps, beaucoup de temps, retrouve un équilibre. Or les espaces dédiés au pastoralisme extensif sont anciens et son resté inchangés depuis très longtemps. C’est la nature spontanée qui s’y exprime puisqu ils ne sont pas ensemencés, labourés ou traités.
Il s »est donc formé une sélection naturelle d’espèces très intéressante adaptées à ces lieux.
Aujourd’hui celle ci est menacée car en plus de la déprise agricole de ces endroits et de l’embrousaillement, il y a eut l’intensification des diverses activités humaines pour lesquels ces espaces bon marché sont une aubaine. Il faut donc préserver ces endroits.
Si l’idée que se font du pastoralisme extensif les ultra-écologistes leur semble incompatible avec ce concept de naturalité, c’est que pour eux un troupeau d’herbivores domestiques doit être « fliqué », pâturer 35 heures par semaine avant d’être rentré dans les barbelés. Un élevage pouvant fonctionner ainsi est un élevage intensif. Or c’est la seule réponse que je connaisse au problème des grands prédateurs. Après quoi Séphane Carbonaux se plaint de se que tout soit étriqué (c’est pour lui un synonyme de rural) et que tout doit être aménagé, nettoyé, propre, en ordre.
Les absurdités liées au concept de la naturalité utilisé par les extrémistes s’épanouit à mesure que les écologistes se rendent compte que le retour souhaité des prédateurs amène des changements dans les pratiques pastorales qui sous peine d’être néfastes à la biodiversité doivent être accompagnés par un travail de fond bien plus important que ce qu’ils imaginaient. En réalisant l’effort que cela représente, ils prennent peur et se réfugient vers cette idée qu’ils espèrent plus populaire d’une nature ou « L’intervention coûteuse de l’Homme devient alors inutile ».
Cette inconstance est irresponsable si ce n’est une trahison préméditée. Car lorsque Stéphane Carbonaux dit que :« Les bons connaisseurs de la faune sauvage estiment que l’élevage ovin est incompatible avec l’existence du loup et de l’ours ». Il abonde dans le sens de tous les éleveurs qui craignent la cohabitation et à qui on raconte de gentilles histoires depuis le début. Syéphane Carbonaux ne croit pas non plus à la cohabitation mais je suppose qu’il a fait semblant à une époque le temps que se mette en place le processus de réintroduction de l’ours. Ce n’est guère honnète. Le berger Joseph Paroix dont Stéphane Carbonaux déplore les positions semble avoir fait bien des efforts en ce sens lui.
Un berger est un berger, on ne peut pas lui demander tout et n’importe quoi surtout pas de saborder le pastoralisme. On demande toujours des sacrifices aux autres sans jamais se remettre en question. Il est écoeurant de voir qu’aujourd’hui le métier de berger est le bouc émissaire des problèmes écologiques et que les solutions qu’on lui propose d’adopter n’ont souvent rien de positif pour son métier. En effet s ‘en prendre au pastoralisme sous prétexte de sauver la biodiversité c’est comme si, constatant que nous sommes trop nombreux sur terre, on s’en prenait aux médecins et aux organismes humanitaires parce qu’ils rallongent la durée de vie des humains, ou que l’on demandait des comptes à une mère de famille pour le mal qu’elle aurait ainsi fait contre la planète.
J’espère ici qu’il est évident pour tout le monde qu’on ne peut pas suivre cette voie pour régler le problème. Il en est de même avec les bergers. Non je n’exagère pas. Tant qu’il est question de donner à ceux ci des moyens pour développer leur métier dans le sens de l’écologie en gardant sa spécifié culturelle et une production de qualité je suis tout à fait d’accord mais qu’il ne s’agisse pas de saborder le métier.
Stéphane Carbonaux dit: quand a la nature, et je parle ici de la nature sauvage et non de la nature gentiment jardinée et dûment parquée, n’a qu’au fond peu d’ardents défenseurs (car beaucoup de bonnes volontés sont engluées dans l’environnementalisme ou le développement durable).
D’abord si le propre de ces espaces est de ne pas être géré, il est alors normal qu’il n’y ait personne pour en prendre soin. De là à dire qu’il y a peu d’ardents défenseurs de la nature sauvage c’est évidemment faux puisque, poursuivant son texte, Stéphane Carbonaux avec lyrisme et sur de son effet demande au lecteur s’il préfère le monde vierge qu’il décrit, avec des chevaux sauvages s’ébrouant dans des forets vierges à celui actuel sombrement dépeint par lui. Grâce à une démagogie digne d’un discours électoral, il émeut facilement le lecteur, même celui qui gère un troupeau ovin. Seulement pour nous il existe aussi bien d’autres espaces enchantés mais il est bien difficile de décrire à qui n’y a jamais emmené paître ses brebis, ce que l’on éprouve devant ces océans d’herbe que sont les steppes avec leur cheveux d’anges qui retiennent la lumière rasante du petit matin, ou le faste incroyable des anciens prés de fauche, clairières dans les forets de montagne où les brebis se grisent dans une odeur de pastis au milieu des lis martagons. Les pelouses sèches également avec leurs végétation pauvre et leurs buissons bien détourés émeuvent le berger car ce sont des espaces avec lesquels il a de grandes affinités. Et bien sur les pelouses rases de l’estive que les brebis préfèrent à des pâturages plus abondants et ou elles sont plus aussi heureuses que les humains en vacances.
Comme dit Stéphane Carbonaux :« Chacun a ses propres raisons d’exister » et croyez bien que nous défendrons la notre.